du prêtre qui ne lui a donné l'absolution qu'à cette
condition-là, à entendre les gens du port. Ma pauvre
mère a entendu Cambremer sans le vouloir, parce que
la cuisine du justicier était à côté de sa salle; elle a écouté!
[5]Elle est morte; le juge qu'a écouté est défunt aussi. Ma
mère nous a fait promettre, à mon père et à moi, de n'en
rin afférer aux gens du pays; mais je puis vous dire à vous
que le soir où ma mère nous a raconté ça, les cheveux me
grésillaient dans la tête.
[10]--Eh bien, dis-nous ça, mon garçon, nous n'en parlerons
à personne.
Le pêcheur nous regarda, et continua ainsi:--Pierre
Cambremer, que vous avez vu là, est l'aîné des Cambremer,
qui de père en fils sont marins; leur nom le dit, la mer a
[15]toujours plié sous eux. Celui que vous avez vu s'était
fait pêcheur à bateaux. Il avait donc des barques, allait
pêcher la sardine, il pêchait aussi le haut poisson, pour
les marchands. Il aurait armé un bâtiment et pêché la
morue, s'il n'avait pas tant aimé sa femme, qui était une
[20]belle femme, une Brouin de Guérande, une fille superbe,
et qui avait bon coeur. Elle aimait tant Cambremer,
qu'elle n'a jamais voulu que son homme la quittât plus
du temps nécessaire à la pêche aux sardines. Ils demeuraient
là-bas, tenez! dit le pêcheur en montant sur une
[25]éminence pour nous montrer un îlot dans la petite
méditerranée qui se trouve entre les dunes où nous marchions
et les marais salants de Guérande, voyez~vous cette
maison? Elle était à lui. Jacquette Brouin et Cambremer
n'ont eu qu'un enfant, un garçon qu'ils ont aimé... comme
[30]quoi dirai-je? dame! comme on aime un enfant unique;
ils en étaient fous. Leur petit Jacques aurait fait, sous
votre respect, dans la marmite qu'ils auraient trouvé que