Pour enregistrer les mouvements subconscients, je désirais avoir un

appareil très simple sur lequel le sujet poserait sa main, et mon but était

de communiquer à la main du sujet, par l'intermédiaire de cet appareil,

un mouvement très simple, très régulier, par exemple un mouvement

d'oscillation, afin de rechercher si la main continuerait d'elle-même

ce mouvement quand je cesserais de le produire. Je me suis servi, en

le modifiant très peu, d'un petit balancier de Wundt qui se compose

essentiellement d'une tige métallique horizontale fixée à la partie

supérieure d'une colonnette et pouvant tourner autour de son point fixe;

cette tige est terminée à une de ses extrémités par une lourde masse de

métal, en forme de marteau _(a)_ qui vient frapper, toutes les fois qu'elle

s'abaisse, une enclume _(b)_ située en dessous et à l'autre extrémité

est fixé un ressort à boudin _(c)_ qui relie la tige à la plateforme sur

laquelle la colonnette est montée. La figure nous dispense d'une plus

longue description de cet appareil.

[Illustration: Fig27.png--Balancier (modification très légère d'un appareil

de Wundt) servant à l'étude des mouvements subconscients.]

Le petit appareil que je viens de décrire est placé sur une table, à côté

d'un métronome; un grand écran qui a la longueur de la table est fixé entre

les deux instruments, et divise la table en deux compartiments, dont l'un,

celui de gauche, contient le métronome, et l'autre, celui de droite,

contient le balancier avec le marteau tourné vers la gauche; lorsqu'un

élève entre à son tour dans le cabinet du directeur, nous le faisons

asseoir à la table; sa chaise est placée un peu à gauche de l'écran, par

conséquent, il se trouve juste assis devant le métronome; mais en penchant

la tête vers la droite, il peut voir le balancier. Notre premier soin

est de présenter à l'élève le balancier; nous lui disons que c'est un

instrument qui ne peut faire aucun mal, et qui ressemble à une balance;

ensuite, lorsque l'enfant a bien regardé l'instrument et s'est à peu près

rendu compte de sa forme générale--ce qui est nécessaire pour éviter toute

appréhension[65]--on lui indique comment va se faire l'expérience; l'enfant

doit tenir entre le pouce, l'index et le médius de sa main droite la masse

en forme de marteau qui termine le balancier, et serrer fortement cette

masse entre ses trois doigts; il doit, en outre, faire «la main morte»,

c'est-à-dire laisser aller sa main, et céder au mouvement d'oscillation que

j'imprime à l'instrument en mettant moi-même le doigt sur l'autre extrémité

du levier. Je fais alors, devant l'enfant, la répétition du mouvement que

je dois exécuter pendant l'expérience; je soulève 5 ou 6 fois de suite un

des bras de levier, celui qui se termine par un ressort à boudin; chaque

fois, après l'avoir soulevé, je l'abaisse, et j'exécute ce mouvement très

régulièrement; il est facile de comprendre que lorsque le bras de levier de

droite est soulevé, l'autre bras de levier s'abaisse et le marteau qui le

termine frappe l'enclume en faisant entendre un bruit sec; ce bruit sec se

fait donc entendre à chaque oscillation double du levier. L'enfant, après

avoir vu et compris ce mouvement très simple, est invité à saisir entre

ses doigts le marteau, et je recommence sous ses yeux à manoeuvrer le

balancier. Le plus souvent, je ressens une résistance: l'enfant ne se

contente pas de serrer le marteau entre ses doigts, mais il s'oppose plus

ou moins énergiquement au mouvement de bascule du marteau. Je le lui fais

remarquer: «Vous résistez à mon mouvement, dois-je lui dire, et il ne le

faut pas; vous devez vous contenter de serrer le marteau, et laisser votre

main monter et descendre, quand j'appuie sur l'autre extrémité du levier.»

Il faut souvent de longues explications pour faire comprendre à l'enfant

ce qu'on désire de lui; mais je suis arrivé à me faire comprendre de tous.

