«Brigg, au pied du Simplon, jeudi 23 septembre 1828.
«Je viens d'avoir deux jours bien tristes: depuis Lausanne
jusqu'ici, j'ai continuellement marché sur les traces de deux
pauvres femmes: l'une, Mme de Custine, est venue expirer à Bex;
l'autre, Mme de Duras, est allée mourir à Nice. Comme tout fuit!
Sion, où j'ai passé, était le royaume que m'avait destiné
Bonaparte: c'est ce royaume que la mort du duc d'Enghien m'a fait
abdiquer. J'ai rencontré des religieux du mont Saint-Bernard. Il
n'en reste plus que deux qui aient été témoins du fameux passage de
l'armée française.
«Savez-vous pourquoi tout cela pèse tant sur moi? C'est que je vais
franchir les Alpes, qu'elles vont s'élever entre vous et moi.
Demain, je serai en Italie; il me semble que je me sépare une autre
fois de vous. Venez vite faire cesser cette fatalité. Passez ces
mêmes montagnes que je vois sur ma tête. Je sens qu'il faut
maintenant que ma vie soit environnée: je n'ai plus retrouvé en moi
l'ancien voyageur; je ne songe qu'à ce que j'ai quitté, et les
changements de scène m'importunent. Venez donc vite.»