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Pierron, l'ancien ajusteur devenu marchand de verdure,

d'autres orphelins que le petit Zidore. Bien plus, il se

demande, avec une inquiétude profonde, si l'argent ne

doit vraiment servir qu'à engendrer l'argent, et si l'on n'a

[5]pas mieux à faire, entre ses repas, que de vendre en hausse

des valeurs achetées en baisse et d'obtenir des places pour

ses électeurs.

Telle est sa rêverie devant le groupe des deux enfants

qui dorment. Enfin il se détourne, regarde en face le

[10]marchand des quatre saisons; il est charmé par l'expression

loyale de ce visage de guerrier gaulois, aux yeux

clairs, aux moustaches ardentes.

«Mon ami, dit M. Godefroy, vous venez de me rendre,

vous et votre fils adoptif, un de ces services! ...Bientôt,

[15]vous aurez la preuve que je ne suis pas un ingrat. Mais,

dès aujourd'hui... Je vois bien que vous n'êtes pas à

l'aise et je veux vous laisser un premier souvenir.»

Mais de son unique main le manchot arrête le bras de

M. Godefroy, qui plonge déjà sous le revers de la

[20]redingote, du côté des bank-notes.

«Non, monsieur, non! N'importe qui aurait agi comme

nous... Je n'accepterai rien, soit dit sans vous offenser

...On ne roule pas sur l'or, c'est vrai, mais, excusez la

fierté, on a été soldat,--j'ai ma médaille du Tonkin, là,

[25]dans le tiroir,--et on ne veut manger que le pain qu'on

gagne.

--Soit, reprend le financier. Mais, voyons, un brave

homme comme vous, un ancien militaire... Vous me

paraissez capable de mieux faire que de pousser une charrette

[30]à bras... On s'occupera de vous, soyez tranquille.»

Mais l'estropié se contente de répondre froidement, avec

un sourire triste qui révèle bien des déceptions, tout un

Contes Français · 第 242 / 396 题