J'ai ensuite, quand j'ai obtenu ce que je voulais, le soin d'insister sur

la prescription suivante: l'enfant ne doit ni s'opposer à mon mouvement, ni

le faciliter; il doit se laisser aller, sans s'occuper de sa main; il doit

rester complètement passif. Je multiplie les commentaires de ce genre,

afin d'être certain que j'ai été bien compris. Ces explications terminées,

j'attire l'attention de l'enfant sur le métronome qui occupe la case de

droite; je lui explique que cet instrument marque la mesure pour les

musiciens, je mets la tige du métronome en mouvement, et je dis à l'enfant

qu'il doit concentrer son attention sur le métronome, suivre des yeux le

mouvement du métronome et compter à voix basse ses battements, car lorsque

l'expérience sera terminée, il devra me donner le compte exact des

battements, et je pourrai voir alors s'il s'est trompé ou non. En réalité,

je ne compte jamais le nombre des battements, et mon contrôle est

illusoire; il suffit, du reste, que l'enfant s'imagine que ce contrôle

va avoir lieu pour qu'il fasse grande attention au métronome[66]. Les

explications sont maintenant terminées et l'expérience peut commencer.

L'enfant saisit avec ses doigts de la main droite le marteau du balancier,

et attend; le coude droit est appuyé sur la table; je mets d'abord en

mouvement le métronome, et l'enfant le regarde attentivement, et commence

à compter à voix basse. Dans tous les cas, sauf une ou deux exceptions, le

sujet garde les yeux fixés sur le métronome, et ne détourne pas la tête

pour regarder sa main droite; comme je lui ai expliqué le mouvement qui va

être imprimé à sa main, comme d'autre part, il a déjà l'expérience de

ce mouvement, il ne se produit rien de nouveau et d'insolite qui puisse

attirer son attention sur sa main droite; en tout cas, quel que soit le

motif, j'insiste pour affirmer que l'orientation du corps et de l'attitude

de l'enfant a toujours été très correcte; une ou deux fois, il est arrivé à

un enfant de regarder sa main droite; mais ce mouvement très rare a cessé

dès la première remarque que j'en ai faite.

[Note 65: Il est très important, je crois, lorsqu'on apporte dans une

école un appareil, de bien en expliquer l'usage et le fonctionnement aux

maîtres et aux élèves; ces derniers, surtout quand ce sont de jeunes

Enfants, peuvent avoir peur de l'instrument, s'imaginer une foule de

choses, et faire le soir à leurs parents des récits fantastiques sur

les expériences auxquelles on les a soumis. Dans une école primaire

élémentaire, j'adaptai un jour un plethysmographe en caoutchouc à la

main d'un enfant; l'instrument se compose simplement d'un cylindre de

caoutchouc, entouré d'une peau de gant; il est donc entièrement inoffensif;

le soir de cette expérience, l'enfant se trouva malade, et la mère vint se

plaindre au Directeur de l'École qu'on avait rendu son enfant malade avec

de _l'électricité_.]

[Note 66: Le contrôle des battements du métronome se trouve réalisé

Maintenant dans un nouveau modèle de métronome que je viens de faire

Construire pour des expériences de mesure sur l'attention volontaire.]

Les mouvements que j'imprime au balancier sont synchrones à ceux du

métronome, celui-ci bat la seconde; à chaque battement du métronome, je

fais coïncider un mouvement simple du balancier, de sorte que le balancier

fait entendre son bruit sec de marteau frappant l'enclume à chaque

battement pair du métronome. L'avantage de ce dispositif m'a paru double:

en demandant à l'élève de compter les battements du métronome, j'obtiens

une fixation assez régulière de l'attention; en outre, en rythmant les

mouvements du balancier sur ceux du métronome, je facilite les mouvements

inconscients du sujet, car je suppose que ces mouvements subconscients

doivent être aidés par le rythme sur lequel le sujet fixe son attention.

Pour provoquer les mouvements subconscients, je fais d'abord des mouvements

d'oscillation du balancier, en suivant les battements du métronome;

ensuite, j'abandonne le balancier à lui-même, en faisant les derniers

mouvements avec un peu moins de force, afin de ne pas éveiller l'attention

du sujet par un trop grand contraste entre mes mouvements et mon

immobilité; j'attends un moment pour voir si le sujet répétera le

mouvement, alors que ma main est retirée; mais, par précaution, je ne

retire pas ma main très loin de l'instrument, car je ne veux pas donner

l'éveil au sujet, et lui laisser croire que ma main abandonne l'instrument:

il pourrait en résulter une suggestion pour lui, et cette suggestion

pourrait être provoquée non seulement par la vue de ma main s'éloignant,

mais encore par le bruit que ferait ma manche pendant que j'exécute ce

mouvement. Je crois donc préférable de laisser ma main presque en contact

avec l'extrémité de droite du balancier, mais je cesse de manoeuvrer cette

extrémité.

