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comme dans une hallucination, une voix--la voix du

Polonais avec son accent traînant et gras--qui murmurait

tout bas ces mots:

«Voilà deux jours que je n'ai pas bougé du cercle, et

[5]depuis deux jours le «dix-sept» n'est pas sorti... Je

donnerais mon poing à couper que tout à l'heure, au coup

de minuit, le numéro sortira.»

Alors ce jeune homme de vingt-trois ans, qui descendait

d'une race d'honnêtes gens, qui portait un superbe nom

[10]militaire, et qui n'avait jamais failli à l'honneur, conçut

une épouvantable pensée; il fut pris d'un désir fou,

hystérique, monstrueux. D'un regard il s'assura qu'il

était bien seul dans la rue déserte, et, pliant le genou,

avançant avec précaution sa main frémissante, il vola le

[15]louis d'or dans la savate tombée! Puis, courant de toutes

ses forces, il revint à la maison de jeu, grimpa l'escalier en

quelques enjambées, poussa d'un coup de poing la porte

rembourrée de la salle maudite, y pénétra au moment

précis où la pendule sonnait le premier coup de minuit,

[20]posa la pièce d'or sur le tapis vert et cria:

«En plein sur le «dix-sept!»

Le «dix-sept» gagna.

D'un revers de main, Lucien poussa les trente-six louis

sur la rouge.

[25]La rouge gagna.

Il laissa les soixante-douze louis sur la même couleur.

La rouge sortit de nouveau.

Il fit encore le paroli deux fois, trois fois, toujours avec

le même bonheur. Il avait maintenant devant lui un tas

[30]d'or et de billets, et il se mit à poudrer le tapis,

frénétiquement. La «douzaine,» la «colonne,» le «numéro,» toutes

les combinaisons lui réussissaient. C'était une chance

Contes Français · 第 217 / 396 题