produites par la perception du volume; c'est Charpentier qui le premier,
paraît-il, a signalé l'illusion par suite de laquelle deux objets ayant le
même poids, mais de volumes inégaux, l'objet du plus petit volume paraît
le plus lourd. Cette illusion a été étudiée par Fournoy (_Année
psychologique_, I, p. 198), Philippe et Clavière (_Revue philosophique_,
1895, II, p. 672), Biervliet (_Année psychologique_, II, p. 79-86),
Claparède (Soc. de Biologie, fév. 1899,) et en Amérique par Gilbert
(_Researches on the Mental and Physical Development of School Children_,
Stud. Yale Psych. Lab., 1894) et par Seashore (_Measurements of Illusions
and Hallucinations in Normal Life_, Stud. Yale Psych. Lab., 1895).
L'interprétation de l'expérience qui a été donnée le plus souvent est
la suivante: les objets les plus volumineux sont, toutes choses égales
d'ailleurs, jugés Les plus lourds; par conséquent, on prépare pour les
soulever un effort D'autant plus vigoureux que leur volume est plus grand;
la déception Produite par l'inexactitude de cet ajustement conduit à
une dépréciation du poids de l'objet volumineux. Dans les cas que nous
étudions, dans le texte, la préparation du mouvement est produite non par
la perception visuelle du volume du poids ou de sa matière, mais par la
suggestion que les poids sont rangés en ordre croissant.]
Si ce jugement de - ne s'est pas produit pour la 6e ligne, dans les
expériences analogues sur les lignes, c'est sans doute que l'ajustement de
l'oeil et la préparation de l'esprit pour percevoir une certaine ligne dont
on prévoit la longueur est un acte moins important et moins fréquent que
l'ajustement de la main pour soulever un corps dont on prévoit le poids;
mais il est vraisemblable que cette même préparation existe pour la
perception visuelle des longueurs, quoique à un degré moindre, puisque
quelques sujets, comme nous l'avons vu, raccourcissent certaines lignes, au
lieu de leur donner l'accroissement inspiré par la suggestion.
Il est bien curieux d'observer que, malgré ce démenti donné à la suggestion
dès la pesée de la 6e boîte, la suggestion a quand même persisté, et s'est
fait sentir dans l'appréciation des poids suivants.
_Deuxième épreuve_.--Faite aussitôt après la précédente, elle en diffère en
ce que le sujet soupèse plusieurs fois les poids à comparer; il est obligé
de fixer son attention plus fortement sur les poids; de plus, comme il fait
ses pesées pour la seconde fois, il est dans de meilleures conditions pour
lutter contre la suggestion. En fait, nous avons eu une certaine peine à
décider les plus jeunes enfants à soupeser de nouveau le poids A quand ils
devaient soupeser le poids B; ils ne paraissaient avoir aucun désir de
profiter du moyen de contrôle qu'on leur donnait; et il a fallu insister
chaque fois, pour certains enfants, en leur rappelant qu'ils devaient
soupeser de nouveau telle boîte.
Dans l'ensemble, les résultats présentent une plus grande exactitude que
ceux de la première épreuve; ils sont inscrits dans notre tableau V, qui
est construit sur le même plan que le tableau IV, et traduits en graphique
dans la figure 14. Pour la perception des poids de 1 à 5, qui sont
réellement croissants, 3 erreurs seulement ont été commises, tandis qu'à la
première épreuve on comptait 11 erreurs. La perception des poids s'est donc
faite avec plus d'exactitude.
TABLEAU V.--_Résultats de la deuxième épreuve de suggestion par les poids_.
[Illustration: Tableau05.png]
.................................................................
NOMS NUMÉROS DES POIDS TOTAL
des ........................................... .........
ÉLÈVES 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 + - =
.................................................................
Dew..... + + + + = = + - + + = - + + 5 2 3
Gesb.... + + + + + = + = = + + + + + 7 0 3
Pet..... + + + + + - + + + = + + + - 7 2 1
Poire .. + + + + + + + + + + + + = + 9 1
Vasse... + + + = = = + = + = = = + = 3 7
Bout.... + + + + + + + + + + + + + + 10
Monn.... + + + + = = - + = + + = + = 4 1 5
Delan... + + + + = = - = - = + = + 2 1 5
Saga.... + + + + = + = - + = = = + + 4 1 5
Blasch.. + + + = = = + = = + - = = = 2 1 7
Féli.... + + + + + + = - = = = + = + 4 1 5
Bien.... + + + + + - + + = + + - = + 6 2 2
Lac..... + + + + = - + + + - - = + - 4 4 2
Pou..... + + + + = = = + + = + = + - 4 1 5
Motte... + + + + = = + + + = - - = + 4 2 4
Martin.. + + + = = - = = + = + = + = 3 1 6
Mien.... + + + + = + + + = = + + = 5 4
Obre.... + + + + + - - - - + + + - - 4 6
Van..... + + + + + + + + - + - + + 7 2
Mer..... + + + + + - + + - + - + - 5 4
And..... + + + + + + + + + + + + + + 10
Gouj.... + + + + - + + + + + + - + - 7 3
Hub..... + + + + - + + + + - + - + + 7 3
Die..... + + + + - + + - + + - + + + 7 3
---------------------------------------------------------------
Total(+) 24 24 24 21 10 10 17 14 14 13 14 12 16 10 130
(-) 3 6 3 5 4 2 6 4 2 5 40
(=) 3 11 8 4 5 6 9 4 8 6 4 65
..................................................................
L'illusion de l'accroissement des poids a été moins forte; on compte:
DEUXIÈME ÉPREUVE PREMIÈRE ÉPREUVE
Jugements de + 130 161
Jugements de - 40 37
Jugements de = 65 42
[Illustration: Fig14.png--Graphique de la 2e épreuve de suggestion par les
poids. + +, graphique des jugements de +;- -, graphique des Jugements de -;
=, graphique des jugements d'égalité.]
Les jugements de + ont diminué, et cette diminution a lieu surtout au
profit des jugements d'égalité, qui sont les jugements les plus exacts.
Les jugements de - ont beaucoup moins augmenté de fréquence; ce sont des
jugements moins exacts; ils sont surtout fréquents chez les enfants les
plus jeunes; nos deux tableaux de chiffres nous montrent que dans les deux
épreuves, les enfants les plus jeunes et appartenant aux classes les moins
avancées ont fait rarement des jugements d'égalité; ils ont d'ordinaire
résisté à la suggestion en faisant des jugements de--. Nous n'en savons pas
le motif. La même explication leur était donnée qu'à leurs aînés, avant
l'expérience; on leur disait à tous la même phrase, dans laquelle se
trouvaient les mots: «Il faut déterminer si le poids est plus grand que le
précédent, ou plus petit, ou égal.»
Le graphique de l'épreuve 2, qui rend sensible les changements de la
suggestion pendant le cours de l'expérience, fait encore repasser sous nos
yeux ce curieux échec de la suggestion pour la 6e boite, qui nous avait
déjà frappé dans la première épreuve: ici, le nombre de jugements
suggestionnés tombe à 10, il se maintient à 10 pour le poids suivant; c'est
un minimum qui ne sera plus atteint. Il semble donc que la suggestibilité
de nos 24 sujets, pris comme un seul tout, subit d'abord une décroissance,
ensuite elle reprend son énergie, et évolue en décroissant plus ou moins
lentement et irrégulièrement. Cette évolution singulière est peu conforme
aux idées qu'on avait pu se faire à priori sur la question; il aurait été
sans doute beaucoup plus vraisemblable de supposer que la suggestion, tout
au début, devait être au maximum, et décroître ensuite; mais nos idées à
priori ne tiennent pas compte d'une foule de petites conditions matérielles
qui agissent sur les phénomènes; et parmi ces conditions, il faut noter
ici cet ajustement musculaire de la main, qui est d'une importance toute
spéciale dans les expériences de pesée.