Déjà pendant ces mouvements préliminaires, que j'appellerai des _mouvements

d'amorçage_, on a quelquefois la perception très nette que l'enfant

collabore au mouvement, et qu'il le facilite; mais on peut éprouver

soi-même des illusions; et pour couper court à tous les doutes, il est

nécessaire de cesser complètement de mouvoir le balancier[67].

[Note 67: Je dois prévoir une objection: on pourrait supposer que

lorsque ma main abandonne le balancier après l'avoir mis en mouvement, les

mouvements subséquents peuvent tenir en partie à l'inertie de l'instrument,

et non a l'automatisme du sujet; cette interprétation ne serait pas exacte;

car les oscillations de l'instrument qui sont dues à son inertie ne

peuvent pas se confondre avec celles que j'imprime ou que la main du sujet

continue. Si on soulève une des extrémités du balancier, quand personne

autre ne le tient, et qu'on l'abandonne brusquement, on provoque une

dizaine d'oscillations d'inertie qui sont très rapides (10 oscillations

doubles en 4 secondes pour l'instrument dont je me sers), or, comme les

oscillations communiquées par moi et répétées par le sujet durent chacune

deux secondes, on voit que les oscillations d'inertie sont 5 fois plus

rapides et ne peuvent donner lieu à aucune confusion.]

J'ai réglé avec autant de soin que possible le nombre des mouvements

d'amorçage; je fais d'ordinaire 10 mouvements doubles; j'attends ensuite

deux à trois secondes pour voir si les mouvements de répétition se

produisent; s'ils se produisent, je les laisse se manifester jusqu'à ce

qu'ils s'arrêtent spontanément; s'ils ne se produisent pas, je fais un

nouvel amorçage de 10 mouvements doubles, et ainsi de suite. En général, je

fais 6 séries d'amorçages; si le sujet ne paraît pas disposé à continuer

de lui-même les mouvements, si ces 6 séries ne donnent point de résultat

appréciable, je suspends cette première partie de l'expérience, et je la

considère comme ayant donné un résultat négatif.

Il est bien entendu qu'un examen aussi court, qui dure de cinq à dix

minutes, est insuffisant pour déterminer avec précision les aptitudes

automatiques d'un sujet donné; nous nous contentons de comparer chaque

sujet aux autres, et nous admettons que du moment qu'un sujet A n'a pas pu

être entraîné à l'automatisme pendant notre épreuve, il est moins automate

qu'un sujet B, qui pendant le même laps de temps a montré des mouvements

très nets de répétition inconsciente; encore faut-il ajouter que c'est là

une présomption, bien plus qu'un fait démontré; car il n'est pas absolument

certain que le degré d'automatisme soit constamment en relation avec le

degré d'amorçage nécessaire pour provoquer cet automatisme.

Le classement des sujets, d'après les résultats qu'ils ont donnés, me

paraît se faire très naturellement en 3 groupes: le premier groupe est

celui des résultats entièrement négatifs; il comprend 6 élèves. Nous

rangeons parmi eux tous les élèves dont la main n'a présenté aucun

mouvement appréciable de répétition, aucune ébauche de mouvement, si

petite soit-elle; il est bien entendu que nous nous contentons de notre

observation visuelle pour attester ce fait négatif, cette absence de

mouvement; or, l'observation ne permet pas de nier la production de

mouvements très petits, à peine sensibles; il faudrait pour avoir le

droit de nier ces mouvements, les soumettre à un enregistrement avec des

appareils capables d'amplifier les mouvements, ou tout au moins de les

inscrire. Nous devons nous contenter, pour le moment, d'affirmer, chez nos

6 sujets l'absence de mouvements appréciables à la vue.

