Gelf. 12 1 36 60 166 10me C. Écarts petits.
Mang. 9 3 48 80 166 10me S. Automatisme jusqu'au
10e point. Grands
écarts.
Bonl. 10 2 51 88 172 21me C. Petits écarts.
Thev. 11 2 59 103 174 9me C. Très petits écarts.
Demi. 10 1 48 84 175 16me C. Petits écarts.
Mor. 12 2 41 75 182 9me C.S. Écarts moyens.
Pet.E. 13 1 43 79 183 14me S. Écarts moyens.
Vass. 14 1 28 52 185 13me S. Égalité.
Bien. 12 2 39 75 192 14me S. Écarts petits.
Uhl. 8 3 35 68 194 14me C. Écarts petits.
Lenor. 12 1 44 87 197 26me C. Écarts très petits,
égalité.
Metz. 10 1 40 83 207 » C. Écarts très petits et
très réguliers.
Ros. 13 1 52 116 223 8me C. Écarts moyens,
irréguliers.
Obre. 9 3 48 112 233 11me C.D. Grands écarts, très
réguliers.
Clou. 11 1 51 126 248 34me C. Très petits écarts,
très réguliers.
Mulle. 13 1 41 111 270 17me C. Écarts moyens,
régularité automatique.
Mous. 10 1 40 112 280 21me S. Automatisme avant la
première correction.
Mart. 10 2 30 92 306 20me S. Automatisme avant la
première correction.
Vand. 8 3 36 112 311 23me S. Automatisme avant la
première correction.
Bout. 12 1 43 140 325(?) » C. Automatisme.
Die. 7 4 46 157 341(?) » C. Automatisme.
Poir. 14 1 48 210 437(?) » C. Automatisme parfait.
Mas. 11 3 41 180 439 » C. Automatisme.
Hub. 7 4 28 130 464 » C. Automatisme.
Tix. 7 4 35 185 528 » C. Automatisme parfait.
And. 11 3 55 300 545 » C. Automatisme.
Gouj. 7 4 24 150 625 » C. Automatisme.
......................................................................
(Colonne 4: Longueur donnée à la ligne de 60mm (ou distance du point 5).)
(Colonne 5: Accroissement max. de cette ligne par sugg. (ou distance du point max.))
(Colonne 6: Coefficient de suggestibilité.)
(Colonne 7: Point auquel se fait la correction.)
(Colonne 8: Évolution de la suggestion après la première correction.)
Les sujets sur lesquels les expériences ont été faites sont au nombre de
42; ce sont les mêmes élèves que les précédents.
J'ai donné dans le tableau II la mesure exacte, à 1 millimètre près, de
toutes les lignes tracées par les sujets dans cette expérience; ce sont les
résultats bruts. Il m'a paru nécessaire de les publier, parce que ce sont
des points de repère qui permettront aux autres auteurs de comparer leurs
résultats aux miens.
_Reproduction des lignes 1 à 5_.--Je ne dirai qu'un mot de la reproduction
des lignes 1 à 5, qui constitue l'opération suggestive. Ces lignes, je le
rappelle, ont comme longueur successive 12 millimètres, 24 millimètres, 36
millimètres, 48 millimètres, 60 millimètres. Or, en jetant un coup d'oeil
sur le tableau II, on voit qu'il est bien rare que les sujets donnent à la
cinquième ligne sa valeur de 60 millimètres: une fois, un élève a fait la
ligne égale à 60 millimètres; une fois elle a été égale à 67; toutes les
autres fois, la ligne a été inférieure à 60. Voici du reste le tableau
complet:
Ligne au-dessous de 30mm...... 3 fois
-- de 30 à 35.............. 2 --
-- de 36 à 40.............. 9 --
-- de 41 à 45.............. 8 --
-- de 46 à 50.............. 7 --
-- de 51 à 55.............. 9 --
-- de 56 à 60.............. 3 --
-- de 67................... 1 --
Au contraire, la première ligne, la ligne de 12 millimètres, est le plus
souvent reproduite exactement.
