II

Le lendemain, je m'éveillai vers huit heures. Le temps

[5]était humide et terne. En écartant le rideau de mon lit,

je remarquai que la neige s'était amoncelée au bord des

fenêtres: les vitres en étaient toutes blanches. Je me pris

à rêver tristement au sort de mes camarades; ils avaient

dû bien souffrir du froid... la grande Berthe et le vieux

[10]Brêmer surtout! Cette idée me serra le coeur.

Comme je rêvais ainsi, un tumulte étrange s'éleva dehors.

Il se rapprochait de l'auberge, et ce n'est pas sans inquiétude

que je m'élançai vers une fenêtre, pour juger de ce

nouveau péril.

[15]On venait confronter la fameuse bande avec dame Grédel

Dick, qui ne pouvait sortir après les terribles émotions

de la veille. Mes pauvres compagnons descendaient la

rue bourbeuse entre deux files d'agents de police, et

suivis d'une avalanche de gamins, hurlant et sifflant

[20]comme de vrais sauvages. Il me semble encore voir cette

scène affreuse: le pauvre Brêmer, enchaîné avec son fils

Ludwig, puis Karl et Wilfrid, et enfin la grande Berthe,

qui marchait seule derrière et criait d'une voix

lamentable:

[25]«Au nom du ciel, messieurs, au nom du ciel... ayez

pitié d'une pauvre harpiste innocente!... Moi... tuer!

...moi... voler. Oh! Dieu! est-ce possible.»

Elle se tordait les mains. Les autres étaient mornes, la

tête penchée, les cheveux pendant sur la face.

Contes Français · 第 202 / 396 题