Page 246

un autre homme qu'un paludier. L'horrible aspect de ces

marécages, dont la boue était symétriquement ratissée,

et cette terre grise dont a horreur la Flore bretonne,

s'harmonisaient avec le deuil de notre âme. Quand nous

[5]arrivâmes à l'endroit où l'on passe le bras de mer formé

par l'irruption des eaux dans ce fond, et qui sert sans

doute à alimenter les marais salants, nous aperçûmes avec

plaisir les maigres végétations qui garnissent les sables de

la plage. Dans la traversée, nous aperçûmes au milieu

[10]du lac l'île où demeurent les Cambremer; nous détournâmes

la tête.

En arrivant à notre hôtel, nous remarquâmes un billard

dans une salle basse, et quand nous apprîmes que c'était

le seul billard public qu'il y eût au Croisic, nous fîmes nos

[15]apprêts de départ pendant la nuit; le lendemain, nous

étions à Guérande. Pauline était encore triste, et moi je

ressentais déjà les approches de cette flamme qui me brûle

le cerveau. J'étais si cruellement tourmenté par les

visions que j'avais de ces trois existences, qu'elle me dit:

[20]--Louis, écris cela, tu donneras le change à la nature de

cette fièvre.

Je vous ai donc écrit cette aventure, mon cher oncle;

mais elle m'a déjà fait perdre le calme que je devais à mes

bains et à notre séjour ici.

Contes Français · 第 301 / 396 题