Ligne au-dessous de 12mm..... 6 fois
-- de 12.................. 25 --
-- de 13 à 16.............. 9 --
-- de 17 à 20.............. 1 --
-- de 2l à 24.............. 1 --
Il résulte de cette double constatation que les élèves ont une tendance
à augmenter la ligne de 12 millimètres, et à diminuer la longueur de
60 millimètres; c'est d'autant plus curieux que ces sujets sont sous
l'influence de l'idée de l'accroissement des lignes, idée qui les
suggestionne, et qui les fait ensuite tomber dans de grandes erreurs, à
partir de la cinquième ligne; ainsi, bien qu'ils ressentent très fortement,
comme les résultats le montrent, la suggestion de l'accroissement des
lignes, ils diminuent, dans leur reproduction, la valeur réelle de cet
accroissement.
L'exactitude avec laquelle les sujets ont reproduit les cinq lignes n'est
pas sans relation avec leur suggestibilité; on peut remarquer d'une manière
générale que ceux qui ont fait par exemple la ligne 5 avec une différence
minima sont parmi les moins suggestibles. Voici un petit calcul qui servira
à nous en convaincre. Si on prend les élèves dans l'ordre indiqué par leur
coefficient de suggestibilité (coefficient dont nous expliquerons plus loin
le calcul), qu'on divise les élèves en 8 groupes, de 5 élèves chacun, et
qu'on calcule pour chaque groupe la longueur moyenne donnée à la ligne de
60 millimètres, on trouve:
Longueur moyenne donnée à la
5e ligne, de 60mm.
1er groupe d'élèves, le moins suggestible. 51,6
2e -- .................................... 50,4
3e -- .................................... 45
4e -- .................................... 48,8
5e -- .................................... 37,4
6e .................................... 47,4
7e .................................... 37,2
8e groupe, le plus suggestible............ 42,4
On voit par conséquent que les groupes les plus suggestibles ont fait en
moyenne la ligne la plus courte, la plus différente du modèle; en somme, ce
sont ceux qui ont fait preuve de la mémoire et de la perception les moins
exactes. On sera donc tenté de supposer que la justesse d'appréciation des
longueurs influe un peu sur la suggestibilité. Je ne le nie pas; mais
je ferai remarquer que la résistance à la suggestion doit dépendre très
probablement beaucoup plus de l'attention portée aux lignes que de la
justesse de l'appréciation.
Il est bien certain que lorsqu'un enfant extrêmement suggestible comme
And., arrive à faire à la fin de cette expérience une ligne de 30
centimètres pour en copier une de 6 centimètres, cette erreur formidable ne
vient pas de ce qu'il n'a pas l'oeil juste, mais bien de ce qu'il n'a pas
regardé la ligne modèle avec attention.
_Calcul du coefficient de suggestibilité_.--On a vu dans le chapitre
précédent comment nous avons calculé le coefficient de suggestibilité; ce
calcul ne présente en lui-même aucune difficulté, puisqu'il porte sur des
lignes mesurables à un millimètre près. Nous pourrions employer pour notre
nouvelle expérience le même procédé de calcul que précédemment, en faisant
les petits changements nécessités par les conditions un peu différentes
de l'expérience; mais nous avons préféré un procédé différent. La base de
notre calcul sera l'excédent de distance entre le point 5 et les points que
la suggestion a fait éloigner de la marge.
Mais il y a plusieurs façons de comprendre et de calculer cet excédant
de distance; comme les points qui ont subi l'effet de la suggestion sont
nombreux (il y en a plus de 30 dans une expérience complète) et que chacun
d'eux est à une distance différente de la marge, on peut tenir compte soit
de la distance du point le plus éloigné, _distance maxima_,--soit de la
_distance moyenne_ de tous les points,--soit de la distance du point le
plus rapproché, _distance minima_; on peut tenir compte de la _variation
moyenne_ de ces distances, la variation moyenne indiquera la régularité
avec laquelle le sujet a opéré; on peut encore prendre en considération
l'évolution de la suggestion; c'est un caractère très important, qui se
retrouve dans toutes les expériences de psychologie comportant une mesure;
mais on ne peut pas le calculer aussi facilement que la moyenne ou la
variation moyenne, et souvent on le néglige. Nous entendons par
évolution les changements que subit l'effet de la suggestion au cours de
l'expérience; la suggestion peut aller s'affaiblissant, ou augmentant,
ou rester stationnaire, ou enfin présenter des combinaisons de ces trois
effets principaux; chacun de ces effets pourrait se traduire par un
graphique, car il est exprimé très clairement par la position des points
marqués sur la feuille; quand les points se rapprochent de la marge, c'est
que la suggestion décroît, et quand ils s'en éloignent, c'est qu'elle reste
stationnaire, ou, suivant les cas, qu'elle croît.
