correction a été de 7, et le nombre total des écarts de suggestion a été de
8, par conséquent un peu plus fort; d'autre part, si on fait le total des
millimètres en additionnant la valeur des écarts de chaque espèce, on
trouve que les écarts de correction s'élèvent en moyenne à 6mm,4, tandis
que la valeur moyenne des écarts de suggestion est plus faible, de 3mm.
Ainsi les écarts de suggestion sont supérieurs en nombre, moindres en
valeur. La différence est faible, et certainement il faudrait la considérer
comme négligeable si on ne la rencontrait pas plus accentuée chez beaucoup
d'autres élèves.
NIL.--Son coefficient est 125. Lui aussi est allé jusqu'au point 7 sans se
douter de rien; il a donc fait, comme le précédent élève, 2 points avant
de se corriger; puis il est revenu vers la marge, et s'y est maintenu
parallèlement. Mais on peut remarquer chez ce sujet comme chez Mien.,
qu'il y a eu après le point 5, _persistance d'une suggestion très faible
d'accroissement, contre laquelle le sujet a continuellement lutté_, car il
a fait 10 écarts de correction et 12 écarts de suggestion; et d'autre part,
la valeur moyenne des écarts de correction a été de 6mm,4, et celle des
écarts de suggestion a été de 3mm,3; ainsi, cet élève, quand il s'est
corrigé, a fait des écarts plus grands et plus brusques que lorsqu'il a
obéi à la suggestion; celle-ci a été plus douce et plus continue.
ABRAS.--Suggestibilité faible, 125. Il s'est corrigé très vite, dès le 7e
point; mais la suggestion a persisté faiblement, car il a fait 13 écarts de
suggestion, contre 10 écarts de correction, et la valeur moyenne des écarts
de suggestion est de 3mm,2, tandis que celle de ses écarts de correction
est plus forte, 7mm,6; nous connaissons maintenant la signification de ces
chiffres.
LAC.--Suggestibilité faible, 136. Sa feuille, reproduite dans la figure 7,
montre qu'il n'a jamais marqué d'écarts plus grands que 4 millimètres,
à partir du point 5. Probablement, il a été très méfiant. Il a subi
l'influence de la suggestion jusqu'au point 7; mais, chose curieuse, il a
diminué ses écarts dès le point 5; jusque là, il faisait des écarts de 8
millimètres; à partir du point 5, il diminue les écarts, il n'en fait plus
que de 4 millimètres, cela indique une certaine finesse de perception. On
rencontre des exemples analogues chez d'autres élèves. A partir du point 8,
a-t-il été soustrait à la suggestion? C'est douteux. Il a fait 6 écarts de
suggestion, contre 4 écarts de correction.
MATH.--Suggestibilité de 138. C'est au 6e point qu'il se corrige. Il avait
déjà une demi-correction au 7e point qu'il avait fait de 4 millimètres
comme écart, alors que tous les écarts précédents étaient de 8 ou de 12
millimètres.
GESBE.--Suggestibilité: 138. Au 9e point seulement il se corrige, puis il
est légèrement repris par la suggestion et finalement il marque des points
rigoureusement équidistants, dont la distance à la marge est comprise entre
le point 7 et le point 8.
MARCHA.--Suggestibilité: 140. Cet élève a été _très lent_ à s'apercevoir de
l'erreur qu'il commettait; c'est au 13e point seulement qu'il est revenu
en arrière; mais il semble avoir eu, avant de marquer le point 13, une
demi-conscience de son erreur, car à partir du 4e point il a fait des
écarts suggérés de 4 millimètres seulement, alors que les écarts précédents
étaient de 12 millimètres et même de 16 millimètres. L'effort de correction
(au 13e point) a été brusque et très grand, de 12 millimètres. A partir de
ce 13e point, qui marque l'endroit précis où le sujet a repris possession
de lui-même, il y a eu lutte entre l'automatisme de la suggestion et
les efforts de correction, lutte lente dans laquelle on discerne une
progression des points vers la marge. Il a eu 12 écarts de suggestion, et
9 de correction, et la valeur moyenne des premiers est égale à 5mm, tandis
que celle des seconds est égale à 8,4 mm; ce qui est conforme à la règle
habituelle.
