VII

Des lunaisons passent. Paofaï, emmené sur un pahi chasseur de baleines

n'a plus sur la tête que des ciels nouveaux, et rien autour de lui.

Il avait dit au chef étranger--que les autres marins appelaient

«kapitana»--: «Je suis un marin moi-même, pour t'aider à conduire ton

pahi. Je sais que tu navigues vers la terre Vaïhu. J'y veux aller

aussi.»

L'autre, qui reniflait une fumée âcre, en suçant un petit bambou sale,

répond avec un grognement. Et son haleine s'empuantit d'une odeur

méchante: l'odeur du áva piritané.

Le navire Moholélangi déplie ses voiles d'étoffes souples, plus légères

que les nattes; et, serrant le vent de près, remonte étonnamment,

presque à contre-brise. Son gros nez blanc, plus robuste que les museaux

des pirogues maori, crève les paquets d'écumes en tressaillant à peine.

Un jour, le chef, plus répugnant que jamais, et marchant comme un homme

fou, les yeux lourds, le visage rouge, a crié quelques mots sans suite.

Il injurie Paofaï dans un langage de manant; il court obliquement comme

un crabe de terre, et lève son poing sur la tête inviolable.

Or, ayant frémi, le prêtre de Oro ressaisit son impassibilité. Il

n'étrangle point le chef blanc comme on tuerait un animal immonde. Mais

il regarde, avec un visage on dirait inspiré, la mer ouverte, menant

vers l'île où les Bois, enfin, parleront.

* * * * *

Des lunaisons encore. On s'est perdu dans les Terres Basses, qui

parsèment innombrablement les chemins des eaux. Sur l'une d'entre elles,

pendant une nuit sans Hina, l'étranger stupide et méprisable a jeté

son bateau, et puis s'est noyé.

Aué! c'était un animal immonde. Mais Paofaï, durant des années, doit

attendre un autre navire d'étranger puant, qui le conduise à l'île

Vaïhu.

Les Immémoriaux · 第 28 / 41 题