«Lundi 11... 1825.
«Madame,
«Serait-il juste que vous eussiez un moment de déplaisir à cause
d'une bonne action de plus que vous avez voulu faire?
Pardonneriez-vous au plus discret, mais au plus dévoué de vos
admirateurs de vous déguiser une vérité fâcheuse? Cette pension que
vous appelez ingénieusement _académique_, cette faveur que vous
avez obligeamment rêvée pour Mme Valmore, elle sera refusée. Je
n'ai encore reçu, ainsi que vous, et je n'ai pu même recevoir
aucune nouvelle de Bordeaux; mais cependant je vous prédis et je
vous certifie le refus: refus noble, simple, empreint de
reconnaissance pour vous, mais enfin un refus. Prenez d'avance
votre parti: on ne fait pas tout le bien qu'on veut faire! et
prenez vos mesures pour faire tomber vos bontés en d'autres mains.
«Ne croyez pas tout le mal qu'on vous dira de moi, et permettez aux
gens qui partagent l'opposition où je suis d'être aussi fiers de
leurs ennemis que de leurs amis.
«H. DE LATOUCHE.»
Mme Récamier et M. de Montmorency ne se tinrent pas pour battus; le
refus digne et simple de Mme Desbordes-Valmore, et les lettres dans
lesquelles elle l'exprimait avec tant de délicatesse et de
reconnaissance, furent un aiguillon de plus à l'intérêt qu'elle leur
inspirait. Une pension de mille francs, sollicitée et obtenue par eux de
la munificence royale, fut accordée à Mme Desbordes, dont les scrupules
durent être vaincus. M. de Latouche en parlait en ces termes en écrivant
à Mme Récamier: