...............................................................................................
GRAVURE:
Forme Rectangle. Ovale. Ronde. Rond. Carré. Ovale. Carré.
Couleur Gris. Blanc et Blanc et Noir. Noir. Noir et Noir et
marron. noir. blanc. blanc.
Sujet Un jardin; Un bâtiment, Un vote, Des Monument Des Des
on voit du grille des personnes, où il y facteurs personnes
monde qui entre'ouverte. messieurs hommes, avait du en grève. courant
entre, Des hommes. bien femmes, monde; des Un monument dans une
surtout des Des ouvriers habillés, enfants, hommes et avec des maison.
hommes. On en veston. en noir, qui des dames; grilles. 1
voit, de qui vont rentrent la porte N'a pas fait
côté, une voter. On dans une est carrée, attention
maison. voit la prison; on en grilles. s'il y avait
2 rue, des voit la 1 des femmes.
maisons. porte, elle
est
grillagée.
...............................................................................................
OBRE. AND. DIE. VAN. MÉRI. HON. GOUJE.
...............................................................................................
GRAVURE:
Forme Carré. Rond. Rectangle. En longueur.Rond. » Rectangle
couché.
Couleur Gris. Noir. Noir. Marron. Noir. » Noir.
Sujet Enterrement Barres de fer, C'est un La grève de Un jardin, Des Des
de Félix c'est une musée, le facteurs. des hommes messieurs messieurs
Faure. On grille; il y a jardin des Je l'avais qui entrent qui qui
voit des hommes, Plantes, il vue sur les par une courent. entrent
Louhet, des des dames, et y a des journaux. porte en Il y a une au Sénat,
personnes des enfants messieurs On voit fer, avec maison. On par le
qui qui regardent. en noir qui des soldats des voit la Luxembourg.
regardent, rentrent. qui grilles. porte. Elle Ils sont en
puis portent des Ils sont est ronde. redingote,
l'enterrement, lettres; en noir. avec des
des soldats. une voiture. chapeaux
(Grandeur: 1 haute-forme
1 centimètre 2
carré.) 1
3
................................................................................................
Obre. a fait une invention du même genre; il nous a assuré qu'une des
gravures représentait l'enterrement de Félix Faure; il a, sur notre
demande, donné maint détail; on voit Loubet, nous a-t-il dit, puis des
personnes qui regardent, puis l'enterrement, des soldats. Nous lui avons
fait dessiner cette gravure: il a tracé un petit carré ayant à peine un
centimètre de côté.
Ce sont les deux seules inventions complètes qu'il y ait eu à noter. J'en
rapprocherai d'autres cas, qui me paraissent analogues. Trois élèves
ont décrit, outre les six objets figurant sur le carton, des objets
complètement imaginaires. Vasse, croit avoir vu une pièce de deux sous,
avec un aigle; il décrit la position de cette pièce de monnaie, son état de
vétusté. Poire. nous apprend qu'il a vu une toute petite image, un portrait
de jeune fille; elle est en buste, de profil, sans chapeau, le portrait
est ovale, blanc et gris; sur notre demande, Poire. dessine ce portrait
imaginaire. Enfin, Bien. décrit un carton rond, coloré de jaune, et
ressemblant à une montre; sur le dessin qu'il en a fait, il figure deux
aiguilles.
Ce sont là des erreurs d'une espèce particulière. Pour que le dénombrement
fût complet, il faudrait y ajouter le cas d'And., qui a vu un diamant au
milieu du bouton. Ce sont des erreurs qui ne sont ni logiques, ni produites
par la routine; ce sont à proprement parler des erreurs d'invention, qui se
présentent sans explication possible.
2° Une seconde catégorie d'erreurs qui s'est produite fréquemment dans
l'exercice de mémoire sur la gravure, consiste à donner à la scène une
interprétation particulière, en présentant cette interprétation comme
un fait vu. La gravure représentait seulement des individus vus de dos,
pressés, et entrant par une grille entr'ouverte. Cette scène pourrait être
comprise de beaucoup de façons. Quelques-uns l'ont décrite comme elle
était, sans rien y ajouter; d'autres ont fait une supposition. Pou. pense
que ce sont des collégiens qui rentrent, Dew. imagine des individus qui
crient, Gesb. pense que c'est le palais de justice; pour Blasch., c'est
une prison où du monde pénètre; Saga. y voit des gens qui vont voter, Die.
reconnaît le jardin des Plantes, Gouje. croit que ce sont des messieurs
qui entrent au Sénat par le Luxembourg, Pet., Mien. et Méri. disent que la
scène se passe dans un jardin. Ce sont là des erreurs d'interprétation;
elles portent moins sur la réalité de la scène que sur sa signification.