_Troisième épreuve_.--Elle se trouve entièrement résumée dans notre tableau
VI, où nous avons indiqué les valeurs données par chaque élève à la série
des poids; pour que ce tableau fût comparable aux précédents, nous avons
indiqué dans la ligne du bas combien de fois chaque poids avait été jugé
plus lourd ou plus léger que le précédent, ou égal; on peut alors se rendre
compte facilement si le fait d'évaluer les poids en grammes a permis de
juger plus ou moins exactement de leur poids relatif; il est bien entendu
que les élèves, dans cette troisième épreuve, n'avaient pas à dire s'ils
trouvaient un poids plus lourd ou moins lourd que le précédent; ils avaient
seulement à l'apprécier en grammes.
Le point de départ de toutes les appréciations a été de 20 grammes; car
nous avons fait connaître ce poids aux élèves comme étant le poids exact.
TABLEAU VI.--_Résultats de la troisième épreuve de suggestion par les poids_.
[Illustration: Tableau06.png]
...............................................................................
NOMS NUMÉROS DES POIDS TOTAL
des ........................................................ .........
ÉLÈVES 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1l 12 13 14 15 + - =
...............................................................................
Dew..... 35 42 50 55 55 60 70 70 70 75 75 70 75 70 4 2 4
Gesb.... 30 50 80 100 120 130 150 150 180 190 200 220 250 8 1
Pet..... 30 40 60 70 80 80 70 60 70 80 70 80 80 60 4 4 2
Poire... 30 50 60 80 90 100 110 120 130 150 160 170 180 190 10
Vass.... 30 40 45 50 60 65 65 65 66 66 66 70 80 85 6 4
Bout.... 30 22 40 50 55 60 70 75 80 86 90 95 100 105 10
Monne... 22 35 30 32 35 35 39 39 39 40 41 41 42 43 6 4
Delans.. 30 27 95 100 150 170 150 100 120 125 125 95 160 175 6 3 1
Saga.... 30 60 45 50 60 60 70 70 70 70 80 80 80 90 4 6
Blasch.. 21 35 23 24 24 25 25 25 25 25 26 26 26 26 2 8
Féli.... 25 30 40 60 55 55 55 57 60 62 45 55 60 47 5 3 2
Bien.... 25 30 35 40 48 48 45 46 46 49 50 50 49 4 2 3
Laca.... 35 35 35 40 40 40 35 35 35 40 40 40 42 42 2 1 7
Pou..... 30 35 45 50 55 60 65 70 75 80 85 90 95 100 10
Motte... 25 30 35 40 45 45 45 45 45 50 50 50 2 6
Martin.. 30 35 40 50 50 52 56 56 60 62 60 65 65 64 5 2 3
Mien.... 30 40 50 70 80 100 110 120 130 130 140 150 150 7 2
Obre.... 25 35 45 40 39 48 38 50 49 48 50 45 35 35 3 6 1
Van..... 30 40 60 80 90 100 120 130 112 114 131 140 150 160 9 1
Méri.... 40 60 80 90 100 120 70 110 130 150 140 160 150 180 7 3
And..... 40 60 80 100 120 140 160 180 200 220 240 260 280 300 10
Gouje... 40 50 60 70 80 90 100 90 100 110 100 110 120 150 8 2
Hub..... 30 30 40 50 60 70 80 90 100 110 120 130 140 150 10
Die..... 30 35 50 60 65 70 75 80 85 90 92 94 95 9
-------------------------------------------------------------------------------
(+ 24 22 23 23 11 17 15 12 15 19 14 15 15 12 156
Total(- 1 2 5 3 2 1 5 3 3 4 29
(= 2 1 4 7 4 9 7 4 5 6 5 3 54
...............................................................................