Le second groupe se distingue à peine du premier; j'y place des élèves qui

font à eux tout seuls à peine une oscillation ou une demi-oscillation du

balancier, et ceux qui vont jusqu'à faire 2 ou 3 oscillations complètes,

une fois par hasard. Ainsi Féli. est un bon exemple de ce groupe; quand on

lui a fait faire 15 à 20 mouvements, sa main abandonnée à elle-même fait

une seule oscillation; si on a laissé l'instrument au moment où le marteau

était en haut, sa main fait un mouvement d'abaissement du marteau, puis

elle s'immobilise; si on a terminé par un abaissement du marteau, sa main

fait un soulèvement du marteau, et elle s'immobilise en l'air.

Chez Lac., le mouvement induit se prolonge un peu plus; il en a esquissé

une fois 2, une autre fois il en a même fait 4. Chez d'autres, on observe

une préférence pour un seul genre de mouvements; ainsi, ils ne savent que

soulever le marteau, ou bien ils ne savent que l'abaisser; on peut alors

les amener à faire une série isolée de mouvements subconscients; il

suffit par exemple de soulever le marteau pour qu'ils l'abaissent, et ils

continueront ainsi à l'abaisser 7 ou 8 fois de suite. C'est la preuve

qu'ils ont des aptitudes automatiques, mais celles-ci sont encore mal

développées.

Notre troisième groupe contient les élèves qui présentent un développement

complet de l'automatisme; ces élèves sont au nombre de 14; par conséquent

ce groupe est le plus important, il est même plus important que les 2

premiers groupes réunis. Ici, une remarque préliminaire est nécessaire. Les

résultats de cette expérience sont distribués tout autrement que ceux des

expériences de suggestion portant sur les sensations et sur les jugements.

Rappelons-nous ce qu'a produit l'influence de l'idée directrice; nous avons

pu donner à nos élèves des coefficients de suggestibilité variant de 100

à 600; ici, nous n'avons point cette série bien ordonnée de résultats;

on pourrait presque dire, en exagérant un peu la vérité, que pour

l'automatisme des mouvements, c'est tout ou rien; si on cherche à évaluer

l'automatisme moteur par le nombre de mouvements induits, on aura, comme

nombre moyen pour les élèves du 1er groupe, le nombre 0; pour les élèves du

2e groupe, la moyenne oscillera entre 0,5 et 1; enfin, en ce qui concerne

le 3e groupe, la moyenne sera par exemple de 20 ou 30. Il y a donc un abîme

entre les résultats du second groupe et ceux du troisième. Ce fait dépend

probablement de ce que le nombre de mouvements automatiques ne peut pas

donner une mesure exacte de l'automatisme. Lorsqu'un sujet commence à faire

une série de mouvements de répétition, il y a des chances pour que cette

série se prolonge très longtemps, si quelque hasard ne vient l'interrompre,

et il y a beaucoup de cas où nous avons dû nous-même mettre fin à

l'expérience, pour qu'elle ne se prolongeât pas outre mesure; il était d'un

intérêt médiocre de constater si un sujet qui en était par exemple à son

40e mouvement de répétition irait ou non à son 100e mouvement.

Nous pouvons présenter cette particularité sous une autre forme; comparons

l'expérience dont nous parlons en ce moment avec celle de l'idée

directrice; toutes deux ont ce trait commun de faire échapper un certain

automatisme au contrôle du sens critique; dans un cas, c'est un automatisme

de perceptions et de jugement, dans l'autre cas, c'est un automatisme

de mouvements. Il résulte des observations que nous avons faites que

l'automatisme des perceptions et des jugements se produit, plus ou moins,

chez tous les sujets, et à des degrés variables d'un sujet à l'autre:

l'automatisme moteur, au contraire, tel qu'il nous est révélé par

l'expérience actuelle, paraît ne pas exister du tout chez plusieurs des

sujets; et il paraît, en outre, quand il se réalise, prendre de telles

proportions qu'il efface presque les différences individuelles. Voilà ce

qui ressort de la comparaison des deux genres d'expériences; il faudra

rechercher maintenant si des différences aussi nettes, aussi saisissantes,

proviennent de la nature même de l'automatisme, ou si elles tiennent aux

conditions des expériences.

