«Chut!» fit-il en me serrant la main.
Il avait entendu comme moi. La flamme jetait alors
ses dernières lueurs, qui se débattaient contre la muraille
décrépite. J'allais me lever, quand, d'un seul coup, la
[5]petite fenêtre, fermée par un fragment de brique, fut
poussée et s'ouvrit: une tête pâle, les cheveux roux, les
yeux phosphorescents, les joues frémissantes, parut...,
regardant à l'intérieur. Notre saisissement fut tel que
nous n'eûmes pas la force de jeter un cri. L'homme passa
[10]une jambe, puis l'autre, par la lucarne et descendit dans
notre grenier avec tant de prudence, que pas un atome ne
bruit sous ses pas.
Cet homme, large et rond des épaules, court, trapu, la
face crispée comme celle d'un tigre à l'affût, n'était autre
[15]que le personnage bonasse qui nous avait donné des conseils
sur la route de Heidelberg. Que sa physionomie nous
parut changée alors! Malgré le froid excessif, il était en
manches de chemise; il ne portait qu'une simple culotte
serrée autour des reins, des bas de laine et des souliers à
[20]boucles d'argent. Un long couteau taché de sang brillait
dans sa main.
Wilfrid et moi nous nous crûmes perdus... Mais lui
ne parut pas nous voir dans l'ombre oblique de la mansarde,
quoique la flamme se fût ranimée au courant d'air glacial
[25]de la lucarne. Il s'accroupit sur un escabeau et se prit à
grelotter d'une façon bizarre... subitement ses yeux, d'un
vert jaunâtre, s'arrêtèrent sur moi..., ses narines se
dilatèrent..., il me regarda plus d'une longue minute...
Je n'avais plus une goutte de sang dans les veines! Puis,
[30]se tournant vers le poêle, il toussa d'une voix rauque,
pareille à celle d'un chat, sans qu'un seul muscle de sa face
tressaillit. Il tira du gousset de sa culotte une grosse