En résumé, chez tous les sujets dont l'étude précède, les trois faits
suivants se produisent avec plus ou moins de netteté:
1o Une suggestion se manifestant après le point 5, suggestion comprenant
un nombre variable de points, et dans laquelle les écarts sont d'ordinaire
rapetissés relativement à ce qu'ils étaient avant le point 5;
2o Une correction, tantôt forte, tantôt faible, tantôt brusque, tantôt
progressive;
3o Après la correction, le sujet se maintient à peu près à égale distance
de la marge, comme s'il était averti du péril de la suggestion auquel il
vient d'échapper; l'analyse montre, il est vrai, que les écarts positifs
(éloignant de la marge) sont plus nombreux et plus faibles que les écarts
négatifs (rapprochant de la marge) caractères qui sont précisément ceux
de l'automatisme en conflit avec le sens critique. Mais cette influence
persistante de la suggestion est très faible, et il est juste de considérer
tous les sujets précédents comme étant parvenus assez vite à se corriger et
à se reprendre.
Les cas qui vont suivre appartiennent à une autre catégorie; ce sont des
sujets chez lesquels la suggestion a une influence plus forte et suspend le
sens critique. Ne pouvant décrire les réactions de tous nos sujets, nous
signalerons les plus typiques, laissant de côté les cas intermédiaires,
mixtes, moins bien tranchés.
DESVA.--Suggestibilité: 141. Ce cas est peut-être le plus intéressant de
tous. C'est un cas type dans lequel des phénomènes, ordinairement très
vagues, de lutte entre l'automatisme de la suggestion et le sens critique
sont portés à un tel degré de précision qu'on ne peut plus en douter.
La suggestion, comme nous venons de le montrer, a un mode d'action faible
et continu, le sens critique a un mode d'action fort et intermittent. Nous
n'avons pu entrevoir cette différence dans le mode d'action des deux
forces qu'en faisant le total des écarts de suggestion et des écarts de
correction, et en établissant la moyenne de la valeur de ces deux espèces
d'écarts; les différences numériques ont toujours été, jusqu'ici,
extrêmement faibles, et si elles nous ont paru quand même importantes,
c'est parce que nous les avons trouvées constantes. Jamais nous n'avons
encore rencontré un élève chez lequel les écarts de correction seraient
faibles et continus, et les écarts de suggestion forts et intermittents;
et si ce cas peut se présenter--ce qui doit être, car toutes les variétés
sont possibles--nous supposons qu'il doit être relativement rare.
Or, chez Desva (fig. 8), nous trouvons que sur 36 écarts, il y a seulement
3 corrections, et par conséquent 33 suggestions; et de plus, les 3 écarts
de correction ont une valeur considérable, tandis que les écarts de
suggestion sont extrêmement faibles; c'est donc la démonstration très
claire d'une particularité mentale qui jusqu'ici était plutôt soupçonnée
que démontrée.
Ce sujet a été très lent à se corriger; il ne l'a fait qu'au 13e
point; mais dès le 6e, il a eu une demi-conscience que les lignes ne
s'accroissaient pas comme auparavant; en effet, les premiers écarts qu'il
marquait avaient une valeur de 8 ou de 12 millimètres; à partir du point 5,
il les réduit d'abord à 4 millimètres jusqu'au point 8; il faut suivre sur
la figure le tracé de ce ralentissement; au 9e point, il diminue encore
l'écart, il le fait de 2 millimètres; au 10e point il le fait encore de 2
millimètres; au 11e point, il n'ose plus avancer, ni reculer, il fait le
point à la même distance que le précédent; et le 12e est à 3 millimètres
à droite; ici un écart très brusque, un retour en arrière; le 13e point
présente un écart de correction de 11 millimètres; le 14e point est une
correction supplémentaire de 4 millimètres. Ainsi, le sujet fait là une
correction totale de 15 millimètres, ce qui est beaucoup pour lui. Puis,
ceci fait, il est repris par la suggestion, et celle-ci l'entraîne pendant
les 9 points suivants; seulement, les écarts de suggestion sont très
faibles, car avec ces 9 points il ne fait un avancement à droite que de
14 millimètres, ce qui est très peu de chose, ce qui fait moins de 2
millimètres par point. Puis, au point 24, nous voyons le retour très
régulier du phénomène précédent: une correction énorme de 20 millimètres;
c'est comme si le sujet se réveillait brusquement de son automatisme,
rompait le charme, reprenait possession de lui-même. Et cette correction
énorme une fois faite, la suggestion faible et continue reprend, elle
dure longtemps, elle va du 24e ou 36e point; seulement elle s'est encore
affaiblie, car elle ne fait faire que 1 millimètre de progression par point
vers la droite, tandis que précédemment, avec 9 points seulement, le sujet
avait fait 14 millimètres. Ici s'arrête l'expérience.
