MIEN. LAC. SAGA. BLASCH. MOTTE. MARTIN. UHL.

...............................................................................................

GRAVURE:

Forme Rectangle. Ovale. Ronde. Rond. Carré. Ovale. Carré.

Couleur Gris. Blanc et Blanc et Noir. Noir. Noir et Noir et

marron. noir. blanc. blanc.

Sujet Un jardin; Un bâtiment, Un vote, Des Monument Des Des

on voit du grille des personnes, où il y facteurs personnes

monde qui entre'ouverte. messieurs hommes, avait du en grève. courant

entre, Des hommes. bien femmes, monde; des Un monument dans une

surtout des Des ouvriers habillés, enfants, hommes et avec des maison.

hommes. On en veston. en noir, qui des dames; grilles. 1

voit, de qui vont rentrent la porte N'a pas fait

côté, une voter. On dans une est carrée, attention

maison. voit la prison; on en grilles. s'il y avait

2 rue, des voit la 1 des femmes.

maisons. porte, elle

est

grillagée.

...............................................................................................

OBRE. AND. DIE. VAN. MÉRI. HON. GOUJE.

...............................................................................................

GRAVURE:

Forme Carré. Rond. Rectangle. En longueur.Rond. » Rectangle

couché.

Couleur Gris. Noir. Noir. Marron. Noir. » Noir.

Sujet Enterrement Barres de fer, C'est un La grève de Un jardin, Des Des

de Félix c'est une musée, le facteurs. des hommes messieurs messieurs

Faure. On grille; il y a jardin des Je l'avais qui entrent qui qui

voit des hommes, Plantes, il vue sur les par une courent. entrent

Louhet, des des dames, et y a des journaux. porte en Il y a une au Sénat,

personnes des enfants messieurs On voit fer, avec maison. On par le

qui qui regardent. en noir qui des soldats des voit la Luxembourg.

regardent, rentrent. qui grilles. porte. Elle Ils sont en

puis portent des Ils sont est ronde. redingote,

l'enterrement, lettres; en noir. avec des

des soldats. une voiture. chapeaux

(Grandeur: 1 haute-forme

1 centimètre 2

carré.) 1

3

................................................................................................

Obre. a fait une invention du même genre; il nous a assuré qu'une des

gravures représentait l'enterrement de Félix Faure; il a, sur notre

demande, donné maint détail; on voit Loubet, nous a-t-il dit, puis des

personnes qui regardent, puis l'enterrement, des soldats. Nous lui avons

fait dessiner cette gravure: il a tracé un petit carré ayant à peine un

centimètre de côté.

Ce sont les deux seules inventions complètes qu'il y ait eu à noter. J'en

rapprocherai d'autres cas, qui me paraissent analogues. Trois élèves

ont décrit, outre les six objets figurant sur le carton, des objets

complètement imaginaires. Vasse, croit avoir vu une pièce de deux sous,

avec un aigle; il décrit la position de cette pièce de monnaie, son état de

vétusté. Poire. nous apprend qu'il a vu une toute petite image, un portrait

de jeune fille; elle est en buste, de profil, sans chapeau, le portrait

est ovale, blanc et gris; sur notre demande, Poire. dessine ce portrait

imaginaire. Enfin, Bien. décrit un carton rond, coloré de jaune, et

ressemblant à une montre; sur le dessin qu'il en a fait, il figure deux

aiguilles.

Ce sont là des erreurs d'une espèce particulière. Pour que le dénombrement

fût complet, il faudrait y ajouter le cas d'And., qui a vu un diamant au

milieu du bouton. Ce sont des erreurs qui ne sont ni logiques, ni produites

par la routine; ce sont à proprement parler des erreurs d'invention, qui se

présentent sans explication possible.

2° Une seconde catégorie d'erreurs qui s'est produite fréquemment dans

l'exercice de mémoire sur la gravure, consiste à donner à la scène une

interprétation particulière, en présentant cette interprétation comme

un fait vu. La gravure représentait seulement des individus vus de dos,

pressés, et entrant par une grille entr'ouverte. Cette scène pourrait être

comprise de beaucoup de façons. Quelques-uns l'ont décrite comme elle

était, sans rien y ajouter; d'autres ont fait une supposition. Pou. pense

que ce sont des collégiens qui rentrent, Dew. imagine des individus qui

crient, Gesb. pense que c'est le palais de justice; pour Blasch., c'est

une prison où du monde pénètre; Saga. y voit des gens qui vont voter, Die.

reconnaît le jardin des Plantes, Gouje. croit que ce sont des messieurs

qui entrent au Sénat par le Luxembourg, Pet., Mien. et Méri. disent que la

scène se passe dans un jardin. Ce sont là des erreurs d'interprétation;

elles portent moins sur la réalité de la scène que sur sa signification.