3° Un troisième genre d'erreurs consiste à falsifier un détail matériel de
la scène, à décrire par exemple une voiture, à dire que la foule contient
des soldats, des femmes ou des enfants, que la grille a des pointes dorées,
etc. Ces dernières erreurs n'ont pas été bien fréquentes.
En résumé, l'expérience que nous venons de décrire a réussi à provoquer un
grand nombre d'erreurs de mémoire.
CONCLUSIONS SUR LES ERREURS DE MÉMOIRE FORCÉE
Voici les réflexions générales qu'on peut faire à ce sujet. Ces réflexions
s'appliquent à des expériences faites spécialement avec les objets
bien définis que nous avons décrits, et il serait probable que d'autres
expériences faites avec d'autres objets concluraient à des conclusions un
peu différentes; mais je pense que ces différences ne seraient pas très
importantes.
Ce qui frappe, tout d'abord, clans la lecture des résultats, c'est, que
l'objet fixé sur le carton a une individualité qui a été rarement méconnue.
Pour le sou, par exemple, on a pu oublier l'effigie qu'il porte, la
détérioration de son contour, mais on n'a pas oublié que c'est un sou.
Aucun élève ne s'est rencontré qui a dit: «Je me rappelle avoir vu en haut
du carton un objet arrondi, obscur, je ne sais plus ce que c'est.» Même
remarque peut être faite pour le timbre; les erreurs se sont multipliées
sur sa valeur, sa couleur, sur le cachet de la poste, etc., mais aucun
élève n'a dit: «Je me rappelle une petite surface claire, de telle et
telle couleur.» De même encore pour l'étiquette, pour le bouton, pour le
portrait, pour la gravure. Le souvenir de l'individualité de ces objets a
même été plus précis encore; on est étonné de voir que jamais ou presque
jamais l'élève n'a oublié que le sou et le timbre sont français; bien
peu d'erreurs ont été faites sur l'étiquette, puisque 17 élèves se sont
souvenus que c'est une étiquette du Bon-Marché. Ce sont là, évidemment, les
attributs essentiels de l'objet, qui en forment comme la substance, et ce
sont ces attributs qui se gravent le plus profondément dans la mémoire,
tandis que les détails de couleur, de forme, qui sont accessoires et
pourraient changer sans entraîner la suppression de l'objet comme tel, ont
une forte tendance à disparaître de l'esprit.
Les erreurs commises par les élèves ont ce caractère singulier: elles ont
la précision de détails des souvenirs exacts[55].
[Note 55: Cette question présente en justice un intérêt qu'on ne
saurait exagérer. Bien souvent, on entend des personnes dire qu'un
témoignage leur paraît exact, parce que le témoin a été _très net et très
précis_ dans ses affirmations; et ces personnes, qui peuvent être jurés ou
magistrats, feront sans doute, toutes choses égales d'ailleurs, plus de
fond sur un témoignage net et précis, donné sans hésiter, que sur le
témoignage d'une personne qui hésite, qui doute, qui refuse de donner une
réponse précise. Le mot même de précision (comme lorsqu'on dit: sciences de
précision, instruments de précision) éveille l'idée d'exactitude. Je pense
qu'il peut y avoir là, une illusion psychologique; si un fourbe et un
honnête homme sont appelés à témoigner sur un même fait, il est possible
que le fourbe, qui a intérêt à mentir, fasse le récit le plus net et le
plus précis, tandis que l'honnête homme, arrêté par maints scrupules,
ne voulant à aucun prix altérer la vérité, se gardera de faire des
affirmations précises, et répétera des formules vagues, comme: «Je ne sais
pas, je ne puis rien dire...»]
