_Même expérience sur des élèves d'école primaire supérieure_.--J'ai répété

sur 12 élèves de l'école Colbert, âgés en moyenne de 16 ans, l'expérience

de l'idée directrice (2e forme) pour rechercher si des élèves un peu plus

âgés que ceux des écoles primaires élémentaires donneraient des résultats

différents. Les conditions d'expérience ont été absolument les mêmes; les

élèves étaient isolés, ils marquaient des points pour indiquer la longueur

des lignes, etc. Le tableau qui suit donne, en millimètres, la série de

lignes marquées par les élèves, et sur la dernière colonne de droite

sont inscrits leurs coefficients de suggestibilité. Le plus faible des

coefficients est de 103, et le plus fort est de 147; on voit par conséquent

que la suggestibilité de ces élèves s'est montrée assez faible; le

coefficient maximum, qui a été de 147, exprime que l'élève le plus

suggestible n'a pas augmenté de moitié la ligne 5; il a donné à cette ligne

5 la longueur de 42; et la longueur maxima qu'il a tracée par suggestion

est de 62. Nous ne rencontrons chez aucun de ces élèves des types à

suggestibilité énorme, comme Poire, Bout, ou And., dont le coefficient

monte au delà de 300. Il me paraît donc incontestable que l'âge, la culture

intellectuelle exercent une action sur cette suggestibilité particulière.

TABLEAU III

[Illustration: Tableau03x.png]

_Expérience sur l'influence d'une idée directrice.--Élèves de l'École Colbert_.

........................................................................................

Nom des 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 Coefficient de

élèves. suggestibilité

........................................................................................

Marq.......... 12 20 32 40 48 52 48 48 44 44 48 48 44 44 » » » » » 108

Haus.......... 12 20 25 30 40 41 40 43 44 44 44 48 48 48 54 48 44 48 48 135

Lebo.......... 12 20 24 28 36 36 32 36 32 36 40 36 32 32 32 » » » » 111

Regna......... 12 24 32 44 54 58 58 58 58 58 46 52 46 52 46 46 54 58 50 107

Web........... 10 22 26 42 50 60 62 54 62 47 54 50 46 54 42 50 46 55 50 103

Jacqua........ 8 24 32 44 52 56 56 56 56 56 56 56 56 60 62 64 64 60 56 123

Laga.......... 12 20 28 36 42 50 54 58 58 58 58 58 62 54 54 54 50 46 46 147

Magna......... 12 20 36 48 56 64 60 60 64 64 70 54 46 46 54 46 38 » » 125

Letim......... 12 24 32 40 48 56 56 48 44 44 40 40 40 40 44 44 44 52 48 116

Pie........... 10 23 36 52 56 56 56 56 64 56 56 64 64 56 56 64 56 56 64 114

Bourg......... 12 24 32 36 44 52 51 56 56 60 55 55 52 48 44 48 44 44 » 136

Gunsbur....... 12 28 36 40 52 53 54 47 49 52 47 49 48 49 50 51 52 48 54 103

........................................................................................

J'avais, pour cette expérience, fait une petite modification à une dos

lignes modèles; toutes les lignes étaient tracées en noir, sauf la 10e, qui

était tracée à l'encre rouge; je pensais que par cette couleur inusitée,

l'attention de l'élève serait attirée avec force sur la ligne, qu'il la

regarderait en cherchant à mieux se rendre compte de la longueur, et que

cela affaiblirait la suggestion d'accroissement. Les résultats n'ont point

du tout répondu à cette attente; car, si on compare la longueur donnée à la

10e ligne, par rapport à la 9e, on trouve que:

7 élèves ont fait les lignes 9 et 10 égales;

3 ont fait la ligne 10 plus grande;

2 ont fait la ligne 10 plus petite.

On voit donc qu'aucune influence bien nette n'a été produite par la

couleur: elle n'a ni augmenté ni diminué la suggestion.

J'ai demandé à quelques-uns de ces élèves s'ils avaient conscience d'avoir

fait des lignes trop grandes, et pourquoi, quand ils s'étaient aperçus

de leur erreur, ils y avaient persisté. Chacun a dû donner son motif par

écrit; en général, le motif invoqué est que l'élève a voulu conserver

une relation entre les différentes lignes; ayant fait trop grandes les

premières lignes, il a voulu faire trop grandes les autres. Voici quelques

réponses écrites:

Régna:--«Jusqu'à la 10e ligne inclusivement, j'avais l'idée d'une

augmentation continue, et quoique les dernières lignes m'eussent paru plus

courtes, _je n'avais pas osé_ rétrograder; mais la vue de la ligne rouge

m'ayant fixé, je me suis autant que possible corrigé dans les suivantes».