3° Un troisième genre d'erreurs consiste à falsifier un détail matériel de

la scène, à décrire par exemple une voiture, à dire que la foule contient

des soldats, des femmes ou des enfants, que la grille a des pointes dorées,

etc. Ces dernières erreurs n'ont pas été bien fréquentes.

En résumé, l'expérience que nous venons de décrire a réussi à provoquer un

grand nombre d'erreurs de mémoire.

CONCLUSIONS SUR LES ERREURS DE MÉMOIRE FORCÉE

Voici les réflexions générales qu'on peut faire à ce sujet. Ces réflexions

s'appliquent à des expériences faites spécialement avec les objets

bien définis que nous avons décrits, et il serait probable que d'autres

expériences faites avec d'autres objets concluraient à des conclusions un

peu différentes; mais je pense que ces différences ne seraient pas très

importantes.

Ce qui frappe, tout d'abord, clans la lecture des résultats, c'est, que

l'objet fixé sur le carton a une individualité qui a été rarement méconnue.

Pour le sou, par exemple, on a pu oublier l'effigie qu'il porte, la

détérioration de son contour, mais on n'a pas oublié que c'est un sou.

Aucun élève ne s'est rencontré qui a dit: «Je me rappelle avoir vu en haut

du carton un objet arrondi, obscur, je ne sais plus ce que c'est.» Même

remarque peut être faite pour le timbre; les erreurs se sont multipliées

sur sa valeur, sa couleur, sur le cachet de la poste, etc., mais aucun

élève n'a dit: «Je me rappelle une petite surface claire, de telle et

telle couleur.» De même encore pour l'étiquette, pour le bouton, pour le

portrait, pour la gravure. Le souvenir de l'individualité de ces objets a

même été plus précis encore; on est étonné de voir que jamais ou presque

jamais l'élève n'a oublié que le sou et le timbre sont français; bien

peu d'erreurs ont été faites sur l'étiquette, puisque 17 élèves se sont

souvenus que c'est une étiquette du Bon-Marché. Ce sont là, évidemment, les

attributs essentiels de l'objet, qui en forment comme la substance, et ce

sont ces attributs qui se gravent le plus profondément dans la mémoire,

tandis que les détails de couleur, de forme, qui sont accessoires et

pourraient changer sans entraîner la suppression de l'objet comme tel, ont

une forte tendance à disparaître de l'esprit.

Les erreurs commises par les élèves ont ce caractère singulier: elles ont

la précision de détails des souvenirs exacts[55].

[Note 55: Cette question présente en justice un intérêt qu'on ne

saurait exagérer. Bien souvent, on entend des personnes dire qu'un

témoignage leur paraît exact, parce que le témoin a été _très net et très

précis_ dans ses affirmations; et ces personnes, qui peuvent être jurés ou

magistrats, feront sans doute, toutes choses égales d'ailleurs, plus de

fond sur un témoignage net et précis, donné sans hésiter, que sur le

témoignage d'une personne qui hésite, qui doute, qui refuse de donner une

réponse précise. Le mot même de précision (comme lorsqu'on dit: sciences de

précision, instruments de précision) éveille l'idée d'exactitude. Je pense

qu'il peut y avoir là, une illusion psychologique; si un fourbe et un

honnête homme sont appelés à témoigner sur un même fait, il est possible

que le fourbe, qui a intérêt à mentir, fasse le récit le plus net et le

plus précis, tandis que l'honnête homme, arrêté par maints scrupules,

ne voulant à aucun prix altérer la vérité, se gardera de faire des

affirmations précises, et répétera des formules vagues, comme: «Je ne sais

pas, je ne puis rien dire...»]