La comparaison des moyennes générales avec celles des tableaux IV et V
montre que dans cette 3e épreuve, les élèves n'ont pas progressé dans le
sens de l'exactitude, comme on aurait pu s'y attendre; cette troisième
épreuve a été un peu meilleure que la 1re, mais beaucoup moins bonne que la
seconde. Voici un relevé des chiffres qui est assez significatif.
PREMIÈRE DEUXIÈME TROISIÈME
ÉPREUVE ÉPREUVE ÉPREUVE
Jugements de + 161 130 156
Jugements de - 37 40 28
Jugements de = 42 65 53
Les jugements de +, qui représentent l'influence de la suggestion, ont
été plus nombreux qu'à la seconde épreuve, par conséquent la suggestion a
exercé son influence avec plus de force. Pourquoi donc à la 3e épreuve les
élèves ont-ils été plus suggestibles qu'à la seconde épreuve? Nous pensons
que c'est parce que la 3e épreuve a exigé de la part des élèves un travail
supplémentaire; ils n'avaient pas seulement à juger qu'un poids était plus
lourd ou moins lourd que le précédent, ainsi que cela avait lieu dans les
deux épreuves précédentes; ils avaient à attribuer une valeur précise à
chaque poids, dire s'il pesait 50 ou 60 grammes; or, cette évaluation est
certainement plus difficile qu'un jugement qui consiste simplement à dire
qu'un poids est plus lourd qu'un autre; l'évaluation suppose non seulement
un jugement de comparaison, mais une appréciation du degré de différence,
et en outre le choix d'un chiffre précis, qui exprime cette appréciation.
On comprend très bien que ce petit travail exige quelque contention
d'esprit, surtout quand on le demande à des enfants de 8 à 10 ans; or,
voici mon interprétation: préoccupés par cette évaluation en grammes, les
enfants ont perdu un peu de la liberté d'esprit qu'ils avaient précédemment
pour comparer les poids; ils ont fait cette comparaison dans un état de
distraction mentale, ou tout au moins avec une attention moins forte et
moins exclusivement portée sur la sensation des poids; et il en est résulté
que les enfants sont devenus plus dociles à la suggestion d'accroissement
des poids; du moment que le contrôle, qui s'appuyait sur la perception
exacte des poids, s'est affaibli, il est naturel que la suggestion,
délivrée de ce contrôle, ait acquis plus de force[46].
[Note 46: Le sujet de cette étude côtoie continuellement celui de
L'attention volontaire et de la distraction. Parmi ces points de contact,
celui que nous rencontrons ici est des plus intéressants, voici pourquoi:
on a recherché depuis quelques années, dans les laboratoires américains
de psychologie, les meilleures méthodes pour la production des états de
distraction; les expérimentateurs ont le plus souvent cherché les causes de
distraction dans des excitations qui sont étrangères au genre de travail
dont on cherche à distraire le sujet: par exemple, on lui fait compter des
rythmes, ou on lui fait apprécier des parfums, pendant qu'il s'absorbe dans
une lecture ou dans un calcul. Ces méthodes de distraction n'ont point
encore donné de résultats satisfaisants. Or, je signale ici la possibilité
d'une méthode différente de distraction, que l'on réaliserait--non pas
en troublant un certain travail par des excitations étrangères à ce
travail,--mais bien en compliquant ce travail lui-même, en le rendant plus
difficile à suivre.]
Nous verrons tout à l'heure, en étudiant quelques cas particuliers, que
notre interprétation est extrêmement vraisemblable.
Si on examine la moyenne des appréciations pour chaque poids, dans cette
troisième épreuve, on voit que la suggestion n'a pas présenté cette
décroissance assez nette que nous observions dans les deux épreuves
précédentes; la suggestibilité paraît être restée à peu près stationnaire;
de plus, on ne rencontre plus ici, comme précédemment, une diminution
brusque de jugements de + pour le 6e poids. Ces deux observations
s'expliquent par une raison unique; l'esprit des sujets a été distrait par
l'obligation d'évaluer un poids en grammes; ils n'ont pas mis autant de
soin à percevoir les poids; par conséquent, ils n'ont pas eu l'illusion
d'allègement, qui se produit au 6e poids, ni cette diminution progressive
de suggestion qui est produite par la perception de là série des poids.
