2° Poire...) 14° Mien....) Automatisme corrigé
3° Vasse...) Ex aequo. 15° Martin..) spontanément.
4° Demi....) Point
5° Uhl.....) d'automatisme. 16° Dew.....) Ex aequo. Aut.,
6° Motte...) 17° Monne...) corrigé après
18° Pou.....) avertissement.
7° Gesb....)
8° Bout....) Ex aequo. 19° Delans..)
9° Blasch..) Ébauche 20° Obre....) Ex aequo.
10° Féli....) d'automatisme. 21° Van.....) Automatisme
11° Lac.....) 22° Meri....) persistant malgré
12° And.....) 23° Gouje...) l'avertissement.
24° Hub.....)
25° Die.....)
Quelques remarques maintenant sur ce classement de nos sujets. Je suis très
frappé de voir que les plus jeunes enfants sont presque tous réunis dans le
dernier groupe, celui des plus automates, et ce groupe ne compte qu'un seul
enfant de la 1re classe. A première vue, ce classement diffère grandement
de celui qu'a donné l'expérience sur l'idée directrice; car Poire.,
l'enfant le plus suggestible pour le jugement, est ici le moins automate,
et au contraire Delans, si peu suggestible dans le domaine du jugement, est
ici parmi les meilleurs automates. Ce fait nous laisse soupçonner que
ces deux genres de suggestibilité ne doivent pas être parallèles comme
développement.
Je dois dire en terminant comment j'interprète cette expérience sur les
mouvements subconscients de répétition. Je suppose que les enfants qui
ont montré le plus d'automatisme sont ceux qui ont fait avec le moins
d'exactitude la distinction entre les mouvements passifs de leur main et
les mouvements actifs; quand je faisais moi-même mouvoir le balancier, leur
main avait un mouvement passif; lorsqu'ils ont continué seuls le mouvement,
ils ont fait un mouvement actif, et s'ils ne se sont pas rendu compte qu'à
ce moment-là je cessais d'agir sur le balancier, c'est qu'ils n'ont pas
perçu que le mouvement de leur main changeait de nature et devenait actif,
après avoir été passif. Certes, ces deux genres de mouvements doivent
présenter des différences caractéristiques, qui se révèlent surtout dans
les expériences où le sujet fait un effort d'attention volontaire pour
distinguer ces deux mouvements; mais, dans nos expériences sur les élèves,
la perception de leur différence ne se fait pas ou se fait d'une manière
incomplète. Pourquoi? Nous n'en savons rien au juste; ces questions
de mécanisme sont toujours compliquées; on pourrait supposer que les
sensations particulières qui font la différence des deux mouvements
sont plus faibles et plus confuses chez les sujets automates; une autre
supposition que je crois plus vraisemblable, est que le sujet automate pour
les mouvements n'a point l'habitude de fixer fortement son attention sur
ses sensations musculaires. Mais laissons la question en suspens. Toujours
est-il que lorsqu'on interroge le sujet sur la manière dont il s'est
comporté et sur la nature des mouvements qu'il vient d'exécuter, on
l'oblige à se rendre compte de ses mouvements; on le détermine à fixer son
attention sur ces mouvements, et par conséquent on trouble les conditions
mentales de la précédente expérience; le sujet, ainsi aidé par
l'expérimentateur, surveille de plus près sa main, il doit mieux percevoir
les caractères différentiels du mouvement actif et du mouvement passif, il
se laisse moins aller, il veut savoir; bref, ces dispositions différentes
contrarient le développement du mouvement automatique, car un mouvement
est d'autant moins automatique, en général, qu'on le surveille avec plus
d'attention. C'est ainsi que nous expliquons comment il se fait que la
répétition de l'expérience, l'exercice, produisent sur nos sujets un effet
diamétralement opposé à celui que fournissent les recherches d'hypnotisme;
plus nous expérimentons sur nos enfants d'école, moins ils deviennent
suggestibles. Nous en avons déjà fait la remarque à propos des expériences
sur les lignes, et Sidis avait fait une remarque analogue sur des élèves de
laboratoire. C'est donc un fait sinon général, du moins fréquent, et il est
contraire à tout ce qu'on observe dans l'hypnotisme: le sujet hypnotisé
devient d'autant plus suggestible, on le sait, qu'il a été suggestionné
plus souvent, et c'est ce qui constitue le danger moral de la suggestion
hypnotique, qui, au bout de quelque temps, livre le corps et l'âme d'un
individu à la volonté d'un autre individu. Il est fort heureux pour nos
recherches qu'elles ne présentent point ce caractère si dangereux; en
réalité, on pourrait dire d'elles qu'elles guérissent de la suggestion,
elles rendent nos sujets réfractaires, elles leur apprennent à se rendre
compte des erreurs qu'ils commettent et les habituent à se contrôler.