[Illustration: Fig08.png--Expérience de suggestibilité sur Desv., douze ans,
1re classe. Coefficient de suggestibilité: 141. A deux reprises, après les
points 12 et 23 le sujet se corrige fortement, mais aussitôt après il est
repris par la suggestion.]
Ce sujet est donc bien distinct des précédents, puisqu'il n'a pas réussi,
comme eux, à se débarrasser de l'illusion.
Le cas de Desva... est assez rare; je n'en puis citer qu'un seul du même
genre, celui de Mulle, qui a une suggestibilité très forte, de 270.
Jusqu'au 16e point, Mulle a obéi à la suggestion avec une régularité très
grande, et presque tous les écarts qu'il a marqués sont égaux; puis,
brusquement, sans que rien avertisse de cette sorte de coup de tête, il se
corrige au 17e point; la correction est énorme, de 56 millimètres; c'est
une correction qu'on peut considérer comme incoordonnée. Puis, tout de
suite après, le sujet est repris par la suggestion, et il marque une série
de points qui sont assez régulièrement disposés en ligne droite; seulement
les écarts de cette série de points sont plus petits que dans la série
précédente.
Les corrections de ce genre, si fortes, et suivies aussitôt par une reprise
de la suggestion, me semblent bien caractéristiques. Je les interprète
de la manière suivante: le sujet, d'abord entraîné par l'automatisme,
s'aperçoit brusquement que la ligne du modèle est beaucoup plus petite que
les lignes qu'il pointe; jusque là, il ne s'en est pas douté, parce qu'il
a regardé très vaguement la ligne du modèle. Quand il s'aperçoit de son
erreur, il la corrige aussitôt en revenant vers la gauche; mais tout en se
corrigeant, il conserve la suggestion que les lignes du modèle présentent
un accroissement régulier de longueur: cette suggestion là, il ne la
corrige pas, il en reste dupe.
[Illustration: Fig09.png--Expérience de suggestibilité sur Bien..., douze
ans, 2e classe. Coefficient: 192. Ce sujet s'est laissé entraîner par la
suggestion, sans résister, jusqu'au point 13; ensuite, il s'est fortement
corrigé, et il est revenu vers la marge, affranchi complètement de la
suggestion.]
Voici un mode de réaction beaucoup plus fréquent; on le rencontre chez
Bien, March, Duss, Mouss, Pet, et beaucoup d'autres encore. Nous prendrons
comme objet de description le cas de Bien..., qui est très net (fig. 9).
L'élève a été fortement influencé par la suggestion; il s'est laissé
entraîner sans résistance jusqu'au point 13, qui est fort loin de la marge;
mais à ce moment, il s'est aperçu de l'erreur dans laquelle il était tombé,
et il s'est corrigé très fortement; sa correction a été progressive, et
l'ensemble des points qu'il a marqués l'ont ramené vers la marge. C'est un
exemple de sujet qui, après avoir été très fortement suggestionné, s'est
affranchi de la suggestion d'une manière complète et définitive. On peut
aussi se rendre compte, d'après la figure 9, que chez lui les écarts de
suggestion sont supérieurs en nombre et inférieurs en valeur aux écarts de
correction.
Autre catégorie; certains sujets subissent une suggestion continue, jusqu'à
la fin de l'expérience, sans se corriger nettement; ils ne cessent pas de
marquer des points qui, dans leur ensemble, s'éloignent de plus en plus
vers la droite; appartiennent à ce type Metz, Clou, Thève, Lenorm, Ros,
Bon, Uhl. Je me bornerai à décrire le cas de Metz, qui est peut-être le
plus clair et le plus typique; c'est pour cette raison que j'ai publié sa
feuille (fig. 10). Il est allé jusqu'au point 10 en subissant l'action de
la suggestion; à partir de ce point 10, la suggestion s'est affaiblie,
elle n'a cependant pas cessé; elle continue, sans irrégularité, à se faire
sentir jusqu'au trente-sixième point, produisant à peu près 1 millimètre
d'écart par point. La figure 10 contient, sous forme de petits cercles, les
rectifications que le sujet a faites après coup; nous reviendrons dans un
moment sur ces rectifications.