Notons l'expression: _je n'ai pas osé_, qui exprime un état émotionnel

vague et bien difficile à justifier.

Jac.:--«Lorsque je me suis aperçu que je faisais les lignes trop longues,

j'ai continué à les faire aussi longues pour pouvoir établir un même

rapport entre toutes ces lignes et pouvoir les comparer à la suite.»

«Ayant fait les premières lignes trop grandes, me basant sur ces premières

lignes, j'ai fait toutes les autres trop grandes.»

Pi...:--«Je les ai fait trop longues parce que j'ai marqué de simples

points au lieu de tracer la ligne.»

«Je me suis aperçu que je les faisais trop longues au cours de

l'expérience, mais ne me suis pas corrigé, les comparant les unes aux

autres.»

Ces quelques réponses montrent la difficulté que même des jeunes gens

éprouvent à se rendre un compte exact de l'expérience; comme les enfants

plus jeunes, ils donnent des motifs artificiels pour expliquer comment ils

ont pu persister dans une erreur, après s'en être aperçus.

Je reviendrai sur l'interprétation générale de cette expérience de

suggestion sur les lignes, quand j'aurai exposé les résultats d'une

recherche un peu différente, que je décris au chapitre suivant.

CHAPITRE IV

L'IDÉE DIRECTRICE (_fin_)

Un mois environ après les expériences sur les lignes, j'ai, à l'instigation

de V. Henri, fait sur les mêmes élèves d'école primaire élémentaire une

autre expérience du même genre, avec celle seule différence que les lignes

étaient remplacées par des poids. Mon but était de rechercher si les

résultats obtenus avec des lignes tenaient à un processus général de

l'esprit, ou bien au plus ou moins d'exactitude avec laquelle les sujets

mesuraient avec l'oeil la longueur des lignes; il fallait, en d'autres

termes, chercher à faire l'élimination de l'élément sensoriel, et pour

cela il fallait modifier cet élément et voir les conséquences de cette

modification.

Je me suis servi de 15 boîtes en carton, de forme cubique, ayant 2cm,5

de largeur et de longueur et 3 centimètres de hauteur; ces cubes sont

complètement fermés, ils sont recouverts d'un papier jaune, couleur bois;

ils sont chargés avec du plomb de chasse et de la ouate, qui empêche le

ballottage des grains de plomb lorsqu'on secoue les boîtes. Les boîtes

présentent les poids suivants, qui sont exacts à un demi-gramme près:

20 grammes, 40 grammes, 60 grammes, 80 grammes, 100 grammes, 100 grammes,

etc. Il y a 11 boîtes de 100 grammes. Ces boîtes sont placées en ligne sur

une table, chacune à 2 centimètres environ de sa voisine; la série est

rangée dans l'ordre croissant, les plus petites boîtes sont à gauche. Le

sujet se place, debout, devant la table, dont la hauteur lui vient à la

taille. On lui dit: «Voici une série de boîtes; il y en a quinze; vous

allez les soupeser chacune à son tour, comme ceci (on fait le mouvement

devant lui) et en soupesant chaque boîte vous aurez à dire si elle est plus

lourde, ou plus légère que la précédente, ou bien égale; vous n'avez donc

qu'un mot à dire. Remarquez bien que vous comparez chaque boîte à la

précédente seulement, à celle qui est immédiatement avant; ainsi, quand

vous arrivez à la 8e boîte, par exemple, vous avez à la comparer à la 7e

et dire si elle est plus lourde, plus légère que la 7e, ou égale à la 7e.

Enfin, pour soupeser les boîtes, vous devez vous servir seulement de la

main droite: votre bras gauche doit pendre le long de votre corps.» Cette

dernière prescription m'a paru nécessaire parce que dans les quelques

essais préliminaires[43] que j'ai faits sur des élèves n'appartenant pas

au groupe habituel, j'ai remarqué que quelques-uns se servaient seulement

d'une main, tandis que d'autres prenaient dans une main un poids, dans

l'autre main l'autre poids, et faisaient la comparaison simultanément; de

là de grandes variations dans les conditions de l'expérience, variations

que j'ai voulu éviter en obligeant les élèves à se servir seulement de leur

main droite pour soupeser les poids.

