AVANT-PROPOS

Différentes personnes, entre autres des maîtres que j’estime,

m’ont engagé à résumer dans un manuel les principaux résultats

de mon ouvrage en six volumes sur les synonymes et les

étymologies de la langue latine. Voici douze ans que j’ai

commencé à m’occuper de la synonymie latine trop longtemps

négligée, et depuis, les travaux analogues de Habicht, de

Ramshorn, de Jentzen, de Schmalfeld ont pour ainsi dire encombré

la librairie de manuels de synonymes; je n’hésite cependant pas

à satisfaire par le présent extrait au vœu qu’on m’adresse, et

en affirmant que ma méthode, ma façon d’établir les

rapprochements est essentiellement distincte de celle de ces

hommes éminents, je ne crois par là ni rehausser mon mérite ni

rabaisser le leur. L’extrait que je publie aujourd’hui contient,

je l’espère, tout ce qu’il y a d’important dans mes six volumes

en fait de synonymie; j’ai dû omettre par contre certains points

accessoires dont voici le détail.

*Premièrement*. — Toutes les déductions étymologiques.

*Deuxièmement*. — Tous les passages comparés ou citations à

l’appui qui n’ont pas une évidence démonstrative. En revanche,

je communique tout au long les endroits classiques dans lesquels

les anciens opposent des synonymes les uns aux autres, et les

distinguent de la sorte dans le courant du discours et non par

voie de réflexions grammaticales; quand ces endroits me font

défaut, je place souvent en regard divers passages d’un seul et

même écrivain dans lesquels il paraît qu’il a observé la

propriété des termes.

*Troisièmement*. — Toutes les discussions de critique et

d’interprétation.

*Quatrièmement*. — L’explication détaillée des synonymes grecs.

Je n’ai pas laissé pour cela de rechercher avec un soin

scrupuleux et de placer en regard du synonyme latin l’expression

correspondante la plus exacte que puisse fournir ou la langue

grecque ou la nôtre, et je me suis en outre efforcé de

déterminer et de rendre palpable dans tous les cas possibles,

avec la précision dont j’étais capable, la valeur et la portée

de l’idée exprimée par le mot latin en indiquant le vrai terme

contraire.

*Cinquièmement*. — Les vues particulières des auteurs qui ont

composé des traités de synonymes.

*Sixièmement*. — Les synonymes très-rares et ceux qui ne prêtent

qu’à des différences subtiles.

J’ajoute une remarque de pratique. Au point de vue de

l’enseignement on peut diviser les synonymes en trois classes;

la première comprend ceux que l’élève ne peut jamais apprendre à

distinguer trop tôt parce que leur parenté purement apparente

n’est fondée que sur la tentation de les traduire par un même

mot dans notre langue maternelle, par exemple *liberi* et

*infantes*, *animal* et *bestia*, *hærere* et *pendere*,

*sumere* et *adimere*, *hostis* et *inimicus*. La confusion de

ces synonymes est une bévue qu’il faut ranger sur la même ligne

qu’un solécisme proprement dit. A la seconde classe

appartiennent les synonymes entre lesquels on peut établir une

distinction aisée et sûre, mais qui expriment des idées si

rapprochées, que les anciens mêmes n’hésitaient pas à les

prendre les uns pour les autres, par exemple *lascivus* et

*petulans*, *parere* et *obedire*, *ater* et *niger*, *incipere*

et *inchoare*, *mederi* et *sanare*, *vacuus* et *inanis*,

*spernere* et *contemnere*, *tranquillus* et *quietus*. Tant que

l’élève est encore aux prises avec les éléments de la grammaire,

le maître est autorisé à lui laisser croire que ces expressions

ont tout à fait le même sens; mais il convient d’y rendre

attentifs les élèves plus avancés, soit pour les habituer, quand

l’occasion se présente, à la propriété des termes, soit pour

leur faire faire un excellent exercice d’esprit. Je range dans

une troisième classe les synonymes dont la différence ne saurait

être établie ni sans peine, ni avec pleine évidence à l’aide des

textes classiques, et que les anciens, selon toute probabilité,

ne distinguaient que très-confusément, par exemple *lira* et

*sulcus*, *remus* et *tonsa*, *pæne* et *prope*, *etiam* et

*quoque*, *recordari* et *reminisci*, *lævus* et *sinister*,

*velox* et *pernix*, *vesanus* et *vecors*, *fatigatus* et

*fessus*, *collis* et *clivus*. De pareilles distinctions n’ont

que peu ou point d’importance dans la composition, à moins

qu’une antithèse en forme, par exemple celle de mare, lacus, par

rapport à amnis, fluvius; de metus, spes, par rapport à timor,

fiducia, n’impose par occasion la nécessité de recourir aux

richesses de la langue en synonymes de ce genre. Une sévérité

excessive en cette matière ne serait à mes yeux qu’un pédantisme

fâcheux qui ne manquerait pas d’entraver toute liberté d’esprit

chez l’élève occupé à composer. Comme professeur, je demande que

les synonymes de la première classe deviennent familiers aux

élèves dès les cours élémentaires; je n’introduis que dans les

cours supérieurs l’étude des synonymes de la seconde catégorie;

c’est vers l’âge de quatorze ans à peu près que j’engage les

élèves à s’en occuper dans le travail de la composition à propos

du choix des expressions; c’est alors que je commence à en tenir

compte dans l’explication des textes, avec mesure s’entend, pour

aiguillonner l’esprit et non pour embarrasser la lecture. Quant

à ceux de la troisième catégorie, je me fais une loi de n’en

parler qu’en expliquant des passages à propos desquels il est

impossible de l’éviter, par exemple, quand l’auteur associe

*flumina* et *amnes* et qu’il faut le défendre contre une

accusation de pléonasme.

J’ai cru rendre mon manuel d’un usage plus commode en fondant la

table dans le texte. On a ainsi la chance de tomber du premier

coup sur l’article qu’on cherche, ce qui serait impossible avec

un index à part.

L’auteur.

Erlangen, décembre 1839.

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Manuel de synonymie Latine · 第 5 / 14 题