bras... Mais voilà. Il y a deux ans, une voisine, une
pauvre fille plantée là par un coquin avec un enfant sur
les bras, est morte à la peine. Elle travaillait dans les
couronnes de perles, pour les cimetières. On n'y gagne
[5]pas sa vie, à ce métier-là. Elle a élevé son petit jusqu'à
l'âge de cinq ans, et puis, ç'a été pour elle, à son tour,
que les voisines ont acheté des couronnes. Alors je me
suis chargé du gosse. Oh! je n'ai pas eu grand mérite, et
j'ai été bien vite récompensé. A sept ans, c'est déjà un
[10]petit homme, et il se rend utile. Le dimanche et le jeudi,
et aussi les autres jours, après l'école, il est avec moi,
tient les balances, m'aide à pousser ma charrette, ce qui
ne m'est pas trop commode, avec mon aileron... Dire
qu'autrefois j'étais un bon ajusteur, à dix francs par
[15]jour!... Allez! Zidore est joliment débrouillard. C'est
lui qui a ramassé le petit bourgeois.
--Comment? s'écrie M. Godefroy. C'est cet enfant?...
--Un petit homme, que je vous dis. Il sortait de la
classe, quand il a rencontré l'autre qui allait tout droit.
[20]devant lui, sur le trottoir, en pleurant comme une fontaine.
Il lui a parlé comme à un copain, l'a consolé, rassuré
du mieux qu'il a pu. Seulement, on ne comprend
pas bien ce qu'il raconte, votre bonhomme. Des mots
d'anglais, des mots d'allemand; mais pas moyen de lui
[25]tirer son nom et son adresse... Zidore me l'a amené;
je n'étais pas loin de là, à vendre mes salades. Alors les
commères nous ont entourés, en coassant comme des grenouilles:
«Faut le mener chez le commissaire.» Mais
Zidore a protesté. «Ça fera peur au môme,» qu'il disait.
[30]Car il est comme tous les Parisiens: il n'aime pas les
sergots. Et puis votre gamin ne voulait plus le quitter.
Ma foi, tant pis! j'ai raté ma vente, et je suis rentré ici