Ce sont des expériences qui méritent d'être qualifiées de pédagogiques,
puisqu'elles procurent aux sujets un profit intellectuel.
Mais comment peut-il se faire, demandera-t-on, qu'une tentative de
suggestion qui, lorsqu'on fait de l'hypnotisme ou même sans hypnotisme,
produit une augmentation de la suggestibilité, puisse produire entre nos
mains un effet justement opposé, une diminution de la suggestibilité? C'est
encore une question sur laquelle je ne puis présenter que des opinions
probables, mais je ne veux pas éviter de la traiter, car elle est
extrêmement importante; c'est sans doute le noeud de toutes nos recherches.
Pour mieux me faire comprendre, je vais faire la comparaison entre notre
expérience du balancier et l'exercice spirite des tables tournantes; ce
sont là, ce me semble, des expériences tout à fait voisines, car l'art de
faire tourner les tables consiste dans de petites poussées inconscientes
que les doigts des sujets--surtout des sujets appelés médiums,--impriment
à la table; or, on sait que les médiums s'entraînent et que l'entraînement
produit chez eux une culture intensive de l'automatisme. Pourquoi donc ces
mouvements inconscients que l'exercice développe chez le médium, l'exercice
les suspend-il chez nos écoliers? Je pense que sous cette forme, la
question fait d'elle-même entrevoir la réponse probable. Que pense l'adepte
du spiritisme lorsqu'il appuie les doigts sur un guéridon ou lorsqu'il
prend en main une plume pour écrire sous la dictée de l'esprit qu'il
invoque? Avant de donner une séance, il doit se préparer de diverses
manières, par exemple par la méditation ou la concentration d'esprit sur
différents problèmes; de plus et c'est là le point le plus important, son
attitude d'esprit n'est point sceptique; il ne cherche point à contrôler
les mouvements de sa main, à se rendre compte de leur nature, à savoir s'il
pousse ou ne pousse pas la table, parce qu'il est convaincu que sa main
n'est qu'un organe au service d'une force supérieure à la sienne. Certes,
cette intention de ne pas se contrôler ne suffirait pas pour faire un
médium; il faut encore une disposition forte à l'automatisme et d'autres
qualités qui nous échappent, mais je crois et je veux surtout montrer que
les théories auxquelles le spirite adhère ne le portent point à étudier de
près les sensations musculaires qui accompagnent les mouvements de sa
main. Prenons maintenant un enfant d'école, qui a présenté, dès le premier
amorçage, un bel exemple d'automatisme; la suite que l'expérience aura pour
lui me paraît dépendre en grande partie de l'explication qu'on lui donne;
si nous lui disions--ce que nous n'avons jamais fait, d'ailleurs--que le
balancier est un instrument merveilleux, qui se ment tout seul quand on y
met la main, et qui par ses oscillations répond à nos interrogations,
si nous l'avions convié, en un mot, à interroger le balancier comme on
interroge les tables, et si nous l'avions convaincu du caractère sacré de
cet exercice--alors, certainement, l'effet aurait été tout différent
de celui que nous avons obtenu; l'enfant n'aurait point cherché à se
contrôler, il aurait fixé son attention non pas sur sa main, mais sur les
questions à poser et les réponses à recueillir, et son activité automatique
se serait développée au fur et à mesure sans obstacle, parce que toute
activité se développe par l'exercice; des associations d'idées nombreuses
se seraient formées et auraient consolidé cette activité.
