montrant la figure bistrée des gens qui restent pendant
des heures entières exposés à la réverbération du soleil
sur l'eau.
Ce visage annonçait une longue résignation, la patience
[5]du pêcheur et ses moeurs douces. Cet homme avait une
voix sans rudesse, des lèvres bonnes, nulle ambition, je ne
sais quoi de grêle, de chétif. Toute autre physionomie
nous aurait déplu.
--Où allez-vous vendre ça?
[10]--A la ville.
--Combien vous payera-t-on le homard?
--Quinze sous.
--L'araignée?
--Vingt sous.
[15]--Pourquoi tant de différence entre le homard et
l'araignée?
--Monsieur, l'araignée (il la nommait _iraigne_) est bien
plus délicate! puis, elle est maligne comme un smge, et se
laisse rarement prendre.
[20]--Voulez-vous nous donner le tout pour cent sous? dit
Pauline.
L'homme resta pétrifié.
--Vous ne l'aurez pas! dis-je en riant, j'en donne dix
francs. Il faut savoir payer les émotions ce qu'elles valent.
[25]--Eh bien, répondit-elle, je l'aurai! j'en donne dix
francs deux sous.
--Dix sous.
--Douze francs.
--Quinze francs.
[30]-Quinze francs cinquante centimes, dit-elle.
--Cent francs.
--Cent cinquante.