Tout cela me paraît très logique.
Venons aux évaluations en grammes; on pourrait croire--et nous avons
cru tout d'abord--que les chiffres de ces évaluations ont un caractère
artificiel et arbitraire; un enfant dira qu'une des boîtes pèse 40 grammes
et que la boîte suivante pèse 42 grammes; un autre dira que la première
pèse 40 et la suivante 60 grammes; il serait téméraire, semble-t-il,
d'attacher une grande importance à cette différence d'évaluation, bien
que la différence soit de 18 grammes; nous ne savons pas, peut-on dire,
comment, par quel processus, se fait cette évaluation, ni sur quelle donnée
elle repose; il y entre sans doute, pour une certaine part, un jugement
de comparaison sur la valeur des poids; sans doute aussi le chiffre de
l'évaluation exprime ce jugement, et toutes choses égales d'ailleurs,
l'évaluation sera d'autant plus forte que la différence de poids aura été
sentie et jugée plus grande; mais d'autre part, il faut bien reconnaître
que l'évaluation d'un poids en grammes est une opération très compliquée;
d'abord c'est une traduction, une transposition, car il n'existe qu'un
rapport de convention entre une certaine sensation de poids ou de
différence de poids sentie dans la main, et un chiffre, un nombre déterminé
de grammes; en outre, ce rapport de convention doit être grandement
influencé par une foule de facteurs individuels.
Malgré toutes ces objections, j'ai cru bien faire de convier les élèves
à une évaluation des poids, parce que l'évaluation constitue une méthode
d'expression des jugements, et que cette méthode n'est pas suffisamment
étudiée en psychologie. La question a donc une portée générale et j'ai
pensé qu'il serait intéressant de rechercher quels sont, dans un cas donné,
les avantages et les inconvénients de cette méthode[47].
[Note 47: Dans un article fait en collaboration avec Victor Henri sur
la mémoire des lignes, nous avons classé les différents procédés pour
étudier la mémoire; ces procédés ne sont pas spéciaux à la mémoire, ils
sont, pour mieux dire, des procédés d'expression des jugements; nous en
comptons trois principaux: la méthode de reproduction, la méthode de
comparaison, et la méthode de description; l'évaluation n'est qu'une
variété de la méthode de description. Pour plus de détails, voir Mon
_Introduction à la psychologie expérimentale_, p. 76.]
Les évaluations ont été si variables qu'on ne pourrait guère en tirer une
moyenne sérieuse. En effet, bien que toutes les appréciations aient eu
le même point de départ, 20 grammes pour la première boîte de poids, les
évaluations successives se sont faites sur des échelles très différentes;
nous trouvons des sujets qui ont donné au dernier poids la valeur de 300
grammes, tandis que d'autres lui ont donné seulement la valeur de 26
grammes; mais recherchons si quelque chose de général ressort de ces
chiffres, et si des différences qui semblent trop considérables à première
vue pour ne pas être fantaisistes, ne sont pas explicables.
Un premier fait nous frappe: c'est que les chiffres d'évaluation ne sont
pas quelconques; les nombres ronds prédominent. Ainsi, prenons au hasard
toutes les appréciations qui ont été faites sur un poids quelconque, sur le
6e poids; nous trouvons sur 24 évaluations:
14 évaluations terminées par un 0 (comme 30, 60, etc.).
7 évaluations terminées par un 5 (comme 45, 75, etc.).
1 évaluation terminée par un 4
1 évaluation terminée par un 8
1 évaluation terminée par un 9
Il existe donc une certaine influence des nombres terminés par un 0 ou par
un 5; ces nombres se présentent plus facilement à l'esprit, puisque ce sont
ceux que l'on cite le plus souvent. Il vaut la peine de faire le calcul du
degré de facilité présenté par tous les chiffres, dans notre expérience
particulière; c'est ce que réalise le petit tableau suivant.