Dans le tableau III, qui contient l'analyse des résultats fournis par cette
expérience, il y a une colonne ou se trouve indiquée simplement par une
initiale l'évolution de la suggestion pour chaque élève; C signifie que
la suggestion a présenté une croissance d'intensité; D indique qu'elle a
décru, et S qu'elle est restée stationnaire; ce tableau III contient en
outre la longueur donnée à la ligne 5. Ce sont des éléments essentiels pour
notre calcul de la suggestibilité.
Mais quelle que soit la manière dont on combine ces divers éléments, il
faut être bien persuadé qu'ils ne sauraient rendre la physionomie de
l'expérience, ni surtout son fond intime. C'est une conviction qui vient
naturellement lorsqu'on regarde le sujet travailler. Dès qu'il a marqué son
cinquième point, l'impulsion qu'il a reçue jusque là cesse brusquement, et
il est alors livré à lui-même. Que de choses peuvent se passer à partir de
ce moment! Que de réflexions, de remarques, d'émotions, ou bien encore quel
automatisme aveugle, quelle absence d'idées! Le sujet marque tout cela par
de petits points sur le papier, et cette notation qui paraît sans doute à
première vue si élémentaire et bien insuffisante pour exprimer des états de
conscience qui sont généralement très complexes, devient au contraire pour
celui qui sait la lire une description extrêmement curieuse et suggestive
de ce qui se passe dans l'esprit du sujet. On pourra en juger dans un
instant. Mais pour le moment, il est certain que l'on éprouve quelque
embarras à exprimer par un chiffre brutal toutes les oscillations d'une
pensée; le chiffre ne peut avoir qu'une précision trompeuse; comment en
effet pourrait-il résumer ce qui aurait besoin de plusieurs pages de
description! Nous croyons nécessaire d'insister fortement sur cette
question; la suggestibilité d'une personne ne peut pas s'exprimer
entièrement par un chiffre, alors même que ce chiffre correspondrait
exactement au degré de sa suggestibilité: il faut en outre compléter ce
chiffre par la description de tous les petits faits qui complètent la
physionomie de l'expérience.
Sous ces réserves expresses, nous allons indiquer quel procédé nous
employons pour calculer le coefficient de suggestibilité; nous calculons la
distance du point qui est à la distance maxima de la marge; ce point est
rarement le sixième, il est parfois le dernier, il occupe souvent un
rang quelconque; il représente le maximum de suggestion produit par
l'expérience, et nous pensons qu'on peut le retenir, pour les mêmes raisons
que lorsqu'on fait une série de mesures de la force musculaire avec un
dynamomètre, on retient le chiffre maximum de pression. Le numéro de
ce point varie beaucoup avec les sujets, ainsi que le montre la liste
suivante.
Aucun sujet n'a marqué son point maximum au point 6
1 sujet a marqué ................................ 7
1 ................................ 8
3 ................................ 9
8 ............................... 10 à 15
7 ............................... 16 à 20
6 ............................... 21 à 25
3 ............................... 26 à 30
4 ............................... 31 à 35
8 ............................... 36
La date du point maximum semble, à première vue, avoir une signification;
on peut croire qu'elle indique à quel moment le sujet a montré le plus
grand effet de la suggestion, d'où on pourrait conclure que tel sujet a
été plus lent qu'un autre à résister à la suggestion, etc.; mais ces
interprétations, si elles sont exactes pour certains élèves, sont inexactes
pour d'autres, car elles ne tiennent pas suffisamment compte de la
valeur du point maximum, et d'une foule d'autres circonstances, que nous
examinerons dans un instant.
