«La Seyne près Toulon (Var), ce 7 mars 1826.
«Voici encore, Madame, une importunité; mais c'est une justice à
rendre et un grand plaisir à me faire. J'espère bien que vous ne me
refuserez pas vos bons offices auprès de M. le duc de Doudeauville
en faveur d'une pauvre dame de ce pays, qui se trouve dans un âge
très-avancé, réduite, par suite de la révolution, à la plus
affreuse indigence, et qui a plus de droits que personne à réclamer
les bontés du roi. Elle est fort infirme et jouit ici de toute la
considération due à sa piété et à la parfaite résignation avec
laquelle elle supporte ses malheurs. Elle a eu l'honneur d'écrire,
au mois de janvier 1825, à M. de Doudeauville, qui a eu la bonté de
lui répondre, sans lui ôter l'espérance; mais, pour qu'elle soit
réalisée, il nous faut votre protection. Je joins ici, Madame,
l'envoi de la petite note que cette bonne dame m'a remise.
«Si M. le duc de Doudeauville veut avoir la bonté de se faire
représenter les pièces justificatives restées dans les bureaux
depuis 1819, il pourra s'assurer de la justice de la cause de ma
pauvre protégée.
«J'apprends chaque jour vos nouvelles bontés pour l'Infirmerie. Il
paraît, Madame, que le bon Dieu ne veut pas que cette oeuvre tombe,
puisqu'elle est remise en vos charitables mains. Notre pauvre soeur
Reine est bien heureuse de vous avoir trouvée; déjà si accoutumée à
vous, elle qui redoutait tant les nouvelles figures et les
_faiseuses_! J'espère cependant que l'on songera bientôt à vous
relever de soins qui doivent être très-fatigants pour vous, et que
Mgr l'archevêque ne tardera pas à faire administrer cet
établissement sous un autre nom que le mien.
«Je serais bien fâchée que votre complaisance vous empêchât de
réaliser l'espérance que vous nous avez donnée, de venir passer
quelques moments avec nous à Lausanne.
«Recevez de nouveau, Madame, l'expression de ma reconnaissance et,
je vous prie, celle de mes bien tendres sentiments.
«LA VICOMTESSE DE CHATEAUBRIAND.
«Je n'écris pas aujourd'hui à M. de Chateaubriand; si vous le
voyez, soyez assez bonne pour lui donner de mes nouvelles.»