Voilà, ce me semble, comment on peut expliquer que dans certains cas
l'automatisme grandit et dans d'autres il s'atténue et finit par
disparaître. Notre explication ne pourrait pas convenir à toutes les
circonstances, car il y a des observations dans lesquelles l'automatisme
s'est développé chez des personnes n'ayant pas d'idées préconçues ou même
réfractaires aux idées spirites: diverses expériences citées plus haut en
sont des exemples, celles de Stein par exemple, ou celle de Patrick. Nous
avons vu que Stein a cultivé son propre automatisme en faisant de vigoureux
efforts de distraction pour oublier sa main. L'expérimentateur s'est donc
mis artificiellement dans des conditions utiles pour la suppression du
contrôle. D'autre part, on a vu des cas où l'automatisme était si puissant
qu'aucun contrôle ne pouvait l'arrêter et chez les hystériques, dont la
main est insensible et l'attention mobile, le contrôle est souvent bien
difficile. Mais ces remarques, tout en corrigeant notre interprétation,
nous paraissent en laisser subsister la plus grande partie, et nous
conclurons en admettant que dans nos expériences sur le balancier, si
l'automatisme ne se développe pas, c'est parce que la manière dont
l'expérience est présentée aux sujets oriente leur esprit vers le contrôle
de leurs mouvements.
2e _expérience_.--Deux jours après avoir terminé la recherche précédente,
je conçus l'idée d'en faire une autre du même genre sur les mêmes enfants.
Il me paraît extrêmement important de répéter plusieurs fois une même
recherche sur une série de sujets, en donnant toutefois aux épreuves un
tour ou un dispositif extérieur qui leur imprime un caractère de nouveauté
pour les expérimentés. L'avantage principal de ces répétitions et
variations d'une même expérience est de permettre la vérification des
résultats; en même temps on se rend compte si les résultats sont bien
probants et ont un certain caractère de constance ou bien s'ils sont
variables, s'ils varient d'un jour à l'autre, sous l'influence de petites
causes insaisissables; tous les tests nouveaux devraient être, dans la
mesure du possible, soumis à ce genre de contrôle.
Le premier contrôle auquel j'ai pensé est le suivant: dans l'expérience
précédente, la main de l'enfant répétait un mouvement très simple, en
faisant osciller un balancier; était-il exact de supposer que l'aptitude à
répéter inconsciemment un mouvement aussi élémentaire, était un signe, une
présomption d'une aptitude à répéter des mouvements plus compliqués, par
exemple les mouvements graphiques, qui sont des mouvements appris? Cette
question m'a paru intéressante à résoudre. Au moment où j'ai fait cette
seconde recherche, je n'avais pas encore étudié les résultats de la
première, et mon esprit n'était pas prévenu que tel sujet serait
suggestible aux mouvements et que tel autre ne le serait pas. Pour
enregistrer les mouvements graphiques, je mettais simplement une plume
dans la main droite du sujet, je le priais de me confier sa main, et de
me laisser faire; sa main était cachée par un écran; pour occuper son
attention, je lui faisais compter les battements d'un métronome, comme dans
l'épreuve précédente; l'arrangement matériel était le même, et j'ai trouvé
chez mes sujets une aussi grande docilité que la première fois. Ils étaient
bien convaincus que le point important de l'expérience consistait à compter
exactement le nombre des battements.