0. a été employé ....... 207 fois
5. ........ 72 fois
1. ........ 4 fois
2. ........ 9 fois
3. ........ 2 fois
4. ........ 5 fois
6. a été employé ........ 12 fois
7. ........ 3 fois
8. ........ 5 fois
9. ........ 7 fois
Ce tableau montre qu'après les nombres terminés par 0, les nombres terminés
par 5 ont été les plus nombreux. Quant aux autres nombres, ils ont été
choisis si rarement qu'on ne peut pas déterminer exactement leurs chances;
il paraît seulement ressortir que les nombres 3 et 7 ont été cités le moins
souvent.
Or, ces résultats sont précisément opposés à ceux qu'on obtient en priant
une personne de citer un chiffre au hasard; d'après les observations qui me
sont personnelles, si on dit à une personne de choisir un nombre, de 1 à
9, elle cite le plus souvent le 7 et non le 5. Un ennemi de la psychologie
expérimentale s'empressera sans doute de se prévaloir contre nous de cette
contradiction; mais je pense que cette contradiction n'est qu'apparente;
elle résulte de ce que le choix des chiffres n'est pas fait dans les mêmes
conditions mentales. Lorsqu'un enfant a un poids ou une ligne à évaluer,
son attention ne se porte pas uniquement sur le chiffre à donner, mais
aussi sur le poids et la ligne qu'il évalue; sa perception lui donne une
certaine indication dont il cherche à se rendre compte, et qu'il doit
apprécier par un chiffre; ayant donc l'esprit préoccupé par ce travail, il
prend des chiffres ronds pour deux raisons: d'abord, c'est que ces chiffres
viennent plus naturellement à l'esprit que d'autres, et exigent un effort
moindre; en second lieu, les nombres ronds sont plus approximatifs que les
autres, ils n'indiquent pas une prétention aussi nette à la précision;
dire d'un corps qu'il pèse 50 kilogrammes veut dire qu'on l'apprécie
approximativement; cela signifie qu'il pèse _environ_ 50 kilogrammes; mais
si on dit qu'il pèse 49 kilogrammes, on porte alors un jugement qui a plus
de prétention à l'exactitude; car on ne dira pas d'un corps qu'il pèse
_environ_ 49 kilogrammes.
L'état mental d'une personne à qui l'on demande de citer un chiffre au
hasard est bien différent. D'abord cette personne n'a pas à accomplir une
opération sérieuse qui l'absorbe, elle a l'esprit complètement libre; de
plus, le choix qu'elle doit faire d'un chiffre n'a aucune signification
précise, et il n'est pas plus ridicule de citer 49 que de citer 50. La
fantaisie peut donc se donner librement carrière. Maintenant, pourquoi
cette fantaisie qui paraît si libre a-t-elle ses règles? Je ne me charge
pas de le dire.
A l'appui de ces documents, ou du moins pour les compléter, j'en citerai
deux autres. Galton et H. le Poer[48] ont montré que la durée des
condamnations judiciaires est profondément affectée par l'influence du
chiffre 5 et de ses multiples: lorsque le juge a le pouvoir de fixer la
durée de la peine dans certaines limites, il y a très grande probabilité
qu'il se laissera guider par l'usage habituel des 5 et de ses multiples,
qu'il fixera une condamnation de 10 ans, par exemple, plus facilement
qu'une de 9 ans. Cette préférence est conforme à celle que nous Remarquons.
[Note 48: _Influence of Number in Criminal Sentence_, Harper's Weekly,
May 14, 1896. (Je cite de seconde main.)]