Les mouvements automatiques que nous réussissons à produire présentent un

certain nombre de caractères intéressants; le premier est leur inconstance.

Il n'est pas rare qu'un sujet qui, à un premier amorçage, ne montre aucun

automatisme, en montre un extrêmement développé après le second amorçage,

et que cet automatisme disparaisse ensuite pour ne jamais revenir.

Quelquefois, à la reprise des battements du métronome, un sujet fait

spontanément des mouvements automatiques, sans qu'on l'amorce de nouveau,

alors qu'au précédent amorçage il n'avait manifesté aucun mouvement de

répétition. Ces irrégularités peuvent sembler déconcertantes, mais il n'est

pas impossible d'en trouver l'explication, nous reviendrons sur ce point

dans un instant.

Toutes les fois que nous constatons chez un enfant que des mouvements très

nets de répétition se produisent, nous l'interrogeons après avoir arrêté sa

main; nous croyons utile de savoir, par son témoignage, comment il se rend

compte des mouvements de sa main. Cette interrogation est d'autant plus

utile qu'on pourrait soupçonner que si un enfant a répété indéfiniment un

certain mouvement que j'ai imprimé à sa main ou à son bras, c'est parce

qu'il a mal compris l'expérience et qu'il a cru à tort qu'il devait répéter

volontairement ce mouvement. Il faut donc s'entendre avec lui et dissiper

toute équivoque. Je dirai d'abord que mes sujets ont tous, sans exception,

la connaissance de leurs mouvements; ils savent que leur main vient de

se mouvoir. Les conditions d'expérience, jointes à leur personnalité

psychique, n'ont point permis la production d'une anesthésie de la main ou

du bras: j'entends par là une anesthésie profonde, comparable à celle

d'une hystérique. Après avoir constaté qu'ils ont eu conscience de leurs

mouvements, je leur demande si, en exécutant ces mouvements, ils ont

résisté à l'impulsion que j'ai donnée au balancier, ou bien s'ils l'ont

aidée, ou bien encore s'ils sont restés complètement inactifs, n'aidant pas

et ne résistant pas. Cette demande provoque des réponses très variables;

l'enfant est souvent en état de doute et semble un peu répondre au hasard,

après avoir épié l'expérimentateur pour deviner sa pensée; cet enfant-là ne

sait rien au juste. D'autres pensent avoir un peu résisté; d'autres enfin,

et ce sont les plus nombreux, reconnaissent qu'ils ont aidé le mouvement de

l'expérimentateur.

Je vais maintenant passer en revue quelques-uns de nos sujets.

DEW.--Après un amorçage de 20 mouvements, sa main commence à répéter

les mouvements sur le balancier, pendant qu'il suit les battements du

métronome; les deux mouvements sont bien rythmés. Quand le sujet a fait 30

mouvements de répétition, nous l'arrêtons, et nous l'interrogeons; nous le

prions de nous dire s'il a, comme c'était convenu, laissé sa main aller,

ou s'il nous a aidé à faire le mouvement: il reste indécis; nous le prions

alors de recommencer en prenant soin de ne pas aider notre mouvement. A la

suite de cette remarque, les mouvements subconscients sont bien diminués;

on n'en compte plus que 3, après chacune de nos tentatives d'amorçage. Le

sujet a donc pu reprendre le contrôle de ses mouvements.

MONNE.--Après un court amorçage, il fait tout seul 30 à 40 mouvements de

répétition; mais ces mouvements s'arrêtent tout seuls; le sujet sans qu'on

l'y ait aidé, est arrivé à supprimer les mouvements inconscients, et

de nouveaux amorçages ne provoquent plus rien. Cet exemple, ajouté au

précédent, nous montre que l'automatisme des mouvements est un phénomène

fugitif, qui peut se supprimer brusquement.

Nous avons cherché à fixer davantage l'attention de Monne, en le priant de

lire attentivement une page d'un livre de physique amusante; pendant cette

lecture, le mouvement a été supprimé.

DELANS.--Cet élève présente un automatisme moteur plus développé et plus

stable que celui de Monne. Après un court amorçage, le mouvement

de répétition commence, très net et très énergique; il se continue

indéfiniment; le sujet suit avec la main les battements du métronome, en

montrant beaucoup de régularité. Nous le prions, au bout de quelque temps,

de lire une page de physique amusante; il continue ses mouvements pendant

la lecture, mais le mouvement devient moins régulier, il cesse d'être

synchrone avec les battements du métronome.

