«Milan, ce 29 septembre 1828.
«Me voici à Milan pour la sixième fois dans ma vie: j'y suis arrivé
hier au soir. Je vous ai écrit de Brigg le 25. Je ne suis pas plus
heureux, ni plus gai, de ce côté-ci des Alpes, que je l'étais de
l'autre. J'ai pourtant revu un ciel enchanté à Arona, au bord du
Lac Majeur, où j'ai couché samedi; mais j'ai bien peur, à en juger
par le premier effet, que la belle Italie ait perdu pour moi tous
ses charmes: je n'ai plus besoin que de ce qui tient maintenant
toute la place, dans une vie dont le temps a déjà emporté la plus
grande partie; vous savez qui tient cette place.
«Nous continuons demain notre voyage. Mme de Chateaubriand est
très-bien; j'ai eu quelque retour de mon mal de Paris. C'est à
Bologne que j'entrerai dans les États de Sa Sainteté. Je ne puis
dire encore quel jour je serai à Rome; je vous écrirai d'Ancône. Je
vous en conjure, ne tardez pas à venir; vous ne sauriez croire à
quel point je suis isolé et malheureux.
«On est allé voir à la poste; s'il y a un mot de vous, je vous le
dirai avant de fermer cette lettre. J'ignore absolument ce qui se
passe dans le monde: arrivé à l'auberge, je me couche, et je ne me
lève que pour partir. Je ne veux rien voir; je n'ai qu'une pensée,
celle de vous revoir bientôt. Vous voyez que j'espère votre voyage.
«Point de lettre. Vous avez peut-être oublié de faire affranchir?
Si vous avez écrit, le consul de France ici se chargera de me
renvoyer vos lettres à Rome.»