[Note 43: Ces essais préliminaires sont très utiles; ils permettent de

fixer les conditions de l'expérience en se guidant d'après des résultats

pratiques, que le plus souvent on ne peut pas prévoir.]

Le sujet doit se contenter d'apprécier les poids à haute voix; il n'a rien

à écrire; c'est moi qui écris ses réponses; aussi l'expérience est-elle

faite assez rapidement.

Quand la série est terminée, je la recommence, avec une petite variante;

le sujet ne doit plus se contenter de soulever chaque poids à son tour;

il doit à propos de chaque poids, le soulever, le soupeser, et ensuite

soupeser le poids précédent, et enfin revenir au premier poids. Ainsi,

quand il arrive par exemple au poids 9, il le soupèse, puis il soupèse le

8, puis il soupèse encore le 9, et c'est à ce moment qu'il doit donner son

jugement, en comparant 9 à 8. Ces diverses opérations doivent se faire

seulement avec la main droite. J'ai eu quelque peine à me faire comprendre

des enfants les plus jeunes; ils avaient la tendance, après avoir soupesé

un poids, à saisir le poids suivant, au lieu de revenir au poids précédent;

j'ai dû les guider, en leur indiquant chaque fois le poids à comparer.

Comme dans l'épreuve précédente, le sujet donne son appréciation à haute

voix, et c'est moi qui en prends note.

Enfin, l'expérience des poids se termine par une troisième série

d'appréciations; je montre à l'enfant le premier poids, et je lui demande

de l'apprécier en grammes; cette appréciation a été rarement exacte, et il

ne fallait pas s'attendre à ce qu'elle le fût. Certainement il n'y a pas

plus d'un adulte sur 10, qui, soulevant un poids de 20 grammes, puisse dire

qu'il est exactement de 20 grammes. En général, les appréciations ont été

inférieures à la réalité; celle qui a été le plus souvent donnée est de

10 grammes; quelques élèves ont dit: 1 gramme. Je n'insiste pas sur

ces réponses, auxquelles je n'attache pas d'importance pour le moment.

J'apprends à l'élève que le poids est de 20 grammes; et je le prie de se

servir de ce point de départ pour apprécier ou pour deviner les poids des

autres boîtes, et me dire un nombre de grammes. Ce nombre est indiqué par

l'élève à haute voix, après avoir soupesé chaque boîte: l'élève peut alors,

à son gré, se contenter de soupeser chaque boîte, ou revenir en arrière,

chaque fois, et soupeser la boîte précédente. Il n'a rien à écrire, c'est

moi qui écris et prends note des chiffres.

Je vais d'abord donner une idée d'ensemble des résultats, j'examinerai

ensuite, au point de vue de la psychologie individuelle, les résultats de

chaque élève; ces résultats sont contenus dans le tableau IV.

1re _épreuve_.--Elle a porté sur 24 élèves d'école primaire élémentaire.

On est d'abord frappé de la manière très différente dont les enfants

soupèsent les poids; cet acte si simple présente des variétés infinies,

qu'il serait bien intéressant d'enregistrer. En ce qui me concerne, je

remarque que lorsque je soulève une des boîtes, je la porte environ à 10

centimètres de hauteur, et, en même temps, je fais un petit mouvement

d'oscillation, très léger, dans le sens de la verticale.

Plusieurs élèves font un mouvement d'élévation aussi grand; en général, la

hauteur du mouvement d'élévation est moindre; je l'estime, à vue d'oeil,

à 5 centimètres; enfin, il y a plusieurs élèves qui soulèvent le poids à

peine de 1 centimètre; un mouvement aussi court peut-il constituer un acte

de soupèsement? N'y a-t-il pas du reste une différence entre soulever et

soupeser? Je me borne à signaler ces particularités, en attendant qu'on

ait appliqué à l'étude de ce soulèvement une méthode d'enregistrement,

qui permette d'étudier tous les caractères du mouvement de la main, sans

troubler l'état mental du sujet et sans le placer dans des conditions trop

artificielles[44].

[Note 44: M. Henri dans sa _Revue générale sur le sens musculaire_

(_Année psychologique_, V, p. 528) indique un auteur qui a pris le

graphique du soulèvement du poids.]

