d'occupations, ne pouvait lui consacrer que quinze minutes
par jour,--comme aujourd'hui, au moment du
roquefort,--et l'abandonnait aux domestiques.
«Bonjour, Raoul.
[5]--Bonzou, p'pa,»
Et M. le directeur du Comptoir général de crédit, ayant
jeté sa serviette, installa sur sa cuisse gauche le jeune
Raoul, prit dans sa grosse patte la petite main de l'enfant
et la baisa plusieurs fois, oubliant, ma parole d'honneur!
[10]la hausse de vingt-cinq centimes sur le trois pour cent, les
tables couleur de pâturage et les encriers volumineux devant
lesquels il devait traiter tout à l'heure de si grosses
questions d'intérêt, et même son vote de l'après-midi pour
ou contre le ministère, selon qu'il obtiendrait ou non, en
[15]faveur de son bourg-pourri, une place de sous-préfet,
deux de percepteur, trois de garde champêtre, quatre
bureaux de tabac, plus une pension pour le cousin issu de
germain d'une victime du Deux Décembre.
«P'pa, et le p'tit Noël... y mettra-ti' tet' chose dans
[20]mon soulier?» demanda tout à coup Raoul, dans son
_sabir_ enfantin.
Le père, après un: «Oui, si tu as été sage,» fort surprenant
chez ce député libre penseur, qui, à la Chambre,
appuyait d'un énergique: «Très bien!» toutes les propositions
[25]anticléricales, prit note, dans le meilleur coin de
sa mémoire, qu'il aurait à acheter des joujoux. Puis,
s'adressant à la gouvernante:
«Vous êtes toujours contente de Raoul, mademoiselle
Bertha?»
[30]L'Allemande, qui se faisait passer pour Autrichienne,
cela va sans dire, mais qui était, en réalité, la fille d'un
pasteur poméranien affligé de quatorze enfants, devint rouge