Toutes nos observations montrent qu'un souvenir peut être précis, quoique
entièrement faux; un enfant peut non seulement croire que le timbre est
oblitéré, mais figurer le dessin du cachet de la poste, et même rappeler
les lettres qu'il a vues sur le cachet; il dessinera avec précision un
fil qu'il n'a pas vu, etc. Un esprit non prévenu pourrait considérer ces
détails si nets, si circonstanciés comme une preuve de l'exactitude du
souvenir; nous voyons maintenant que la précision des souvenirs n'est pas
incompatible avec leur fausseté.
Autre caractère des erreurs de mémoire: elles ne sont pas moins fréquentes
dans les souvenirs à reviviscence spontanée que dans les souvenirs qu'une
personne se rappelle seulement avec l'aide d'autrui.
Le souvenir du timbre est un de ceux que les élèves ont le plus souvent
perdu; douze fois, les élèves n'ont pas pu le nommer; mais chaque fois
que nous leur avons demandé: «Avez-vous un timbre?» ils ont répondu
affirmativement. Il est donc intéressant de savoir si le souvenir du
timbre, quand il n'a pas pu être rappelé volontairement par le sujet (R.
sug., dans nos tableaux XIII), mais qu'il a été seulement reconnu par lui,
est un souvenir moins exact que le souvenir qui renaît spontanément.
J'ai donc fait la moyenne des erreurs commises dans les douze souvenirs
reconnus, pour la comparer à la moyenne des erreurs dans les autres
souvenirs; je trouve deux moyennes d'erreurs tout à fait équivalentes:
1,58 (c'est-à-dire une erreur et demie) pour les souvenirs rappelés par
suggestion, et 1,66 pour les souvenirs rappelés volontairement. Par
conséquent, il faut conclure, en restant dans les limites de notre
expérience, que l'exactitude d'un souvenir est indépendante de sa puissance
de reviviscence.
La nature des erreurs présente des variations importants; la question est
trop peu connue pour qu'on puisse dès à présent proposer une classification
étudiée; mais il paraît important de distinguer les _erreurs par logique_
ou esprit de routine, qui consistent à imaginer par exemple un fil ou une
épingle pour expliquer la fixation d'une étiquette ou d'un bouton sur un
carton--et les _erreurs d'invention_, consistant à construire un objet qui
n'a point de rapport visible avec la réalité, et que par conséquent on
n'est pas en mesure d'expliquer. Ce dernier genre d'erreur est moins
fréquent que l'autre.
Je signale enfin un autre caractère de ces erreurs: c'est leur
spécialisation. Un enfant a vu le timbre et le décrit; sa description peut
être exacte sur un point et fausse sur un autre; il peut dire exactement
la couleur du timbre et se tromper sur sa valeur; c'est même ce qui s'est
présenté le plus souvent; il est très rare qu'un de nos sujets se soit
trompé à la fois sur la couleur, la valeur et l'état du timbre. Cette
erreur complète s'est produite seulement trois fois (sur 24 sujets); il y a
eu 8 sujets qui n'ont fait d'erreur que sur un seul point, et 11 sujets ont
fait erreur sur deux points, percevant exactement les autres points. Cette
dissociation de la perception, cette spécialisation de l'erreur a une
double importance, et pour la psychologie, et pour la science pratique du
témoignage[56]. A la psychologie elle enseigne que les éléments complexes
d'une perception sont indépendants les uns des autres et peuvent avoir une
existence séparée, une survie différente. Peut-on, dans une perception,
imaginer deux impressions mieux fusionnées qu'un chiffre et la couleur avec
laquelle ce chiffre est imprimé? Il est cependant possible, après avoir vu
ce chiffre, de ne se rappeler que la couleur ou que la forme; la mémoire
dissocie ce qui, pour la perception, semble inséparable. D'anciennes
expériences faites sur un calculateur visuel, Diamandi, nous avaient déjà
attesté le fait[57].
[Note 56: Les questions que nous traitons en ce moment sont si
nouvelles qu'elles donnent lieu à des inaperçus inattendus. Signalons
en passant l'utilité qu'il y aurait à créer une science pratique
du témoignage, en étudiant les erreurs de mémoire, le moyen de les
reconnaître, et de reconnaître les signes de vérité. Cette science est trop
importante pour qu'elle ne s'organise pas un jour ou l'autre.]
[Note 57: _Psychologie des grands calculateurs et joueurs d'échecs_, p.
134, Paris.]