Nous terminons par un groupe tout spécial d'élèves, le groupe des parfaits
automates. La caractéristique du groupe est de faire des écarts de
suggestion qui sont égaux entre eux, et qui sont égaux en outre aux écarts
perçus, et représentés par les points 1 à 5. Il résulte de cette
égalité que la série de points marquée sur le papier se développe très
régulièrement en ligne droite; c'est un caractère qui saute aux yeux. Il
nous avertit de suite que l'élève ne s'est nullement douté qu'il marquait
des points trop loin de la marge; aucune tentative de correction n'a eu
lieu: c'est de la suggestion opérant très régulièrement, et avec toute sa
force. Voilà la description théorique de cette famille de sujets; mais il y
en a peu, évidemment, qui ne présentent pas quelque petite irrégularité.
[Illustration: Fig10.png--Expérience de suggestibilité sur Metz, dix ans,
1re classe. Coefficient: 207. Ce sujet ne s'est jamais corrigé, mais à
partir du point 10, il n'a cédé que très lentement à la suggestion. Les o
indiquent les rectifications faites quand l'expérience est terminée.]
[Illustration: Fig11.png--Expérience de suggestibilité sur Bout, douze ans,
1re classe. Coefficient: 325. Type automatique: les points sont disposés en
ligne droite; seulement à partir du 9e point, le sujet a un peu diminué ses
écarts. La figure est une réduction de moitié (les carrés ont 2 millimètres
de côté, tandis que dans la feuille originale, ayant servi à l'expérience,
ils avaient 4 millimètres de côté). Les o indiquent les rectifications
faites après coup.]
HENRI BOUT.--Coefficient: 325 (fig. 11). C'est l'automatisme absolu, sauf
qu'à partir du 9e point il a réduit de moitié les écarts; mais il ne s'est
jamais corrigé, il n'est jamais revenu en arrière. Cette suggestibilité est
d'autant plus curieuse qu'il s'agit d'un enfant de douze ans, appartenant
à la 1re classe. Nous avons déjà dit de cet élève qu'il avait été très
suggestible dans la première expérience. Il en est de même de Diém, qui est
plus jeune.
[Illustration: Fig12.png--Expérience de suggestibilité sur Poire, douze
ans, 1re classe. Coefficient de suggestibilité: 437. La feuille étant trop
grande, nous avons été obligés, pour la reproduire, de supprimer 7 points
à droite qui continuaient la direction des autres points et de réduire la
feuille de moitié.]
Poire.--Coefficient: 437 (fig. 12). Un des exemples les plus étonnants
d'automatisme. Cet élève a marqué toujours des écarts égaux depuis le 5e
jusqu'au 25e point: c'est l'automatisme schématique. Cependant cet enfant
a douze ans et demi, il appartient à la 1re classe. Il devrait avoir
un coefficient encore plus élevé, et même le coefficient maximum; mais
l'expérience n'a été poussée pour lui que jusqu'au point 25. On se demande
à quoi pouvait lui servir de regarder le modèle, sur lequel il jetait les
yeux chaque fois. On se demande aussi jusqu'où il pourrait être amené à
exagérer la longueur de la ligne modèle.
Il en est de même de Mas., Hube., Tix., And., Gouje. Ce sont tous de
parfaits automates, ayant marqué la série de points en ligne droite.
Trois de ces quatre enfants sont en 4e classe, et doivent sans doute leur
suggestibilité à leur très grande jeunesse; l'un d'eux, And., est plus âgé.
Nous regrettons de ne pas pouvoir publier leurs feuilles, elles sont trop
grandes. Rappelons qu'And., le plus suggestible de tous, a fait des lignes
dont la dernière n'a pas moins de 30 centimètres! C'est un des cas qui
montrent le mieux l'utilité des méthodes nouvelles que nous présentons. Il
est évident que quelques-uns de ces élèves doivent s'apercevoir de l'erreur
énorme qu'ils commettent, mais ils n'osent pas se corriger.
Chez Mous, Martin, Van, ce développement automatique n'est pas indéfini,
il se prolonge environ jusqu'au 20e point: puis le sujet se reprend, se
corrige plus ou moins, modifie sa ponctuation; chez d'autres, l'automatisme
est plus durable, plus régulier; nous n'affirmerons pas, bien entendu, que
ceux que nous considérons comme des automates parfaits n'ont jamais eu un
doute ni un soupçon; mais ce doute et ce soupçon, s'ils se sont produits,
n'ont pas réussi à modifier la conduite de l'enfant.