La durée de l'expérience a été de trois à six minutes par élève.

La série débute par 4 comparaisons portant sur des boîtes augmentant

régulièrement de poids; les poids sont de 20 grammes, 40 grammes, 60

grammes, 80 grammes et 100 grammes. Le plus souvent, cette croissance

des poids a été régulièrement perçue; cependant quelques fautes ont été

commises; le nombre des élèves étant de 24, 96 jugements ont été portés;

or sur ce nombre, on trouve 9 fois un jugement d'égalité, et 2 fois un

jugement de -; les autres fois, soit 85 fois, il y a jugement de +,

c'est-à-dire jugement exact. De telles erreurs ne se sont pour ainsi

dire jamais produites avec les lignes, dont la longueur croissait ainsi:

12--24--36--48--60; la progression était donc de même valeur pour les

lignes et pour les poids; mais comme le mode d'appréciation des différences

différait beaucoup dans les deux cas--et que, d'autre part, la sensibilité

au poids n'a point la même finesse que la mensuration d'une ligne par

l'oeil, il n'y a pas lieu de s'étonner que la perception des poids se soit

faite autrement que celle des lignes. Ce qu'il importe de relever, c'est

que la _série suggestive_ des poids a été un peu moins efficace, en

elle-même, que la _série suggestive_ des lignes.

Je ne puis m'empêcher de penser que les sujets qui commettent des erreurs

de jugement dans l'appréciation des 5 premières boîtes sont des sujets qui

n'ont pas bien fixé leur attention sur la perception des poids, car les

différences qui existent entre les différents poids sont assez grandes pour

qu'une personne quelconque puisse les percevoir, pourvu qu'elle y prête

attention. On peut donc, dès le début de l'expérience sur les poids, se

rendre compte si le sujet est attentif ou non. C'est une constatation qu'en

général on n'éprouve pas le besoin de faire dans les recherches sur les

élèves de laboratoire; car ceux-ci sont assez instruits et sérieux

pour comprendre l'intérêt de la recherche et s'y prêter avec un effort

d'attention volontaire; mais dans les écoles primaires, il en est tout

autrement; l'enfant est jeune, parfois étourdi, indiscipliné, il n'apporte

le plus souvent à l'expérience qu'une attention de curiosité; quand

sa curiosité s'émousse, son attention diminue. Il est donc utile que

l'expérience fournisse un signe permettant de reconnaître si le sujet est

attentif ou non. C'est d'autant plus important que le défaut d'attention du

sujet peut troubler tous les résultats. Il est bien certain que pour que

l'idée d'une progression des poids s'impose à l'esprit et fasse suggestion,

il est nécessaire qu'on ait prêté attention à la série croissante des

poids, de 1 à 5; car si on a soulevé ces premiers poids avec distraction,

si on n'a pas remarqué leur ordre croissant, on échappera à la suggestion

non par esprit critique, par défaut de suggestibilité, mais par

distraction, parce qu'on n'aura pas été touché par la suggestion. Nous

comprenons ainsi qu'une certaine quantité d'attention--de même aussi qu'une

certaine quantité d'intelligence--est nécessaire pour que la suggestion

opère, quoique d'autre part l'existence d'une attention très puissante et

très lucide aurait pour effet d'enrayer la suggestion.

Passons maintenant à l'influence de la suggestion sur l'appréciation de la

série de poids, depuis le 5e jusqu'au 15e; tous ces poids sont égaux, mais

par l'effet de la série croissante qui les précède, on doit être porté à

croire qu'ils continuent cette série croissante. Notre expérience sur les

poids a été établie en effet sur le même modèle que notre expérience sur

les lignes. Seulement, la valeur de la suggestion ne se prête pas à la même

mesure. Pour les lignes, le sujet en indiquait lui-même la longueur en

marquant des points; il suffisait de regarder son travail pour se rendre

compte s'il marquait des lignes croissantes ou décroissantes et en outre

quelle était la valeur de cet accroissement et de ce décroissement; aussi

avons-nous eu l'idée de mesurer la suggestibilité de chaque élève en

prenant l'effet maximum de cette suggestibilité, effet représenté par la

longueur de la ligne la plus longue. Les indications que l'élève nous

fournit sur l'appréciation de la série de poids sont plus brèves; il

indique si chaque poids est plus grand ou plus petit, mais il n'indique

pas, dans cette 1re épreuve, de combien le poids est plus grand ou

plus petit; par conséquent, nous n'avons qu'un moyen d'apprécier sa

suggestibilité, c'est de compter le nombre de fois qu'il a cru à un

accroissement; si sur 10 jugements, il a donné par exemple 8 jugements

d'accroissement, il a été, dirons-nous, plus suggestible que s'il n'a fait

que 5 jugements d'accroissement. Certes, on pourrait chicaner cette manière

de mesurer la suggestibilité, mais c'est la seule dont nous puissions nous

servir.

