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~-Le pauvre pays! dit-elle en me montrant le long

d'un champ environné d'un mur à pierres sèches, des

bouses de vache appliquées symétriquement. J'ai demandé

ce que c'était que cela. Une paysanne, occupée

[5]à les coller, m'a répondu qu'elle _faisait du bois_.

Imaginez-vous, mon ami, que, quand ces bouses sont séchées,

ces pauvres gens les récoltent, les entassent et s'en chauffent.

Pendant l'hiver, on les vend comme on vend des

mottes de tan. Enfin, que crois-tu que gagne la couturière

[10]la plus chèrement payée? Cinq sous par jour, dit-elle

après une pause; mais on la nourrit.

--Vois, lui dis-je, les vents de mer dessèchent ou renversent

tout, il n'y a point d'arbres; les débris des embarcations

hors de service se vendent aux riches, car le

[15]prix des transports les empêche sans doute de consommer

le bois de chauffage dont abonde la Bretagne Ce pays

n'est beau que pour les grandes ames; les gens sans coeur

n'y vivraient pas; il ne peut être habité que par des

poètes ou par des bernicles. N'a-t-il pas fallu que l'entrepôt

[20]du sel se plaçât sur ce rocher pour qu'il fût habité?

D'un côté, la mer; ici des sables; en haut, l'espace.

Nous avions déjà dépassé la ville, et nous étions dans

l'espèce de désert qui sépare le Croisic du bourg de Batz.

Figurez-vous, mon cher oncle, une lande de deux lieues

[25]remplie par le sable luisant qui se trouve au bord de la

mer. Çà et là quelques rochers y levaient leurs têtes, et

vous eussiez dit des animaux gigantesques couchés dans

les dunes. Le long de la mer apparaissaient quelques

récifs autour desquels se jouait l'eau, en leur donnant

[30]l'apparence de grandes roses blanches flottant sur l'étendue

liquide et venant se poser sur le rivage. En voyant

cette savane terminée par l'Océan sur la droite, bordée

Contes Français · 第 285 / 396 题