Et je lui racontai simplement ce qui s'était passé la
veille, depuis l'arrestation de mes camarades jusqu'à la
nuit close, au moment de ma fuite.
«Cela suffit,» dit-il.
[5]Et se tournant vers le chef de la police:
«Je dois vous avouer, Madoc, que les dépositions de ces
ménétriers ne m'ont jamais paru concluantes; elles étaient
loin de me confirmer dans l'idée de leur participation aux
crimes... D'ailleurs, leurs papiers étaient, pour plusieurs,
[10]un alibi très difficile à démentir. Toutefois, jeune
homme, malgré la vraisemblance des indices que vous nous
donnez, vous resterez en notre pouvoir jusqu'à la vérification
du fait... Madoc, ne le perdez pas de vue, et
prenez vos mesures en conséquence.»
[15]Le bailli descendit alors tout méditatif, et, repliant ses
papiers, sans ajouter un mot à l'interrogatoire:
«Qu'on reconduise les accusés à la prison,» dit-il en
lançant à la grosse cabaretière un regard de mépris.
Il sortit suivi de son secrétaire.
[20]Madoc resta seul avec deux agents.
«Madame, dit-il à l'aubergiste, vous garderez le plus
grand silence sur ce qui vient de se passer. De plus, vous
rendrez à ce brave jeune homme la chambre qu'il occupait
avant-hier.»
[25]Le regard et l'accent de Madoc n'admettaient pas de
réplique: dame Grédel promit de faire ce que l'on voudrait,
pourvu qu'on la débarrassât des brigands.
«Ne vous inquiétez pas des brigands, répliqua Madoc;
nous resterons ici tout le jour et toute la nuit pour vous
[30]garder... Vaquez tranquillement à vos affaires, et
commencez par nous servir à déjeuner... Jeune homme, vous
me ferez l'honneur de déjeuner avec nous?»