«Paris, dimanche matin, le 14 septembre.
«Voici ma première lettre: elle vous appelle à Rome, ou me ramène à
Paris. Croyez que rien dans la vie ne pourra plus me distraire et
me séparer de vous. Je ne veux point vous dire ce que je souffre,
parce que vous souffrez. Songez qu'avant que j'arrive à Rome, un
mois sera déjà écoulé, et je serai d'un mois plus près de vous. Il
dépendra de vous d'avancer de quelques jours votre voyage. Tous les
torts, si vous ne venez pas, seront de votre côté; car je vous
aimerai tant, mes lettres vous le diront tant, je vous appellerai à
moi avec tant de constance, que vous n'aurez aucun prétexte de
m'abandonner.
«Songez qu'il faut que nous achevions nos jours ensemble. Je vous
fais un triste présent que de vous donner le reste de ma vie; mais
prenez-le, et si j'ai perdu des jours, j'ai de quoi rendre
meilleurs ceux qui seront tous pour vous.
«Je vous écrirai ce soir un petit mot de Fontainebleau, ensuite de
Villeneuve, et puis de Dijon, et puis en passant la frontière, et
puis de Lausanne, et puis du Simplon. Faites que je trouve quelques
lignes de vous, poste restante, à Milan. À bientôt! Je vais
préparer votre logement et prendre en votre nom possession des
ruines de Rome. Mon bon ange, protégez-moi.
«Ballanche m'a fait grand plaisir: il vous avait vue; il
m'apportait quelque chose de vous. Bonjour jusqu'à ce soir. Je me
ravise, écrivez-moi un mot à Lausanne, là où je trouverai votre
souvenir, et puis à Milan. Il faut affranchir les lettres.
«Hyacinthe vous verra. Il m'apportera de vos nouvelles demain à
Villeneuve.»