Toutes nos observations montrent qu'un souvenir peut être précis, quoique

entièrement faux; un enfant peut non seulement croire que le timbre est

oblitéré, mais figurer le dessin du cachet de la poste, et même rappeler

les lettres qu'il a vues sur le cachet; il dessinera avec précision un

fil qu'il n'a pas vu, etc. Un esprit non prévenu pourrait considérer ces

détails si nets, si circonstanciés comme une preuve de l'exactitude du

souvenir; nous voyons maintenant que la précision des souvenirs n'est pas

incompatible avec leur fausseté.

Autre caractère des erreurs de mémoire: elles ne sont pas moins fréquentes

dans les souvenirs à reviviscence spontanée que dans les souvenirs qu'une

personne se rappelle seulement avec l'aide d'autrui.

Le souvenir du timbre est un de ceux que les élèves ont le plus souvent

perdu; douze fois, les élèves n'ont pas pu le nommer; mais chaque fois

que nous leur avons demandé: «Avez-vous un timbre?» ils ont répondu

affirmativement. Il est donc intéressant de savoir si le souvenir du

timbre, quand il n'a pas pu être rappelé volontairement par le sujet (R.

sug., dans nos tableaux XIII), mais qu'il a été seulement reconnu par lui,

est un souvenir moins exact que le souvenir qui renaît spontanément.

J'ai donc fait la moyenne des erreurs commises dans les douze souvenirs

reconnus, pour la comparer à la moyenne des erreurs dans les autres

souvenirs; je trouve deux moyennes d'erreurs tout à fait équivalentes:

1,58 (c'est-à-dire une erreur et demie) pour les souvenirs rappelés par

suggestion, et 1,66 pour les souvenirs rappelés volontairement. Par

conséquent, il faut conclure, en restant dans les limites de notre

expérience, que l'exactitude d'un souvenir est indépendante de sa puissance

de reviviscence.

La nature des erreurs présente des variations importants; la question est

trop peu connue pour qu'on puisse dès à présent proposer une classification

étudiée; mais il paraît important de distinguer les _erreurs par logique_

ou esprit de routine, qui consistent à imaginer par exemple un fil ou une

épingle pour expliquer la fixation d'une étiquette ou d'un bouton sur un

carton--et les _erreurs d'invention_, consistant à construire un objet qui

n'a point de rapport visible avec la réalité, et que par conséquent on

n'est pas en mesure d'expliquer. Ce dernier genre d'erreur est moins

fréquent que l'autre.

Je signale enfin un autre caractère de ces erreurs: c'est leur

spécialisation. Un enfant a vu le timbre et le décrit; sa description peut

être exacte sur un point et fausse sur un autre; il peut dire exactement

la couleur du timbre et se tromper sur sa valeur; c'est même ce qui s'est

présenté le plus souvent; il est très rare qu'un de nos sujets se soit

trompé à la fois sur la couleur, la valeur et l'état du timbre. Cette

erreur complète s'est produite seulement trois fois (sur 24 sujets); il y a

eu 8 sujets qui n'ont fait d'erreur que sur un seul point, et 11 sujets ont

fait erreur sur deux points, percevant exactement les autres points. Cette

dissociation de la perception, cette spécialisation de l'erreur a une

double importance, et pour la psychologie, et pour la science pratique du

témoignage[56]. A la psychologie elle enseigne que les éléments complexes

d'une perception sont indépendants les uns des autres et peuvent avoir une

existence séparée, une survie différente. Peut-on, dans une perception,

imaginer deux impressions mieux fusionnées qu'un chiffre et la couleur avec

laquelle ce chiffre est imprimé? Il est cependant possible, après avoir vu

ce chiffre, de ne se rappeler que la couleur ou que la forme; la mémoire

dissocie ce qui, pour la perception, semble inséparable. D'anciennes

expériences faites sur un calculateur visuel, Diamandi, nous avaient déjà

attesté le fait[57].

[Note 56: Les questions que nous traitons en ce moment sont si

nouvelles qu'elles donnent lieu à des inaperçus inattendus. Signalons

en passant l'utilité qu'il y aurait à créer une science pratique

du témoignage, en étudiant les erreurs de mémoire, le moyen de les

reconnaître, et de reconnaître les signes de vérité. Cette science est trop

importante pour qu'elle ne s'organise pas un jour ou l'autre.]

[Note 57: _Psychologie des grands calculateurs et joueurs d'échecs_, p.

134, Paris.]