Pratiquement, ces dissociations nous prouvent qu'on aurait tort de croire
que lorsqu'une personne fait une réponse juste sur une partie d'un
souvenir, elle répond juste pour le reste; souvent, on entend dans les
affaires judiciaires, discuter la véracité d'un témoin; et si par hasard
son témoignage peut être vérifié sur un point, il paraît acquérir bien plus
de force probante pour les autres points où il n'est pas vérifiable. Sans
doute, chaque cas réel doit être examiné en particulier; nous ne pouvons
formuler que des règles générales; or, en règle générale, il faut admettre
les dissociations partielles des souvenirs, et par conséquent on ne peut
pas, étant donnée une série de souvenirs _a, b, c, d_, etc., considérer que
si _a_ se trouve exact, c'est une preuve que _b, c, d_, etc., sont exacts
aussi.
Il reste à faire une classification des sujets, au point de vue du nombre
des erreurs de mémoire. Nous la donnons ci-dessous.
1. Lac..............) 6 erreurs.
2. Delan............) 6 erreurs.
3. Monn.............) 7 erreurs.
4. Dew..............)
5. Blasch...........) 9 erreurs.
6. Martin...........)
7. Bien.............)
8. Motte............)10 erreurs.
9. Obre.............)
10. Die..............)
11. Poire............)
12. Gesb.............)
13. Féli.............)11 erreurs.
14. Uhl..............)
15. Van..............)
16. Gouje............)
17. Vasa.............)
18. Pet..............)12 erreurs.
19. And..............)
20. Mien.............)13 erreurs.
21. Saga.............)
22. Bout.............)
23. Méri.............)14 erreurs.
24. Pou..............)
Pour faire cette classification, nous sommes obligé de prendre une mesure
arbitraire: c'est de considérer comme équivalente toute erreur par logique
ou par routine, et de noter comme ayant une importance double toute erreur
par invention; l'application de cette règle nous fait ranger nos sujets
dans l'ordre sus-indiqué: sur la liste, nous avons mis en italique les noms
d'élèves qui ont commis de véritables erreurs d'inventions; ce sont en
général ceux qui ont commis le plus grand nombre d'erreurs; nous retrouvons
parmi eux 3 sujets qui ont été extrêmement suggestibles pour les lignes; ce
sont Poire., And. et Bout.
Les élèves qui ont commis le moins d'erreurs et occupent les 6 premiers
rangs de la liste sont des sujets qui ont été peu suggestibles pour les
lignes; ainsi Lac., qui arrivait premier dans les expériences de suggestion
par les lignes, occupe ici aussi le premier rang; Delan. est second sur
les deux listes; mais il y a, pour le reste, bien des différences; ainsi,
Saga., qui s'était montré peu suggestible pour les lignes, est ici parmi
ceux qui ont commis le plus d'erreurs.
DIFFÉRENCE ENTRE LA MÉMOIRE SPONTANÉE ET LA MÉMOIRE FORCÉE
Nous venons de voir qu'en demandant aux sujets de répondre à des questions
précises, nous avons forcé leur mémoire, et que nous les avons amenés ainsi
à commettre de nombreuses erreurs. Il nous a paru utile de rechercher si
notre interprétation était juste ou non. Nous avons fait, dans une autre
école, des expériences d'un genre un peu différent; nous avons montré aux
élèves le même carton et les mêmes objets pendant 12 secondes; puis, au
lieu de les interroger nous-même sur ce qu'ils avaient vu, nous les
avons invités à écrire de mémoire tous leurs souvenirs, avec la seule
recommandation de ne pas se contenter de nommer les objets, mais d'en
décrire tous les détails qu'ils avaient remarqués.
