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M. Godefroy, les jambes cassées par l'émotion, tombe

dans un fauteuil, fond en larmes, et raconte son malheur,

en phrases bredouillées, coupées de sanglots.

Le préfet--il est père de famille, lui aussi,--a le coeur

[5]tout remué; mais, par profession, il dissimule son accès de

sensibilité, se donne de l'importance.

«Et vous dites, monsieur le député, que l'enfant a dû

se perdre vers quatre heures?

--Oui, monsieur le préfet.

[10]--A la nuit tombante... Diable!... Et il n'est pas

avancé pour son âge; il parle mal, ignore son adresse, ne

sait pas prononcer son nom de famille?

--Oui!... Hélas! Oui!...

--Du côté de la porte d'Asnières?... Quartier suspect

[15]...Mais remettez-vous... Nous avons par là un commissaire

de police très intelligent... Je vais téléphoner.»

L'infortuné père reste seul pendant cinq minutes. Quelle

atroce migraine! quels battements de coeur fous! Puis

brusquement, le préfet reparaît, le sourire aux lèvres, un

[20]contentement dans le regard: «Retrouvé!»

Oh! le cri de joie furieuse de M. Godefroy! Comme il

se jette sur les mains du préfet, les serre à les broyer!

«Et il faut convenir, monsieur le député, que nous

avons de la chance... Un petit blond, n'est-ce pas? un

[25]peu pâle?... Costume de velours bleu?... Chapeau de

feutre à plume blanche?...

--Oui, parfaitement... C'est lui! c'est mon petit

Raoul!

--Eh bien, il est chez un pauvre diable qui loge de ce

[30]côté-là; et qui est venu tout à l'heure faire sa déclaration

au commissariat... Voici l'adresse par écrit: Pierron, rue

des Cailloux, à Levallois-Perret. Avec une bonne voiture,

Contes Français · 第 235 / 396 题