Une petite difficulté s'est présentée tout de suite; beaucoup d'enfants
tenaient mal leur main; en vain, je leur recommandais de prendre l'attitude
nécessaire pour écrire, de tenir le porte-plume solidement pressé entre les
trois doigts, d'appuyer l'extrémité de la plume sur le papier; malgré ces
recommandations, plusieurs enfants tenaient le porte-plume mollement; il
glissait; ou bien la main s'appuyait trop sur le bord cubital; ou encore,
la main, les doigts, le poignet se raidissaient; excès de mollesse et excès
de raideur avaient à peu près le même inconvénient pour moi; je n'arrivais
pas à conduire la main d'une manière satisfaisante, à lui imprimer un
mouvement graphique. J'ai vu là combien il était préférable d'employer un
instrument, au lieu du contact direct, pour imprimer à la main un mouvement
passif. Il m'a semblé que dans certains cas, chez des enfants très jeunes
par exemple, si je n'ai pas réussi à provoquer la répétition de mouvements
graphiques, c'est parce que je n'ai pas pu manier leur main comme il
l'aurait fallu. Une autre cause d'erreur aussi sérieuse, c'est qu'il
est parfois délicat de faire la part entre les mouvements qu'on imprime
soi-même à la main du sujet et les mouvements que cette main exécute
spontanément; pour éviter la difficulté, il faudrait quitter la main du
sujet; mais cette sensation de suppression de contact peut éveiller son
attention et troubler l'expérience.
A tous nous avons fait écrire des séries d'e, ayant en général comme
dimension 1cm,5 de hauteur; nous écrivons chaque lettre en rythmant notre
mouvement sur les battements du métronome.
Les élèves peuvent être répartis en 4 groupes.
Dans le 1er groupe, les élèves n'ont répété aucun mouvement; ce sont les
élèves Féli., Blasch., Uhl., Mott., Vase., Gesbe., Pet., Poire., Die.
Dans le 2e groupe, ils ont tracé seulement une lettre ou une portion de
lettre: élèves Bien., Van., Lac., Mousse., Mi.
Dans le 3e groupe, ils ont tracé une courte série de lettres. Élèves Sag.,
Bout., Pou., Dew.
Dans le 4e groupe, ils ont tracé une série indéfinie de lettres. Obre.,
Delan., Gouje., Hub.
Dans le 1er groupe se rencontre un sujet tout jeune, Die., dont l'insuccès
tient peut-être à ce que je n'ai pas pu me rendre maître de sa main. Il en
est de même pour Van., qui est au 2e groupe; c'est l'attitude incohérente
de sa main qui m'a empêché d'étudier son automatisme.
[Illustration: Fig28.png--Ecriture automatique de Sagaire (à lire de gauche
à droite) écriture guidée, avant la croix; l'écriture automatique sans
guide commence à partir de la croix, mais on reste en contact avec la main
du sujet.]
Je donne une figure reproduisant les lignes tracées par Saga., les
premières lettres sont conduites par moi; à partir de la croix, je reste
en contact avec sa main sans le guider, et il continue le mouvement en le
déformant un peu; quand j'abandonne sa main, celle-ci s'arrête.
[Illustration: Fig29.png--Ecriture automatique de Hub. A partir de 1 se
produit l'écriture automatique spontanée; en 2, elle se poursuit quoiqu'on
ait rompu le contact avec la main du sujet. Le mouvement reste régulier.]
Chez Hub., le phénomène prend plus de développement (fig. 29), je conduis
d'abord sa main, puis je reste en contact et cesse de la conduire; (en 1)
le mouvement se continue régulièrement. Enfin, je supprime le contact (en
2), mais cela ne trouble nullement le mouvement de l'écriture.
[Illustration: Fig30.png--Ecriture automatique de Delans. sans guide et sans
contact.]
Chez Delans., grand garçon de 14 ans, dont la résistance à la suggestion
des lignes était des plus remarquables, l'automatisme des mouvements de
la main ne se manifeste qu'après un assez long amorçage; ce sujet déforme
complètement le mouvement. Voici une série de boucles qu'il a faites
spontanément, je ne tenais plus sa main (fig. 30). Quand il a terminé, je
lui demande des renseignements sur les mouvements qu'il a exécutés; je lui
demande notamment s'il a résisté à mon mouvement ou s'il a cédé; il me
répond aussitôt: il y a des moments où vous m'avez lâché.--_Demande_.