Cette expérience de contrôle a duré seulement une après-midi; je l'ai faite
sur 12 élèves appartenant au cours supérieur d'une école primaire; ces
élèves me connaissent déjà, j'ai fait antérieurement quelques recherches
avec eux. Je les ai pris par groupes de trois dans le cabinet du directeur,
et je leur ai donné une explication collective, aussi abondante que celle
que j'ai reproduite plus haut; ensuite, chaque élève a été isolé; je lui
ai mis entre les mains le carton d'objets pendant 12 secondes, et enfin
je l'ai invité à écrire de mémoire tout ce qu'il se rappelait. Les élèves
étaient assis à des tables différentes, et suffisamment éloignés les uns
des autres pour qu'il leur fût impossible de copier. Je suis resté présent,
bien entendu, et je les ai surveillés étroitement. Je ne les ai pas
prévenus d'avance du temps qui leur était accordé pour ce travail; mais
j'ai attendu 20 minutes, avant de ramasser les copies. Pendant ces 20
minutes, certains élèves n'ont point cessé d'écrire: d'autres avaient fini
bien avant, mais s'apercevant qu'on ne leur enlevait pas leurs copies, ils
écrivaient de temps en temps, ajoutaient quelques mots; ils ne sont pas
demeurés inactifs. J'ai demandé à quelques-uns: «Avez-vous fini?» Mais ils
étaient embarrassés, ne répondaient pas, et après avoir jeté un coup d'oeil
sur leur voisin qui continuait à écrire, ils préféraient ajouter quelques
mots encore. Il est donc probable qu'en prolongeant un peu l'expérience, on
a pesé sur eux, on a exercé une petite contrainte: mais cette contrainte
n'est pas comparable à celle des questions directes.
Les copies écrites par les élèves présentent une très grande variété, tant
au point de vue du nombre des détails retenus que de la nature de ces
détails; l'avantage des expériences qui laissent au sujet une grande
liberté est de permettre la manifestation des différences individuelles. Le
nombre des lignes écrites est indiqué dans le tableau XIV.
On voit que les différences dans le nombre de lignes écrites sont très
considérables; elles ont d'autant plus de valeur qu'il s'agit d'enfants
ayant sensiblement le même âge et appartenant au même cours, possédant
par conséquent le même degré de culture; de plus, toutes les conditions
extérieures étaient faites pour égaliser les résultats; car les enfants
étaient réunis, par trois, dans la même pièce, et ceux qui avaient une
tendance à peu écrire subissaient l'émulation de ceux qui écrivaient
davantage. Il y a donc eu une différence très grande dans l'abondance des
souvenirs et dans l'aptitude aux descriptions longues et minutieuses. Je
pense qu'une épreuve de ce genre apprendrait beaucoup sur le contenu de
l'intelligence des élèves.
_TABLEAU XIV.--Résultats donnés par l'exercice de mémoire spontanée._
[Illustration: Tableau14.png]
................................................................................................
NOMS NOMBRE NOMBRE OBJET NOMBRE NATURE DES ERREURS.
des de lignes d'objets OUBLIÉ. d'erreurs.
élèves. écrites. retenus.
................................................................................................
Math. A 6 Le timbre. 2 Le monsieur a un chapeau haute-forme.
Le bouton est noir.
Pet. 8 5 Le sou. 1 Timbre de 15 centimes.
Lenor 20 6 -- 3 Timbre de 10 centimes.
Un monsieur accoudé sur une table.
L'effigie du sou est couronnée.
Borc. 21 5 L'étiquette. 1 «Devant la porte de la grille, un
espace pour laisser passer la personne
que la foule attend.»
Desva. 25 5 Le timbre. 0
Mousse 25 5 Le timbre. 0
Cloua. 38 5 Le bouton. 3 Timbre de 3 sous. L'homme a la tête
appuyée sur la main.
Dans la foule il y a des femmes.
Metz. 31 6 -- 3 Le bouton a 5 ou 6 trous. Sur la
gravure, un homme croit avoir démoli
la serrure.
Mulle. 31 5 L'étiquette 4 Timbre bleu de 15 centimes. Bouton
tacheté de noir. Pièce de 10 centimes.
Homme tenant un drapeau tricolore.
Spen. 51 4 Le timbre. 3 Sou de l'an 1854. Chaise rempaillée
Le bouton. sur laquelle l'homme est assis. Foule
devant une grotte ou caverne.
Geffr 52 5 Le timbre. 4 Étiquette un peu coupée en haut.
L'homme a un chapeau incliné en
arrière, et les jambes croisées. Des
gens lèvent leurs cannes. Fil passé
dans les trous du bouton.
Marli. 57 5 Le timbre. 4 L'homme lit son journal. Il a un gilet
noir. Un dessin en couleur peu distinct.
Un individu se battant avec des agents.
................................................................................................