INTERROGATOIRE DES SUJETS
Quand l'expérience est terminée, j'interroge d'habitude l'enfant, pour
connaître les impressions qu'il a éprouvées. Je lui adresse la parole le
plus amicalement possible, pour ne pas le troubler; et tout en lui parlant,
j'écris rapidement au crayon les réponses qu'il me fait; ces réponses,
je les reproduis textuellement, sans les abréger; j'abrège seulement mes
questions, qui, comme c'est l'habitude pour le langage parlé, renferment
beaucoup de redites. Cet interrogatoire a pour but de savoir jusqu'à quel
point le sujet a été dupe de l'illusion, a été trompé par la suggestion de
l'accroissement des lignes. Cet interrogatoire est extrêmement délicat à
conduire. Si on parle avec un peu d'autorité, non seulement on fait dire
aux enfants tout ce que l'on veut qu'ils disent, mais encore on réduit le
plus grand nombre d'entre eux au silence. Beaucoup montrent pendant le
tête-à-tête une très grande timidité, et il faut employer une patience
et une douceur infinies pour délier leur langue et obtenir des aveux.
L'interrogatoire prend facilement le caractère d'une confession. On s'en
étonne soi-même à la réflexion, et on se demande pourquoi l'entretien
suscite cette timidité et même cette fausse honte chez ces gamins de Paris.
Je pense que la raison en est que l'enfant se sent vaguement pris en faute,
et reconnaît que pendant l'expérience des lignes il a manqué d'attention.
Notre interrogatoire ne s'adresse pas indistinctement à tous nos sujets.
Ceux qui ont à peu près échappé à la suggestion ont été mis hors de cause.
J'ai cru qu'ils n'ont point de confidences intéressantes à nous faire
puisqu'ils n'ont pas obéi à la suggestion, mais je regrette maintenant
cette élimination. Je n'ai interrogé que ceux qui ont été réellement
suggestionnés; et les plus curieux à interroger peut-être sont ces petits
enfants de sept ans qui ont obéi à la suggestion avec un automatisme
parfait.
A la première question posée: «_Etes-vous content de ce que vous avez
fait_?» Il est bien rare de recevoir une réponse négative. La question est
très vague, elle a du reste une tournure optimiste, et l'enfant répond
d'habitude d'un ton satisfait: «Oui, monsieur». Si on continue en précisant
un peu: «_Pensez-vous avoir commis des erreurs_?» Alors l'enfant devient
plus réfléchi, quelque peu soucieux, mais en général il ne répond pas
encore; ce qu'on lui demande n'est pas assez clair pour lui. Il faut
préciser davantage, et lui dire: «_Avez-vous fait vos lignes trop courtes
ou trop longues_?» C'est là le mot décisif; à part les élèves qui
réellement n'ont commis que des erreurs insignifiantes, la majorité des
autres répond sans hésiter: «J'ai fait les lignes trop longues.» Bien rares
sont ceux qui les trouvent trop courtes.
Cet aveu semble démontrer que le sujet a eu une demi-conscience de
l'illusion que la suggestion a produite; mais cette interprétation ne me
paraît pas absolument démontrée. Je crois que, quelque précaution qu'on y
mette, on suggestionne un peu l'enfant en lui demandant s'il a fait des
lignes trop courtes ou trop longues. Bien entendu, je me garde d'accentuer
un des qualificatifs, et je les prononce tous les deux avec le même ton de
voix; mais par là j'attire l'attention de l'enfant, très fortement, sur
une erreur relative à la longueur des lignes, je l'aide par conséquent
à prendre conscience de son erreur, et cette conscience qu'il en a
maintenant, rétrospectivement, grâce à ma demande, me paraît être beaucoup
plus nette que celle qu'il a pu avoir au moment même où il traçait les
lignes. Je ne puis rien affirmer, touchant des phénomènes aussi intimes
et aussi fuyants: je note seulement mon impression personnelle. Par
l'interrogation méthodique, je crois qu'on renforce un état de conscience
très faible, comme--qu'on me permette cette comparaison de photographe--en
développant une plaque impressionnée on complète l'action de la lumière sur
cette plaque.
