«Fontainebleau, dimanche soir 14 septembre.
«J'ai traversé une partie de cette belle et triste forêt. Le ciel
était aussi bien triste. Je vous écris maintenant d'une petite
chambre d'auberge, seul et occupé de vous. Vous voilà bien vengée,
si vous aviez besoin de l'être. Je vais à cette Italie le coeur
aussi plein et aussi malade que vous l'aviez quelques années plus
tôt. Je n'ai qu'un désir, je ne forme qu'un voeu, c'est que vous
veniez vite me faire supporter l'absence au delà des monts. Les
grands chemins ne me font plus de joie. Je me vois toujours vieux
voyageur, lassé, et délaissé, arrivant à mon dernier gîte. Si vous
ne venez pas, j'aurai perdu mon appui. Venez donc et apprenez enfin
que votre pouvoir est tout entier et sans bornes.
«Il y a bien des choses dans ce Fontainebleau, mais je ne puis
penser qu'à ce que j'ai perdu. Demain un autre petit mot de
Villeneuve. Ici je suis sans souvenir autre que le vôtre; à
Villeneuve, j'aurai celui de ce pauvre Joubert. Je m'efforce de me
dire qu'en m'éloignant, je me rapproche. Je voudrais le croire, et
pourtant vous n'êtes pas là!»