Nous donnons (tableau III) la liste de nos élèves, avec leur coefficient de
suggestibilité; ce coefficient a été calculé en prenant le rapport entre la
distance du point maximum à la marge et la distance du point 5 à la marge,
cette dernière distance étant rendue égale à 100. Par conséquent, un sujet
dont le coefficient serait égal à 100 (aucun n'a été dans ce cas, mais à la
rigueur ce cas pourrait se présenter) un tel sujet a fait son point maximum
à la même distance exactement que le point 5; un sujet dont le coefficient
est de 200 a fait son point maximum à une distance double de celle du point
3, et ainsi de suite.
Dans cette liste, le coefficient le plus faible est de 109; comme 100
représente l'absence de suggestibilité (par rapport à l'expérience
sus-dite, car évidemment il ne s'agit point d'une absence absolue de
suggestibilité, tout le monde étant plus ou moins suggestible), 109 indique
une suggestibilité extrêmement faible, peut-être même douteuse; avec les
nombres qui suivent, 121 et 125, les doutes sont levés, la suggestibilité
devient certaine, tout en restant assez faible. A la fin de la liste, nous
atteignons de très gros coefficients; il y a 16 élèves dont le coefficient
est supérieur à 200, dont par conséquent la suggestion a pu doubler la
ligne et au delà; les derniers termes atteignent 400, 500 et même 600. Ce
sont des coefficients énormes, et cependant ils sont encore inférieurs à la
réalité; ils appartiennent à des élèves qui ne se sont jamais repris, qui
ont prolongé la ligne continuellement avec régularité, et qui n'ont cessé
de la prolonger que parce que l'expérience a pris fin; je regrette un peu
d'avoir terminé l'expérience pour eux au point 36; il aurait fallu la
pousser jusqu'au bout, jusqu'à ce que l'enfant se corrigeât. Ainsi le nommé
And., que nous avions déjà signalé, est arrivé à faire une ligne de 30
centimètres, en reproduisant une ligne de 6 centimètres; il eût été curieux
de savoir s'il aurait continué indéfiniment, s'il serait allé jusqu'au
demi-mètre ou jusqu'au mètre.[39]
[Note 39: J'ai dû m'arrêter à 36 parce que mes modèles de ligne étaient
de ce nombre; mais il y a un procédé qui permet de continuer _indéfiniment_
l'expérience, ce procédé consiste à dessiner les lignes sur un disque
recouvert d'un écran percé d'une fenêtre, par lequel on découvre chaque
ligne isolément.]
Pendant que le sujet marque des points, il peut de temps en temps faire une
réflexion à haute voix; le plus souvent, il change de physionomie, fronce
le sourcil à un certain moment, rougit, paraît embarrassé; ces jeux de
physionomie sont pour nous faciles à comprendre, par la raison que nous
avons déjà vu toute une série d'élèves passer par le même chemin, et se
comporter de la même manière devant les obstacles. Tout ceci doit être noté
avec soin. On notera également la lenteur et la rapidité des mouvements,
les artifices que certains emploient pour mieux se rappeler la longueur des
lignes, etc.
Enfin, quand l'expérience est terminée, il reste à interroger le sujet. Il
faut lui poser un certain nombre de questions précises. Cette partie de la
recherche est peut-être la plus instructive de toutes: c'est la première
fois que dans les écoles j'ai eu recours à l'introspection. Je croyais
jusqu'ici que lorsqu'on faisait des expériences sur des élèves d'école
primaire élémentaire, il était inutile de les interroger sur les
expériences, et de recueillir avec soin leurs impressions, comme on le fait
pour les adultes; je supposais que des enfants aussi jeunes, aussi faciles
à troubler et à suggestionner, aussi prompts au mensonge, ne pourraient que
donner des réponses suspectes, qui loin d'éclairer les questions pourraient
égarer l'expérimentateur. Sans doute, tout cela est vrai; mais sur la
conclusion à en tirer j'ai changé d'opinion; je me suis convaincu, par
la recherche que j'expose en ce moment, qu'il est possible de provoquer
l'introspection même chez des enfants de huit à dix ans, à la condition
bien entendu qu'on évite plusieurs causes d'erreurs, comme: 1e la timidité
de l'enfant, laquelle provoque souvent le mutisme; 2e la difficulté pour
l'enfant de comprendre des termes qui n'appartiennent pas à son langage
ordinaire; 3e sa suggestibilité, qui lui fait varier ses réponses suivant
la nature des questions qu'on lui pose; 4e ses mensonges; 5e ses erreurs
d'imagination et de jugement.