Le nombre des lignes écrites n'indique pas, à lui seul, l'abondance des
souvenirs; il y a plusieurs élèves, qui ne se sont pas contentés de décrire
leurs souvenirs, mais ont fait de l'érudition, en écrivant ce qu'ils
savaient par exemple sur l'utilité des timbres, de la monnaie, des
étiquettes, etc. Ce naïf étalage d'érudition a pu provenir, dans certains
cas, de ce que l'élève avait mal compris le but de l'expérience; mais le
plus souvent, l'élève n'a fait de l'érudition qu'à la fin de sa copie, à un
moment où il avait épuisé toute sa provision de souvenirs, et il voulait
probablement continuer à écrire, pour imiter l'exemple de ses camarades.
J'ai aussi tenu compte, dans le tableau, du nombre des objets retenus; ce
nombre varie très peu d'un élève à l'autre: il y en a 9 qui ont retenu 5
objets, 2 en ont retenu 6, et 4 seul en a retenu 4. Si on se contentait de
ces chiffres sommaires, on pourrait conclure que tous ces élèves ont à peu
près la même mémoire, et ce serait commettre une erreur très grave, dont
on peut se convaincre facilement en lisant leurs copies; car parmi ces 9
élèves qui ont tous retenu 5 objets sur 6, il y en a qui ont tant donné de
détails que leurs souvenirs sont, pour parler approximativement, 4 ou 5
fois plus nombreux que ceux des autres. Je suis donc disposé, sur le vu
de ces copies, à rejeter comme inexacte et surtout insuffisante toute
expérience consistant à apprécier la mémoire d'une personne d'après le
nombre d'objets vus qu'elle peut nommer après un temps donné. J'ai fait
autrefois des essais dans ce sens, et ne les ai point publiés; je pense que
cette méthode serait défectueuse pour estimer l'étendue d'un mémoire. Un
objet n'est pas une chose simple; il est formé par un faisceau d'attributs
souvent compliqués, et qui se décomposent dans la mémoire, comme nous
l'avons montré précédemment; telle personne qui peut de mémoire se rappeler
l'existence d'un objet qu'elle a vu sur le carton, le timbre par exemple,
mais ne peut rien ajouter, a certainement une mémoire moins étendue qu'une
autre personne qui peut dire exactement la couleur du timbre, sa valeur,
etc.
Pour apprécier l'étendue de la mémoire, il ne faut donc pas se contenter de
compter les lignes de description, et encore moins se contenter d'énumérer
les objets retenus; on devrait en outre faire l'énumération des souvenirs
conservés.
Nous donnons la preuve de ceci en reproduisant les copies de deux élèves;
ces copies sont à peu près de même longueur, le nombre d'objets retenus est
le même, il n'y a pas eu d'erreurs commises; cependant l'un des élèves,
Mousse, a fait preuve d'une meilleure mémoire que l'autre.
COPIE DE L'ÉLÈVE MOUSSE
1re _figure_.--Un sou de l'année 1857, à l'effigie de Napoléon III, entouré
d'une bordure sur laquelle est écrit: Napoléon trois Empereur. Le Napoléon
n'est pas couronné.
2e _figure_.--Une étiquette du Bon-Marché de couleur verte, avec le prix 6
fr. 75, ayant en tête: _Grands magasins du Bon Marché_.
3e _figure_.--Un monsieur assis, ayant la bouche ouverte et riant, et ayant
la langue un peu sortie; ses cheveux sont coupés en brosse.
4e _figure_.--Un bouton pointillé marron clair et gris blanc, avec quatre
trous au milieu.
5e _figure_.--Une photographie représentant une grille ouverte: des hommes
qui se précipitent pour rentrer, et sur le côté droit des facteurs avec
leur boîte à lettres.
Le sou (cinq centimes) est une monnaie en bronze; c'est la 20e partie du
franc. Ce sou est un peu usé.
L'étiquette est formée de deux côtés rabattus l'un sur l'autre.
Le bouton est en plus entouré d'une bordure qui forme une couronne.
L'intérieur (l'envers) de l'étiquette est blanc. L'étiquette a été mise
après une étoffe, car la place du fil ou de l'épingle qui l'a tenue est
marquée par des trous. Le tout est fixé sur un carton de la couleur du
papier dont se servent les bouchers, c'est un peu jaune. Le carton a la
forme d'un rectangle.