D'autre part, F.B. Dresslar, dans une très curieuse note publiée par
Appleton's Popular Science Monthly en 1899 sur «Guessing, as influenced by
member préférences» rapporte une étude qu'il a faite sur le cas suivant: un
magasin de Californie avait fait exposer en pleine rue une pièce d'étoffe
et demandait aux passants de deviner le nombre de fils qu'elle contenait,
promettant à ceux qui devineraient le nombre exact une prime de 100
dollars; la seule condition imposée aux amateurs était d'écrire leur nom et
adresse sur un registre spécial; 7,700 personnes s'essayèrent à deviner;
le nombre réel de fils était de 811; deux seulement tombèrent juste. En
faisant une étude sur tous les nombres inscrits sur les registres, Dresslar
a reconnu que ces efforts pour deviner sont soumis à des influences
spéciales; ainsi, il y a des préférences pour certains chiffres, soit
qu'ils occupent le rang des unités, soit qu'ils occupent le rang des
dizaines. Le chiffre le plus souvent employé est le 0 (environ 2100 fois),
puis le 7 (environ 2000 fois), puis le 5 (environ 1600 fois) viennent après
le 9, le 3, le 1. Les chiffres pairs sont bien moins souvent employés:
4 seulement 831 fois; 2 seulement 965 fois; 6 seulement 1080 fois; et 8
seulement 933. Ces résultats s'accordent aussi avec les nôtres, mais ils en
diffèrent en même temps; l'accord porte sur la préférence pour les 0 et les
5; le désaccord porte sur la préférence pour les 7.
Nous avons maintenant à rechercher si la méthode d'évaluation exprime la
suggestibilité de chaque élève dans l'expérience des poids.
Un premier fait est à relever; c'est que pour l'évaluation des 5 premières
boîtes, dont le poids présente un accroissement régulier, les élèves ont
rarement atteint 100 grammes, et n'ont jamais dépassé ce nombre; les poids
successifs étaient de 20, 40, 60, 80 et 100 grammes; or nous trouvons pour
le 6e poids la distribution suivante des évaluations:
20 à 30 grammes ............ 1 fois
31 à 40 ............ 5 fois
41 à 50 ............ 6 fois
51 à 60 ............ 3 fois
61 à 70 ............ 3 fois
71 à 80 ............ 2 fois
81 à 90 ............ 1 fois
91 à 100 ............ 3 fois
Cette méthode d'évaluation donne par conséquent les mêmes résultats que la
méthode de reproduction en ce qui concerne les lignes. Nous avons vu, en
effet, dans l'expérience de suggestion sur l'accroissement des lignes, que
les élèves ont constamment diminué la longueur des 5 premières lignes, et
que la cinquième a rarement été reproduite avec sa longueur exacte de 60
millimètres; nous constatons ici le même fait.
Autre observation: certains élèves, avons-nous dit, ont attribué au
dernier poids de la série, une valeur très petite, par exemple 26 grammes;
d'autres, une valeur très grande, par exemple 300 grammes. Ces différences
énormes d'évaluation ont-elles une signification quelconque? Les élèves
ayant indiqué les poids les plus élevés sont-ils plus suggestibles que les
autres? Oui, la question n'est pas douteuse, surtout si l'on s'adresse aux
extrêmes. Le tableau suivant le montre:
Nombre de fois que Évaluation
les élèves ont perçu un du
accroissement de poids. dernier poids.
And. 10 300
Bout. 10 103
Poire. 10 190 Moyenne = 169 gr.
Hub. 10 450
Pou. 10 100
Vaud. 9 160
Die. 9 95
Gouje. 8 150 Moyenne = 161 gr.
Gesh. 8 230
Mien. 1 150
Méri. 7 180
Monne. 6 43
Vasse. 6 85 Moyenne = 109 gr.
Delans. 6 175
Martin. 6 64
Féli. 5 49
Pet. 4 60
Bien. 4 49 Moyenne = 63 gr.
Die. 4 79
Saga. 4 90
Obre. 3 35
Motte. 2 50
Lac. 2 42 Moyenne = 38 gr.
Blasch. 2 26