[Illustration: Fig05.png--Expérience de suggestibilité sur Delans., âgé de
treize ans et demi. 1re classe. Coefficient du suggestibilité: 109. Il est
douteux que cet élève ait subi une suggestion quelconque, car à partir du
point 5, il n'a point marqué l'ensemble des autres points plus éloignés de
la marge.]
_Description des résultats d'expérience_.--Je passe maintenant à l'examen
des résultats, obtenus en expérimentant sur 42 élèves d'école primaire
élémentaire.
Nous ferons notre description en commençant par les élèves qui ont montré
le moins de suggestibilité.
DELANS.--Coefficient: 109. Ce sujet a-t-il été suggestionné? On peut en
douter (fig. 5)[40]. À partir du point 5, il a marqué le point 6 à peu près
à la même distance, c'est-à-dire à 43 millimètres de la marge; le point 7 a
été marqué à 45 millimètres: c'est un écart bien petit; la suggestion a
été assez faible; puis, à partir du point 7, il est revenu vers la marge,
ensuite il s'en est éloigné, dessinant une ligne serpentine irrégulière
qui, dans sa direction générale, est à peu près parallèle à la marge;
probablement le sujet a compris que les lignes cessaient de s'accroître; en
tout cas, il s'est affranchi de la suggestion D'accroissement.
[Note 40: Cette figure, comme toutes celles de ce chapitre, est la
Reproduction exacte des feuilles d'expérience, sauf la modification
suivante: on n'a pas reproduit la feuille entière, qui avait 12 centimètres
de largeur, mais seulement la partie de cette feuille qui est occupée par
les points que le sujet a marqués.]
Alors, demandera-t-on, pourquoi n'a-t-il pas fait toutes les lignes égales,
et n'a-t-il pas aligné tous ses points sur une ligne parallèle à la marge?
C'est un fait qu'aucun sujet n'a tracé plus de cinq ou six points en ligne
droite. Pourquoi? Sans doute, parce qu'il est extrêmement difficile de
décider qu'une série de lignes, montrée successivement, est d'égale
longueur. On peut bien s'apercevoir qu'elles n'ont aucune tendance à
augmenter ou à diminuer, mais il serait téméraire de certifier leur
égalité. Ensuite, remarquons que le seul fait de montrer des lignes
différentes éveille la suggestion que ces lignes sont de longueur
différente. Quand une personne marque toutes les lignes égales, il est
possible que cette personne ait su, par un moyen détourné, que les lignes
étaient égales. En voici un exemple. Pendant qu'un des sujets, Monne, fait
la copie des lignes, je communique à _demi-voix_ au directeur, présent dans
le cabinet, la réflexion que si les sujets font d'ordinaire les lignes
différentes de longueur, c'est que comme ces lignes sont distinctes,
l'élève ne peut croire qu'elles sont égales. Tout ceci est dit à demi-voix,
et il fallait que l'élève fût bien attentif pour m'entendre; il m'a
entendu, c'est certain, sa feuille d'observation le prouve, car aussitôt
après, à partir du neuvième point, il a, sans ombre d'hésitation, aligné
tous ses points parallèlement à la marge.
[Illustration: Fig06.png--Expérience de suggestibilité sur Monn., âgé de
douze ans et demi, 1re classe. Influence d'une parole dite à voix basse. Au
moment où le sujet marquait le 8e point, il a surpris quelqu'un disant que
les lignes étaient égales.]
Delans...., celui qui a le coefficient de suggestibilité le plus faible,
s'était également montré très peu suggestible dans la première expérience.