Pratiquement, ces dissociations nous prouvent qu'on aurait tort de croire

que lorsqu'une personne fait une réponse juste sur une partie d'un

souvenir, elle répond juste pour le reste; souvent, on entend dans les

affaires judiciaires, discuter la véracité d'un témoin; et si par hasard

son témoignage peut être vérifié sur un point, il paraît acquérir bien plus

de force probante pour les autres points où il n'est pas vérifiable. Sans

doute, chaque cas réel doit être examiné en particulier; nous ne pouvons

formuler que des règles générales; or, en règle générale, il faut admettre

les dissociations partielles des souvenirs, et par conséquent on ne peut

pas, étant donnée une série de souvenirs _a, b, c, d_, etc., considérer que

si _a_ se trouve exact, c'est une preuve que _b, c, d_, etc., sont exacts

aussi.

Il reste à faire une classification des sujets, au point de vue du nombre

des erreurs de mémoire. Nous la donnons ci-dessous.

1. Lac..............) 6 erreurs.

2. Delan............) 6 erreurs.

3. Monn.............) 7 erreurs.

4. Dew..............)

5. Blasch...........) 9 erreurs.

6. Martin...........)

7. Bien.............)

8. Motte............)10 erreurs.

9. Obre.............)

10. Die..............)

11. Poire............)

12. Gesb.............)

13. Féli.............)11 erreurs.

14. Uhl..............)

15. Van..............)

16. Gouje............)

17. Vasa.............)

18. Pet..............)12 erreurs.

19. And..............)

20. Mien.............)13 erreurs.

21. Saga.............)

22. Bout.............)

23. Méri.............)14 erreurs.

24. Pou..............)

Pour faire cette classification, nous sommes obligé de prendre une mesure

arbitraire: c'est de considérer comme équivalente toute erreur par logique

ou par routine, et de noter comme ayant une importance double toute erreur

par invention; l'application de cette règle nous fait ranger nos sujets

dans l'ordre sus-indiqué: sur la liste, nous avons mis en italique les noms

d'élèves qui ont commis de véritables erreurs d'inventions; ce sont en

général ceux qui ont commis le plus grand nombre d'erreurs; nous retrouvons

parmi eux 3 sujets qui ont été extrêmement suggestibles pour les lignes; ce

sont Poire., And. et Bout.

Les élèves qui ont commis le moins d'erreurs et occupent les 6 premiers

rangs de la liste sont des sujets qui ont été peu suggestibles pour les

lignes; ainsi Lac., qui arrivait premier dans les expériences de suggestion

par les lignes, occupe ici aussi le premier rang; Delan. est second sur

les deux listes; mais il y a, pour le reste, bien des différences; ainsi,

Saga., qui s'était montré peu suggestible pour les lignes, est ici parmi

ceux qui ont commis le plus d'erreurs.

DIFFÉRENCE ENTRE LA MÉMOIRE SPONTANÉE ET LA MÉMOIRE FORCÉE

Nous venons de voir qu'en demandant aux sujets de répondre à des questions

précises, nous avons forcé leur mémoire, et que nous les avons amenés ainsi

à commettre de nombreuses erreurs. Il nous a paru utile de rechercher si

notre interprétation était juste ou non. Nous avons fait, dans une autre

école, des expériences d'un genre un peu différent; nous avons montré aux

élèves le même carton et les mêmes objets pendant 12 secondes; puis, au

lieu de les interroger nous-même sur ce qu'ils avaient vu, nous les

avons invités à écrire de mémoire tous leurs souvenirs, avec la seule

recommandation de ne pas se contenter de nommer les objets, mais d'en

décrire tous les détails qu'ils avaient remarqués.