SAGA.--Encore un bel exemple d'automatisme très net et très stable; les

mouvements se produisent après un court amorçage, et se continuent soit que

le sujet écoute le métronome, soit qu'il s'absorbe dans la lecture; au bout

de quelque temps, nous arrêtons sa main. Nous demandons à Saga, s'il pense

avoir aidé notre mouvement sur le balancier ou s'il pense avoir résisté

au mouvement. Sa réponse nous est qu'il a aidé: nous le prions alors de

recommencer en laissant complètement aller sa main; nous reprenons, et ses

mouvements de répétition sont aussi nets que la première fois. C'est un

sujet qui ne s'est pas contrôlé.

BIEN.--Après un amorçage de 10 mouvements, il fait spontanément 30

mouvements de suite; je l'arrête, je l'interroge, il reconnaît avoir un

peu aidé mon mouvement; à la seconde reprise, comme il a été averti, les

mouvements de répétition disparaissent presque complètement, on n'en compte

plus que 2.

POU.--Après un amorçage extrêmement court, il exécute 50 mouvements de

répétition: ce mouvement se prolonge pendant la lecture. Sur interrogation,

il reconnaît qu'il a un peu aidé mon mouvement; à la reprise, son

automatisme persiste. Curieux de savoir s'il arriverait à se reprendre, je

l'avertis de nouveau qu'il doit avoir soin de ne pas m'aider; alors à la

seconde reprise, son automatisme cesse.

MARTIN.--L'automatisme apparaît tout au début, mais il diminue rapidement;

il commence par diminuer d'intensité; le mouvement devient plus léger, plus

incomplet, et il cesse; pendant la lecture, on arrive encore à l'amorcer,

mais il dure peu. Plus l'expérience se prolonge, plus l'automatisme

diminue; c'est comme si le sujet reprenait de lui-même le contrôle de ses

mouvements.

MIEN.--Exemple analogue. Les premiers mouvements de répétition apparaissent

très rapidement, et sont très vigoureux; puis ils disparaissent

d'eux-mêmes; on ne peut pas, en l'amorçant, lui faire produire plus de 4 à

6 mouvements; la lecture ne change pas les résultats.

OBRE.--Automatisme très brillant, qui se manifeste après un court

apprentissage, et persiste indéfiniment, pendant l'audition du métronome et

pendant la lecture; interrogé, le sujet ne se rend compte de rien, il croit

même m'avoir un peu résisté.

MÉRI.--Excellent automate; apprentissage rapide; malgré les avertissements,

ne peut pas se reprendre.

HUB.--Il a eu besoin d'un très long amorçage (40 mouvements) pour faire des

mouvements de répétition; mais une fois amorcé, il continue indéfiniment.

DIE.--Très beaux mouvements induits, qui continuent indéfiniment; malgré

mon avertissement, le sujet ne peut pas se reprendre, bien qu'il soit

d'avis qu'il m'a aidé.

GOUJE.--Encore un excellent automate. Un court amorçage provoque les

mouvements qui se continuent ensuite indéfiniment. Il reconnaît m'avoir un

peu aidé. Malgré mon avertissement, les mouvements sont aussi nets à la

reprise qu'avant.

On voit, par les descriptions précédentes que le contrôle du sujet sur

l'automatisme des mouvements est assez variable: certains, comme Mien.,

Martin., arrivent spontanément, sans aucun secours étranger, à corriger

et à supprimer leur automatisme; d'autres, comme Dew., Bien., Pou., ne

produisent l'arrêt de leur main que lorsqu'on les a interrogés sur la

manière d'exécuter les mouvements, et qu'ils ont reconnu qu'ils aidaient

un peu; d'autres enfin, malgré cet avertissement, continuent à la nouvelle

reprise à faire des mouvements aussi nets que la première fois, lorsqu'ils

n'étaient pas avertis.

Nous classons nos sujets de la manière suivante, au point de vue du

développement de l'automatisme:

La Suggestibilité · 第 27 / 29 段