C'est un des garçons les plus âgés de l'école, il a quatorze ans passés, il
est en 1re classe, il a une physionomie d'adulte; un peu en retard dans ses
études, il vient d'obtenir cette année seulement son certificat d'études.
On ne le range point parmi les élèves dociles; il a une tendance à
résister.
Les élèves suivants ont tous une suggestibilité plus grande.
MIEN. C'est un enfant assez jeune, faisant partie de la 3e classe. Son
coefficient de suggestibilité est de 121. Il s'est laissé entraîner par la
suggestion jusqu'au point 7, ce qui fait un entraînement de 12 millimètres;
puis il s'est corrigé, avec le point 8; et on peut se demander si à partir
de ce point 8 il a subi à quelque degré l'influence de la suggestion, ou au
contraire s'il est parvenu à y échapper. C'est un point d'interrogation
qui se pose: pour tous les sujets dont la suggestibilité est faible; la
question a donc une portée générale et elle vaut la peine d'être examinée
avec soin. Pour la résoudre, il faut faire un examen minutieux de chaque
point, et alors on arrive à constater un fait extrêmement curieux: c'est
que l'influence d'une suggestion faible se manifeste par des caractères
tellement nets qu'on ne peut pas en révoquer l'existence. Voici comment
nous faisons cette constatation; tout point que l'élève marque peut se
trouver, par sa position, plus éloigné de la marge que le point précédent,
ou plus rapproché de la marge: le premier genre d'écart se fait dans le
sens de la suggestion, puisque la suggestion a pour but de faire paraître
les lignes plus grandes qu'elles ne le sont en réalité; et tout écart de
la seconde espèce se fait dans le sens d'une lutte contre la suggestion.
Maintenant, j'ajoute bien vite qu'il n'est pas absolument prouvé qu'un
écart vers la droite est un _écart de suggestion_, et qu'un écart vers la
gauche est un _écart de correction_, car il existe aussi incontestablement
ce qu'on pourrait appeler des _écarts de hasard_. Le sujet indécis doit
de temps en temps marquer certains points, au hasard, sans y attacher
d'importance. On ne peut donc pas, lorsqu'on cherche à établir la
signification d'un point en particulier, affirmer avec certitude qu'il est
dû à une suggestion, ou à une correction, puisqu'il peut être dû simplement
au hasard. Par hasard, j'entends tout simplement des causes autres que la
suggestion et la résistance à la suggestion; j'entends ces petites causes,
presque imperceptibles, qui agissent sur nos mouvements, et qu'il serait
fort difficile de décrire en détail. Mais en revanche s'il est difficile
d'éliminer la part du hasard dans l'examen individuel de chaque point, on
peut faire cette élimination dans les moyennes. Groupons ensemble tous les
écarts de suggestion, groupons ensemble tous les écarts de correction,
cherchons si ces deux espèces d'écarts ont des caractères différents;
les écarts de hasard, se trouvant répartis indifféremment dans ces deux
groupes, se compenseront et s'annuleront.
[Illustration: Fig07.png--Expérience de suggestibilité sur Lac., 13 ans,
2e classe. Coefficient de suggestibilité: 136. L'élève n'a cédé à la
suggestion que jusqu'au point 7, il s'est ensuite repris.]
Or, il apparaît nettement que les écarts de correction et les écarts de
suggestion ont des caractères tout différents; les premiers sont moins
nombreux que les seconds, et de plus, ils sont plus grands; ce qui
signifie, traduit en termes moins abstraits, que la suggestion de
l'expérience a une action douce, continue, relativement à l'effort de
correction, qui est plus brusque et intermittent. C'est ce dont on peut se
convaincre en faisant la somme du nombre des écarts et la somme de leur
valeur. Ainsi, pour Mien, chez lequel le phénomène que nous venons de
décrire est à peine sensible, on trouve:
Valeur des écarts Nombre des écarts Nombres des écarts
en millimètres. de correction ayant de suggestion ayant
cette valeur. cette valeur.
12 1 0
9 1 0
8 1 1
7 1 1
6 0 1
4 1 4
3 1 1
2 1 0