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--Monsieur, lui dit-il, je vous demande pardon de la

liberté que je prends. J'ai deux cents louis dans ma poche

et je meurs d'envie de les perdre ou d'en avoir davantage.

Ne pourriez-vous pas m'indiquer quelque honnête endroit

[5]où se font ces sortes de choses?

A ce discours assez étrange, le jeune homme partit d'un

éclat de rire.

--Ma foi! monsieur, répondit-il, si vous cherchez un

mauvais lieu, vous n'avez qu'à me suivre, car j'y vais.

[10]Croisilles le suivit, et au bout de quelques pas ils

entrèrent tous deux dans une maison de la plus belle apparence,

où ils furent reçus le mieux du monde par un vieux gentilhomme

de fort bonne compagnie. Plusieurs jeunes gens

étaient déjà assis autour d'un tapis vert: Croisilles y prit

[15]modestement une place, et en moins d'une heure ses deux

cents louis furent perdus.

Il sortit aussi triste que peut l'être un amoureux qui se

croit aimé. Il ne lui restait pas de quoi dîner, mais ce

n'était pas ce qui l'inquiétait.

[20]--Comment ferai-je à présent, se demanda-t-il, pour

me procurer de l'argent? A qui m'adresser dans cette

ville? Qui voudra me prêter seulement cent louis sur

cette maison que je ne puis vendre?

Pendant qu'il était dans cet embarras, il rencontra son

[25]brocanteur juif. Il n'hésita pas à s'adresser à lui, et, en

sa qualité d'étourdi, il ne manqua pas de lui dire dans

quelle situation il se trouvait. Le juif n'avait pas grande

envie d'acheter la maison; il n'était venu la voir que par

curiosité, ou, pour mieux dire, par acquit de conscience,

[30]comme un chien entre en passant dans une cuisine dont

la porte est ouverte, pour voir s'il n'y a rien à voler; mais

il vit Croisilles si désespéré, si triste, si dénué de toute

Contes Français · 第 334 / 396 题