Quand un enfant dit qu'il a fait les lignes trop longues, il peut vouloir
dire par là que l'excès de longueur est très petit ou bien très grand;
il faut s'entendre, le faire préciser; et pour éviter toute suggestion
verbale, je remets la plume entre les mains de l'enfant, et je le prie
de se corriger, en marquant par des cercles les endroits où les lignes
auraient dû être terminées. Les figures 8, 10 et 11 contiennent des
exemples de ces corrections. Il est vraiment singulier que l'enfant puisse
ainsi corriger son travail, et le corriger le plus souvent dans le bon
sens, alors qu'il n'a pas eu le loisir de revoir les lignes modèles. Il
n'obéit pourtant pas à une suggestion précise de ma part, puisque je lui ai
posé la question en termes ambigus, lui laissant la liberté de décider
si les lignes étaient trop longues ou trop courtes. Pourquoi donc est-il
capable de corriger et d'améliorer son travail, sans revoir le modèle?
Je crois que c'est parce qu'il a cessé d'être sous l'influence de la
suggestion; il n'est plus entraîné, poussé dans une certaine voie, il a
repris possession de lui-même, comme un sujet qu'on réveille du sommeil
hypnotique.
Quelle est donc la cause qui, dans nos expériences, _réveille_ l'enfant et
le fait échapper à la puissance de la suggestion? Certes, le mot réveil est
employé ici dans un sens tout à fait métaphorique; on n'a pas à réveiller
l'enfant puisqu'il n'a pas été endormi; mais quelque chose de semblable
au réveil hypnotique se produit en lui. Je pense que la raison de ce
changement d'état consiste dans l'interrogation qu'on lui adresse,
interrogation qui a pour effet de changer l'orientation de ses idées en
attirant son attention sur les erreurs qu'il a pu commettre; c'est là
faire appel à son sens critique, qui a eu le tort de ne pas s'exercer
suffisamment pendant l'expérience; c'est donc de son sens critique endormi
qu'on provoque le réveil.
Nous donnons ici la liste de ces rectifications. Quelques élèves sont
portés sur la liste comme ne s'étant pas corrigés du tout; il faut
s'entendre sur ce point; en réalité, quelques-uns de ces élèves n'ont point
reconnu avoir commis d'erreur, tandis qu'il y en a d'autres auxquels
la question d'erreur à corriger n'a pas été posée. Cet oubli, que nous
regrettons, mais qu'il n'est plus temps de réparer, tient au caractère
tâtonnant de ces recherches. Voici la liste et la description des
rectifications que les élèves ont faites.
LISTE DES RECTIFICATIONS FAITES PAR LES ÉLÈVES
DELANS, 0.
NIL, régularise un point quelconque.
ABRAS, 0.
MATH., allonge le 7e point de 4 millimètres, allonge un autre
point de 8 millimètres.
GESB., 0.
MARCH., raccourcit de 8 millimètres les lignes de 6 à 10,
tout en les laissant croître; raccourcit aussi de 12 millimètres
les points 16 et 17.
DESVA., raccourcit toutes les lignes à partir de la 7e, et les
raccourcit de manière à rendre leur ensemble plus uniforme et
plus régulier, mais les laisse croissantes (voir fig. 8).
SPEN., une seule correction insignifiante.
BORE., 0.
SAGA., corrections très petites, régularisant le tracé.
PET.H. 0.
DUSS., corrections insignifiantes, régularisant le tracé.
FÉLI., 0.
GEFFR. 0.
MAN., régularise un peu, et d'ordinaire diminue les lignes
de 4 millimètres ou de 8 millimètres, une fois de 20 millimètres.
BON., 0.
THEVE., diminue de 20 millimètres la 4e ligne et diminue de
40 millimètres la 6e ligne. Corrige énormément, d'environ 5 centimètres
toutes les lignes, et les régularise, mais les laisse un
peu croître.
DÉMI., 0.
MOR., corrige en moins, de 8 à 12 millimètres, 4 lignes.
PET.E, 0.
VASSE., 0.
BIEN., 0.
UHL., 0.
LENOR., diminue de 4 à 8 millimètres plusieurs lignes, même
la 3e et la 4e.
METZ., c'est la correction la plus forte de toutes. A partir de
la 6e ligne, il fait des corrections indiquant que dans sa pensée
les lignes n'ont plus augmenté ou presque plus (voir fig. 10).