il lui en coûtait de renoncer à son rêve favori; de l'autre,
il se disait qu'il serait bien fou de s'attacher à une femme
qui s'était jouée de lui et l'avait quitté avec des paroles
railleuses, lorsqu'il avait dans sa maison, en jeunesse et
[5]en beauté, au moins l'équivalent de ce qu'il perdait.
Leila, comme attendant son arrêt, se tenait agenouillée,
et deux larmes coulaient silencieusement sur la figure pâle
de la pauvre enfant.
«Ah! pourquoi le sabre de Mesrour n'a-t-il pas achevé
[10]ce qu'il avait commencé!» dit-elle en portant la main à
son cou frêle et blanc.
Touché de cet accent de douleur, Mahmoud-Ben-Ahmed
releva la jeune esclave et déposa un baiser sur son
front.
[15]Leila redressa la tête comme une colombe caressée, et,
se posant devant Mahmoud-Ben-Ahmed, lui prit les
mains, et lui dit:
«Regardez-moi bien attentivement; ne trouvez-vous
pas que je ressemble fort à quelqu'un de votre
[20]connaissance?»
Mahmoud-Ben-Ahmed ne put retenir un cri de surprise:
«C'est la même figure, les mêmes yeux, tous les traits
en un mot de la princesse Ayesha. Comment se fait-il
que je n'aie pas remarqué cette ressemblance plus
[25]tôt?
--Vous n'aviez jusqu'à présent laissé tomber sur votre
pauvre esclave qu'un regard fort distrait, répondit Leila
d'un ton de douce raillerie.
--La princesse Ayesha elle-même n'enverrait maintenant
[30]son noir à la robe de damas jaune, avec le sélam
d'amour, que je refuserais de le suivre.
--Bien vrai? dit Leila d'une voix plus mélodieuse que