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inouïe, surnaturelle. On eût dit que la petite bille d'ivoire,

sautillant dans les cases de la roulette, était magnétisée,

fascinée par le regard de ce joueur, et lui obéissait. Il

avait rattrapé, en une dizaine de coups, les quelques

[5]misérables billets de mille francs, sa dernière ressource,

qu'il avait perdus au commencement de la soirée. A présent,

pontant des deux ou trois cents louis à la fois, et

servi par sa veine fantastique, il allait bientôt regagner,

et au delà, le capital héréditaire qu'il avait gaspillé en si

[10]peu d'années, reconstituer sa fortune. Dans son empressement

à se mettre au jeu, il n'avait pas quitté sa lourde

pelisse; déjà il en avait gonflé les grandes poches de liasses

de bank-notes et de rouleaux de pièces d'or; et, ne sachant

plus où entasser son gain, il bourrait maintenant de monnaie

[15]et de papier les poches intérieures et extérieures de

sa redingote, les goussets de son gilet et de son pantalon,

son porte-cigares, son mouchoir, tout ce qui pouvait servir

de récipient. Et il jouait toujours, et il gagnait toujours,

comme un furieux! comme un homme ivre! et il jetait ses

[20]poignées de louis sur le tableau, au hasard, à la vanvole,

avec un geste de certitude et de dédain!

Seulement, il avait comme un fer rouge dans le coeur,

et il ne pensait qu'à la petite mendiante endormie dans la

neige, à l'enfant qu'il avait volée.

[25]«Elle est encore à la même place! Certainement, elle

doit y être encore!... Tout à l'heure... oui, quand une

heure sonnera... je me le jure!... je sortirai d'ici, j'irai

la prendre, tout endormie, dans mes bras, je l'emporterai

chez moi, je la coucherai sur mon lit... Et je l'élèverai,

[30]je la doterai, je l'aimerai comme ma fille, et j'aurai soin

d'elle toujours, toujours!»

Contes Français · 第 218 / 396 题