M. H. DE LATOUCHE À Mme RÉCAMIER.

«Vendredi... 1825.

«Madame,

«Non, sûrement, on ne doit pas regretter une course d'Aulnay à

Paris pour prendre part à une bonne action; mais n'irait-on pas au

bout du monde pour vous la voir accomplir avec tant de grâce et de

simplicité? Je suis bien profondément touché de votre bonté pour

Mme Desbordes: je vais lui écrire pour lui conseiller très-fort de

ne point refuser une faveur où votre intervention met tant de bon

goût; et, si elle vient du roi, notre poëte, qui est maintenant

exilée à Bordeaux, s'empressera, j'ose en répondre, de témoigner

toute sa reconnaissance.

«Mais, Madame, n'insistez pas pour que j'aille vous voir, j'ai peur

de vous. Au lieu de moi, recevez, demain vers deux heures, M.

Desbordes l'oncle, un vieillard qui a pour sa nièce une affection

paternelle, un peintre assez habile, un ami du docteur Alibert, un

royaliste en cheveux blancs; il expliquera mieux que personne tout

ce que vous voudrez savoir touchant votre protégée, et sa

gratitude, à lui, s'adressera plutôt au bienfait qu'à la

bienfaitrice.

«Moi, je ne puis échapper, du reste, à l'occasion de vous voir: M.

Delécluze doit me montrer, ce soir ou demain, un dessin de votre

retraite; si votre portrait s'y trouve, vous ne m'empêcherez pas de

lui dire tout ce que votre modestie refuserait d'entendre.

«Agréez, Madame, l'hommage de mon éternel dévouement.

«H. DE LATOUCHE.»

Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier (2/2) · 第 54 / 214 题