les fleurs du Gulistan, les étoiles et toutes les constellations
célestes se disputaient pour entrer.
Le lendemain, Mahmoud-Ben-Ahmed, dès que le jour
parut, fit cette réflexion qu'il n'avait pas de sachet de
[5]benjoin, qu'il manquait de civette, et que la bourse de
soie brochée d'or et constellée de paillettes, où il serrait
son latakié, était éraillée et demandait à être remplacée
par une autre plus riche et de meilleur goût. Ayant à
peine pris le temps de faire ses ablutions et de réciter sa
[10]prière en se tournant du côté de l'orient, il sortit de sa
maison après avoir recopié sa poésie et l'avoir mise dans
sa manche comme la première fois, non pas dans l'intention
de la montrer à son ami Abdul, mais pour la remettre
à la princesse Ayesha en personne, dans le cas où il la
[15]rencontrerait au bazar, dans la boutique de Bedredin.
Le muezzin, perché sur le balcon du minaret, annonçait
seulement la cinquième heure; il n'y avait dans les rues
que les fellahs, poussant devant eux leurs ânes chargés de
pastèques, de régimes de dattes, de poules liées par les
[20]pattes, et de moitiés de moutons qu'ils portaient au marché.
Il fut dans le quartier où était situé le palais d'Ayesha,
mais il ne vit rien que des murailles crénelées et blanchies
à la chaux. Rien ne paraissait aux trois ou quatre petites
fenêtres obstruées de treillis de bois à mailles étroites, qui
[25]permettaient aux gens de la maison de voir ce qui se
passait dans la rue, mais ne laissaient aucun espoir aux
regards indiscrets et aux curieux du dehors. Les palais
orientaux, à l'envers des palais du Franquistan, réservent
leurs magnificences pour l'intérieur et tournent, pour ainsi
[30]dire, le dos au passant. Mahmoud-Ben-Ahmed ne retira
donc pas grand fruit de ses investigations. Il vit entrer
et sortir deux ou trois esclaves noirs, richement habillés,