Tableau IV.--Résultats de la première épreuve de suggestion par les poids.

[Illustration: Tableau04.png]

NOMS |

des | NUMEROS DES POIDS | TOTAL

ELEVES | |

| 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 | + - =

--------|-------------------------------------------|----------

Dew.... | + + + + + + - + - + + + - = | 6 3 1

Gesb... | + + + + + = + - = + + + + + | 7 3

Pet.... | + + + + - + + + + - - - + - | 5 5

Poire.. | - - + + + - + + + + + + + + | 10

Vasse.. | + + + + + + + + + + = + = = | 7 3

Bout... | - t + + + t + + + + + + + + | 10

Monne.. | + - + + + + - + - + + + - + | 7 3

Del.... | + + + + + = + + + + + + + = | 8 » 2

Saga... | + + = + - - + + - + + + = + | 6 2 2

Blas... | + + + = = = = = = = - = = = | » 1 9

Féli... | + + = + - + + - + + = = = = | 4 1 5

Bien... | + + = + - + + = = - + = + + | 5 1 4

Laca... | + - - + - = + - - + - - + = | 3 2 5

Pou.... | + - + + + + + + = + + + = = | 7 3

Motte.. | + = = + - - + + - + + + - - | 5 4 1

Martin. | + + + + = + = + + = + - = + | 5 1 4

Mien... | + = + + + + + + + + + + + + | 10

Obre... | + + + + - + - - - + + + + - | 5 5

Van.... | + + + t - + + + + + + + + + | 9 1

Man.... | + + + + - + + + + - + - + - | 6 4

And.... | + + + + + + + + + + + + + + | 10

Gouje.. | + + = + - - + + - + + + + - | 8 2

Hub.... | + + + + + + + + + + + + + + | 10

Die.... | + + + + + + - + - + ++ t - t | 8 2

--------|-------------------------------------------|

+ | 24 19 19 23 13 18 18 18 12 19 19 17 15 12 | 161

Total.- | 1 1 9 1 4 1 7 2 2 3 3 5 | 37

= | 4 4 1 2 5 2 5 3 3 3 4 6 7 | 42

---------------------------------------------------------------

En faisant la somme de tous les jugements rendus par tous les élèves, on

remarque que les jugements se répartissent de la manière suivante:

TOTAL

Jugements de = 42

Jugements de - 37

Jugements de + 161

Il est donc évident que la suggestion d'accroissement s'est fait sentir

dans les deux tiers des jugements; dans le troisième tiers des cas, il y

a eu des jugements exacts, ou jugements d'égalité, et, en nombre un peu

moindre, des jugements de décroissance.

Les résultats sont contenus dans le tableau IV, construit sur le même

modèle que le tableau I, II, etc.; vis-à-vis de chaque nom est une ligne

horizontale, contenant les jugements rendus par l'élève; il y quatre

jugements portés sur la série suggestive de poids, de 1 à 15: on ne porte

aucun jugement sur le premier poids, on commence par le second; après la

série suggestive, viennent les jugements sur les poids 6 à 15, jugements

influencés par la suggestion, et séparés des précédents par une double

ligne verticale; enfin, dans la dernière colonne, celle de droite, sont

totalisés, pour chaque élève, les genres de jugements qu'il a rendus; aussi

Dew... a exprimé 6 jugements +, 3 jugements -, 1 jugement =; c'est en

examinant les résultats inscrits dans cette colonne qu'on voit comment,

individuellement, chaque élève s'est comporté, et quelle a été sa

suggestibilité; les élèves n'ont pas été mis dans l'ordre de la

suggestibilité, mais dans l'ordre des classes auxquelles ils appartiennent.

Au bas du tableau, on fait, pour chaque poids, le total des réponses

données par les 24 élèves; on voit ainsi comment l'expérience a évolué,

depuis l'appréciation du deuxième poids jusqu'à celle du quinzième,

l'ensemble des 24 élèves étant considéré comme formant un tout. Ce sont les

chiffres de cette colonne horizontale qui sont mis en graphique dans la

figure 13.