«Alors pourquoi avez-vous continué le mouvement, quand je vous ai
lâché?»--_Réponse_ (après un moment d'embarras.) «C'était pour pouvoir
mieux compter les bruits du métronome.» Cette justification après coup est
à rapprocher de celles que d'autres élèves ont trouvées pour expliquer
comment ils ont marqué des lignes trop longues, dans l'expérience sur
l'idée directrice.
[Illustration: Fig31.png--Ecriture automatique d'Obre., en 1, écriture
Spontanée; en 2, suppression de contact.]
Nous terminons par l'observation d'Obre., qui est la plus complète de
toutes; après amorçage de 7 lettres seulement (fig. 31), il continue le
mouvement spontanément; je cesse très vite le contact, il continue à écrire
_pendant une minute environ_, il arrive au bout de son papier, je l'arrête
et je l'interrogé. Je lui demande s'il se rend compte des mouvements qu'il
a exécutés. Il me répond: «Vous avez pris ma main, après, vous l'avez
lâchée, et j'ai continué à écrire. Je me suis embrouillé pour compter (le
métronome) je ne comptais pas juste; j'ai compté jusqu'à 100, et à partir
de 50 je me suis embrouillé, et même à 29. J'ai senti que vous me
lâchiez et j'ai continué à écrire.»--_Demande_. Vous avez continué
volontairement?--_Réponse_. Oui, j'ai vu qu'il fallait continuer à
écrire--_Demande_. Qu'avez-vous écrit tout seul?--_Réponse_. Je ne sais pas
au juste.--_Demande_. Sont-ce des mots ou bien des lettres qui n'ont pas
de sens?--_Réponse_. Des lettres qui n'ont pas de sens.--_Demande_. Vous
sentiez bien votre plume courir sur le papier?--_Réponse_. Oui, Monsieur,
et je sentais aussi que je n'écrivais pas droit.--_Demande_. Vous avais-je
dit de continuer à écrire tout seul?--_Réponse_. Non, monsieur, je ne
savais pas, je croyais qu'il fallait encore écrire.» Je conviens alors
avec lui que nous allons reprendre et qu'il devra ne faire lui-même aucun
mouvement; c'est moi seul qui me sers de sa main pour écrire. A cette
reprise (fig. 32) je lui fais encore tracer quelques boucles puis je reste
en contact avec sa main; celle-ci répète automatiquement le mouvement, elle
le répète 9 fois; alors je lâche sa main complètement, elle continue à
faire trois boucles, puis s'arrête, et l'enfant se tourne vers moi en me
disant que je l'ai lâché; il faut remarquer qu'il a mis un certain temps à
s'en apercevoir.
Cet interrogatoire, et ceux que nous avons fait subir à nos sujets dans
l'expérience précédente nous montrent que ces mouvements automatiques de
répétition ne sont point franchement inconscients; le sujet sait que sa
main exécute des mouvements, il se rend bien compte de la matérialité des
mouvements. En outre, dans bien des cas, il apparaît avec évidence que le
sujet s'est aperçu que les mouvements de sa main n'ont pas été entièrement
passifs; il avoue qu'il a _un peu aidé_ l'expérimentateur, et il pense même
l'avoir fait volontairement, quelques-uns vont même plus loin, et trouvent
une raison quelconque pour expliquer leur acte. Nous connaissons la
valeur de ces explications après coup, qui ne peuvent en imposer qu'à des
observateurs peu instruits; en réalité, c'est bel et bien de l'automatisme;
seulement les phénomènes se produisent au seuil de la conscience, d'où des
illusions fréquentes sur leur nature.
[Illustration: Fig32.png--Écriture automatique d'Obre. En 1, écriture
spontanée; en 2, suppression de contact.]
J'ai remarqué chez plusieurs sujets une vive rougeur qui se produisait
au moment où les phénomènes d'automatisme se manifestaient avec le plus
d'intensité. Aucun d'eux n'a pu donner l'explication de cette rougeur.
Ces deux expériences sur l'automatisme moteur présentent-elles des
résultats concordants? On peut en juger. Nous rapprochons les deux listes:
EXPÉRIENCE DE L'ÉCRITURE EXPÉRIENCE DU BALANCIER
Féli......) Pet.......)