Cette expérience de contrôle a duré seulement une après-midi; je l'ai faite

sur 12 élèves appartenant au cours supérieur d'une école primaire; ces

élèves me connaissent déjà, j'ai fait antérieurement quelques recherches

avec eux. Je les ai pris par groupes de trois dans le cabinet du directeur,

et je leur ai donné une explication collective, aussi abondante que celle

que j'ai reproduite plus haut; ensuite, chaque élève a été isolé; je lui

ai mis entre les mains le carton d'objets pendant 12 secondes, et enfin

je l'ai invité à écrire de mémoire tout ce qu'il se rappelait. Les élèves

étaient assis à des tables différentes, et suffisamment éloignés les uns

des autres pour qu'il leur fût impossible de copier. Je suis resté présent,

bien entendu, et je les ai surveillés étroitement. Je ne les ai pas

prévenus d'avance du temps qui leur était accordé pour ce travail; mais

j'ai attendu 20 minutes, avant de ramasser les copies. Pendant ces 20

minutes, certains élèves n'ont point cessé d'écrire: d'autres avaient fini

bien avant, mais s'apercevant qu'on ne leur enlevait pas leurs copies, ils

écrivaient de temps en temps, ajoutaient quelques mots; ils ne sont pas

demeurés inactifs. J'ai demandé à quelques-uns: «Avez-vous fini?» Mais ils

étaient embarrassés, ne répondaient pas, et après avoir jeté un coup d'oeil

sur leur voisin qui continuait à écrire, ils préféraient ajouter quelques

mots encore. Il est donc probable qu'en prolongeant un peu l'expérience, on

a pesé sur eux, on a exercé une petite contrainte: mais cette contrainte

n'est pas comparable à celle des questions directes.

Les copies écrites par les élèves présentent une très grande variété, tant

au point de vue du nombre des détails retenus que de la nature de ces

détails; l'avantage des expériences qui laissent au sujet une grande

liberté est de permettre la manifestation des différences individuelles. Le

nombre des lignes écrites est indiqué dans le tableau XIV.

On voit que les différences dans le nombre de lignes écrites sont très

considérables; elles ont d'autant plus de valeur qu'il s'agit d'enfants

ayant sensiblement le même âge et appartenant au même cours, possédant

par conséquent le même degré de culture; de plus, toutes les conditions

extérieures étaient faites pour égaliser les résultats; car les enfants

étaient réunis, par trois, dans la même pièce, et ceux qui avaient une

tendance à peu écrire subissaient l'émulation de ceux qui écrivaient

davantage. Il y a donc eu une différence très grande dans l'abondance des

souvenirs et dans l'aptitude aux descriptions longues et minutieuses. Je

pense qu'une épreuve de ce genre apprendrait beaucoup sur le contenu de

l'intelligence des élèves.

_TABLEAU XIV.--Résultats donnés par l'exercice de mémoire spontanée._

[Illustration: Tableau14.png]

................................................................................................

NOMS NOMBRE NOMBRE OBJET NOMBRE NATURE DES ERREURS.

des de lignes d'objets OUBLIÉ. d'erreurs.

élèves. écrites. retenus.

................................................................................................

Math. A 6 Le timbre. 2 Le monsieur a un chapeau haute-forme.

Le bouton est noir.

Pet. 8 5 Le sou. 1 Timbre de 15 centimes.

Lenor 20 6 -- 3 Timbre de 10 centimes.

Un monsieur accoudé sur une table.

L'effigie du sou est couronnée.

Borc. 21 5 L'étiquette. 1 «Devant la porte de la grille, un

espace pour laisser passer la personne

que la foule attend.»

Desva. 25 5 Le timbre. 0

Mousse 25 5 Le timbre. 0

Cloua. 38 5 Le bouton. 3 Timbre de 3 sous. L'homme a la tête

appuyée sur la main.

Dans la foule il y a des femmes.

Metz. 31 6 -- 3 Le bouton a 5 ou 6 trous. Sur la

gravure, un homme croit avoir démoli

la serrure.

Mulle. 31 5 L'étiquette 4 Timbre bleu de 15 centimes. Bouton

tacheté de noir. Pièce de 10 centimes.

Homme tenant un drapeau tricolore.

Spen. 51 4 Le timbre. 3 Sou de l'an 1854. Chaise rempaillée

Le bouton. sur laquelle l'homme est assis. Foule

devant une grotte ou caverne.

Geffr 52 5 Le timbre. 4 Étiquette un peu coupée en haut.

L'homme a un chapeau incliné en

arrière, et les jambes croisées. Des

gens lèvent leurs cannes. Fil passé

dans les trous du bouton.

Marli. 57 5 Le timbre. 4 L'homme lit son journal. Il a un gilet

noir. Un dessin en couleur peu distinct.

Un individu se battant avec des agents.

................................................................................................