Le nombre des jugements de + a diminué progressivement, mais malgré cette

diminution ils restent quand même jusqu'au dernier moment supérieurs en

nombre aux autres jugements, puisqu'ils sont supérieurs à 12, et que le

nombre total est de 24; ce n'est que pour l'appréciation du poids de la

dernière boîte que le nombre des jugements suggestionnés devient égal à 12,

par conséquent égal au nombre des autres jugements. On ne peut pas dire

que toute suggestion est détruite même à ce moment-là, car pour que toute

suggestion fut détruite, il faudrait que le total des jugements de + ne fût

pas supérieur au total des jugements de -, et c'est ce qui n'arrive pas.

Donc la suggestion, quoique s'amoindrissant, continue à agir jusqu'à la 15e

pesée.

[Illustration: Fig13.png--Graphique de la 1re épreuve de suggestion par les

poids +, graphique des jugements de +; -, graphique des jugements de -; =,

graphique des jugements d'égalité.]

Les jugements de - et d'égalité gagnent, naturellement, tout le terrain

perdu par les jugements de +; mais le gain n'est pas le même pour les deux

jugements; il paraît plus régulier et, aussi, plus considérable pour les

jugements d'égalité; ce sont précisément les plus exacts, et c'est vers eux

que tend l'expérience; les jugements de - augmentent aussi, mais dans une

moindre proportion.

Nos courbes nous révèlent aussi un détail bien curieux: c'est que la 6e

boîte, la 10e et la 15e sont celles dont l'appréciation a le moins subi

l'effet de la suggestion: on comprend bien cet affaiblissement de la

suggestion pour la dernière boîte, on le comprend moins pour la 10e et on

le comprend moins encore pour la 6e. Insistons un peu sur ce point. A la

6e pesée, la série suggestive vient de cesser; or, nous avons vu en ce qui

concerne la série de lignes, que la 6e ligne est presque toujours augmentée

par les jeunes élèves; la suggestion d'accroissement est alors dans

toute sa force, elle vient d'être imprimée sur l'esprit de l'élève, elle

l'entraîne. Or, en ce qui concerne les poids, c'est juste le contraire: le

6e poids est un de ceux dont l'appréciation est le moins influencée; et

même, les élèves n'ont pas une tendance à le considérer comme égal au poids

5; ils vont plus loin, ils le considèrent comme plus léger; fait à noter,

c'est à propos de ce poids 6 que le plus grand nombre de jugements de -

se produit, 9 sur 24; pour le dernier poids, le poids 15, il n'y a que 5

jugements de -; ce fait a donc quelque chose de bien caractéristique. Voici

l'interprétation que nous en donnons: quand on apprécie une série de poids

en les soupesant, et quand on se fait une idée, par la perception visuelle

du corps, sur son poids probable, avant de le soupeser, on adapte d'avance

son mouvement et on fait un effort proportionné à ce poids probable; cette

adaptation du mouvement au soulèvement du poids a déjà été étudiée par

différents auteurs[45]; c'est un facteur si important pour notre jugement

sur le poids des corps que quelques auteurs ont pensé que c'est par la

qualité de notre mouvement de soulèvement, par sa vitesse surtout que nous

jugeons des poids. Il est vraisemblable que plusieurs élèves, au moment de

soupeser le poids 6, se sont laissés guider par cette idée que les poids de

l'expérience étaient en série croissante: ils ont donc préparé un effort

plus grand pour soulever le poids 6, et comme ce poids s'est trouvé égal

au poids 5, il en est résulté quelque chose de particulier dans le

soulèvement, une disproportion entre l'effort préparé et l'effort qui eût

été nécessaire. Cette disproportion, ayant été perçue, a fait sur l'esprit

de quelques sujets l'effet d'une attente trompée; ils ont jugé alors que le

poids 6 était plus léger que le poids 5, et ils ont donc porté un jugement

de -. On comprend que ce nombre si grand de jugements de - s'est produit

au moment où la suggestion était très forte et n'avait pas encore subi

le moindre échec, parce que c'est surtout dans cette première période de

l'expérience que l'ajustement musculaire devait se préparer et ne recevait

encore aucun démenti.

La Suggestibilité · 第 12 / 29 段