Blasch....) Poire.....)
Uhl.......) Vasse.....) Aucun
Motte.....) Aucun Demi......) mouvement.
Vasse.....) mouvement. Uhl.......)
Gesbe ....) Motte.....)
Pet.......)
Poire.....) Gesb......)
Die.......) Bout......)
Blasch....) Ébauche
Féli......) d'automatisme.
Lac.......)
And.......)
EXPÉRIENCE DE L'ÉCRITURE EXPÉRIENCE DU BALANCIER
Bien......) Bien......)
Van.......) Ébauche Mien......)
Lac.......) d'automatisme. Martin....) Automatisme
Monne.....) Dew.......) net.
Mien......) Monne.....)
Pou.......)
Saga......)
Bout......) Automatisme Delans....)
Pou.......) net. Obre......)
Dew.......) Van.......) Automatisme
Méri......) complet.
Obre......) Gouje.....)
Delans....) Automatisme Hub.......)
Gouje.....) complet. Die.......)
Hub.......)
Je crois que la comparaison de ces deux recherches donne des résultats
concordants. Si on met à part deux tout jeunes enfants, Die. et Van., au
sujet desquels s'est produite la petite erreur que j'ai signalée plus haut
(défaut dans l'attitude de la main pour écrire), on constate qu'aucun nom
de sujet ne subit un déplacement de plus d'un groupe en passant d'une
expérience à l'autre. Ainsi, les sujets du groupe 1 peuvent se rencontrer
dans le groupe 2, mais il n'y en a aucun qui tombe dans le groupe 3 ou dans
le groupe 4; d'où je crois pouvoir tirer provisoirement la conclusion que
le développement de l'automatisme pour des mouvements simples est un signe
probable d'automatisme pour des mouvements plus compliqués.
Ces expériences nous montrent deux faits principaux:
1° Il est possible d'étudier rapidement sur des élèves d'école
l'automatisme des mouvements;
2° Cet automatisme ne paraît pas coïncider avec l'automatisme du jugement.
CONCLUSION
Cet ouvrage est l'exécution d'une toute petite partie d'un plan beaucoup
plus général. Ce plan, auquel je travaille depuis bien des années, et pour
lequel j'amasse des matériaux dont la plupart n'ont pas encore été publiés,
consiste à établir la psychologie expérimentale des fonctions supérieures
de l'esprit, en vue d'une différenciation des individus. J'ai déjà publié
avec Victor Henri quelques aperçus sur cet ensemble de recherches, en
donnant à ces aperçus le nom sommaire de psychologie individuelle[68].
[Note 68: Voir _Année psychologique_, II, p. 414.]
Je veux, dans cette conclusion, examiner quelle contribution mes études sur
la suggestibilité apportent à la psychologie individuelle.
Deux questions se posaient à nous. La première peut se formuler ainsi:
l'appréciation de la suggestibilité des individus est-elle possible, en
dehors des pratiques de l'hypnotisation? En d'autres termes, peut-on savoir
si une personne est suggestible, et à quel degré elle l'est, sans avoir
besoin de l'endormir?
La seconde question, bien distincte de la première, consiste à se demander
si ces épreuves de suggestibilité que nous avons imaginées, ou si d'autres
épreuves qui restent à imaginer, sont significatives.
Traitons ces deux points séparément.
La première question est celle que j'ai eue constamment présente à
l'esprit; et si je suis parvenu à la résoudre, je pense avoir atteint le
but que je me proposais. Ce but était de démontrer qu'on peut faire de la
suggestion sans hypnotisme, par des méthodes absolument inoffensives, des
méthodes scolaires, vraiment pédagogiques. Cette démonstration, ne l'ai-je
point faite? Pendant plusieurs mois, j'ai pu étudier la suggestibilité
d'enfants et de jeunes gens dans nombre d'écoles sans soulever la moindre
crainte de la part des maîtres les plus prudents; je crois même que
personne ne s'est avisé de voir une relation quelconque entre mes
expériences et l'hypnotisme. C'est un point qui me paraît acquis.