Le nombre des lignes écrites n'indique pas, à lui seul, l'abondance des

souvenirs; il y a plusieurs élèves, qui ne se sont pas contentés de décrire

leurs souvenirs, mais ont fait de l'érudition, en écrivant ce qu'ils

savaient par exemple sur l'utilité des timbres, de la monnaie, des

étiquettes, etc. Ce naïf étalage d'érudition a pu provenir, dans certains

cas, de ce que l'élève avait mal compris le but de l'expérience; mais le

plus souvent, l'élève n'a fait de l'érudition qu'à la fin de sa copie, à un

moment où il avait épuisé toute sa provision de souvenirs, et il voulait

probablement continuer à écrire, pour imiter l'exemple de ses camarades.

J'ai aussi tenu compte, dans le tableau, du nombre des objets retenus; ce

nombre varie très peu d'un élève à l'autre: il y en a 9 qui ont retenu 5

objets, 2 en ont retenu 6, et 4 seul en a retenu 4. Si on se contentait de

ces chiffres sommaires, on pourrait conclure que tous ces élèves ont à peu

près la même mémoire, et ce serait commettre une erreur très grave, dont

on peut se convaincre facilement en lisant leurs copies; car parmi ces 9

élèves qui ont tous retenu 5 objets sur 6, il y en a qui ont tant donné de

détails que leurs souvenirs sont, pour parler approximativement, 4 ou 5

fois plus nombreux que ceux des autres. Je suis donc disposé, sur le vu

de ces copies, à rejeter comme inexacte et surtout insuffisante toute

expérience consistant à apprécier la mémoire d'une personne d'après le

nombre d'objets vus qu'elle peut nommer après un temps donné. J'ai fait

autrefois des essais dans ce sens, et ne les ai point publiés; je pense que

cette méthode serait défectueuse pour estimer l'étendue d'un mémoire. Un

objet n'est pas une chose simple; il est formé par un faisceau d'attributs

souvent compliqués, et qui se décomposent dans la mémoire, comme nous

l'avons montré précédemment; telle personne qui peut de mémoire se rappeler

l'existence d'un objet qu'elle a vu sur le carton, le timbre par exemple,

mais ne peut rien ajouter, a certainement une mémoire moins étendue qu'une

autre personne qui peut dire exactement la couleur du timbre, sa valeur,

etc.

Pour apprécier l'étendue de la mémoire, il ne faut donc pas se contenter de

compter les lignes de description, et encore moins se contenter d'énumérer

les objets retenus; on devrait en outre faire l'énumération des souvenirs

conservés.

Nous donnons la preuve de ceci en reproduisant les copies de deux élèves;

ces copies sont à peu près de même longueur, le nombre d'objets retenus est

le même, il n'y a pas eu d'erreurs commises; cependant l'un des élèves,

Mousse, a fait preuve d'une meilleure mémoire que l'autre.

COPIE DE L'ÉLÈVE MOUSSE

1re _figure_.--Un sou de l'année 1857, à l'effigie de Napoléon III, entouré

d'une bordure sur laquelle est écrit: Napoléon trois Empereur. Le Napoléon

n'est pas couronné.

2e _figure_.--Une étiquette du Bon-Marché de couleur verte, avec le prix 6

fr. 75, ayant en tête: _Grands magasins du Bon Marché_.

3e _figure_.--Un monsieur assis, ayant la bouche ouverte et riant, et ayant

la langue un peu sortie; ses cheveux sont coupés en brosse.

4e _figure_.--Un bouton pointillé marron clair et gris blanc, avec quatre

trous au milieu.

5e _figure_.--Une photographie représentant une grille ouverte: des hommes

qui se précipitent pour rentrer, et sur le côté droit des facteurs avec

leur boîte à lettres.

Le sou (cinq centimes) est une monnaie en bronze; c'est la 20e partie du

franc. Ce sou est un peu usé.

L'étiquette est formée de deux côtés rabattus l'un sur l'autre.

Le bouton est en plus entouré d'une bordure qui forme une couronne.

L'intérieur (l'envers) de l'étiquette est blanc. L'étiquette a été mise

après une étoffe, car la place du fil ou de l'épingle qui l'a tenue est

marquée par des trous. Le tout est fixé sur un carton de la couleur du

papier dont se servent les bouchers, c'est un peu jaune. Le carton a la

forme d'un rectangle.

La Suggestibilité · 第 21 / 29 段