descendit à la cave, frappa sur les murailles, compta les
marches de l'escalier, fit tourner les portes sur leurs gonds
et les clefs dans les serrures, ouvrit et ferma les fenêtres;
puis enfin, après avoir tout bien examiné, sans dire un mot
[5]et sans faire la moindre proposition, il salua Croisilles et
se retira.
Croisilles, qui, durant une heure, l'avait suivi le coeur
palpitant, ne fut pas, comme on pense, peu désappointé
de cette retraite silencieuse. Il supposa que le juif avait
[10]voulu se donner le temps de réfléchir, et qu'il reviendrait
incessamment. Il l'attendit pendant huit jours, n'osant
sortir de peur de manquer sa visite, et regardant à la
fenêtre du matin au soir; mais ce fut en vain: le juif ne
reparut point. Jean, fidèle à son triste rôle de raisonneur,
[15]faisait, comme on dit, de la morale à son maitre, pour le
dissuader de vendre sa maison d'une manière si précipitée
et dans un but si extravagant. Mourant d'impatience,
d'ennui et d'amour, Croisilles prit un matin ses deux cents
louis et sortit, résolu à tenter la fortune avec cette somme,
[20]puisqu'il n'en pouvait avoir davantage.
Les tripots, dans ce temps-là, n'étaient pas publics, et
l'on n'avait pas encore inventé ce raffinement de civilisation
qui permet au premier venu de se ruiner à toute heure,
dès que l'envie lui en passe par la tête. A peine Croisilles
[25]fut-il dans la rue qu'il s'arrêta, ne sachant où aller risquer
son argent. Il regardait les maisons du voisinage, et les
toisait les unes après les autres, tâchant de leur trouver
une apparence suspecte et de deviner ce qu'il cherchait.
Un jeune homme de bonne mine, vêtu d'un habit magnifique,
[30]vint à passer. A en juger par les dehors, ce ne
pouvait être qu'un fils de famille. Croisilles l'aborda
Poliment.