trébuchais; j'étais tout en eau, chaque poil de mon corps avait
sa goutte de sueur, et je haletais de soif... Mais, ma foi,
grâce aux sandales que le bon saint Pierre m'avait prêtées,
je ne me brûlai pas les pieds.
[5]«Quand j'eus fait assez de faux pas clopin-clopant, je
vis à ma main gauche une porte... non, un portail, un
énorme portail, tout bâillant, comme la porte d'un grand
four. Oh! mes enfants, quel spectacle! Là on ne demande
pas mon nom; là, point de registre. Par fournées et à
[10]pleine porte, on entra là, mes frères, comme le dimanche
vous entrez au cabaret.
«Je suais à grosses gouttes, et pourtant j'étais transi,
j'avais le frisson. Mes cheveux se dressaient. Je sentais
le brûlé, la chair rôtie, quelque chose comme l'odeur qui
[15]se répand dans notre Cucugnan quand Éloy, le maréchal,
brûle pour la ferrer la botte d'un vieil âne. Je perdais
haleine dans cet air puant et embrasé; j'entendais une
clameur horrible, des gémissements, des hurlements et des
jurements.
[20]«--Eh bien! entres-tu ou n'entres~tu pas, toi?
me fait, en me piquant de sa fourche, un démon
cornu.
«--Moi? Je n'entre pas. Je suis un ami de Dieu.
«--Tu es un ami de Dieu... Eh! b... de teigneux!
[25]que viens-tu faire ici?...
«--Je viens... Ah! ne m'en parlez pas, que je ne puis
plus me tenir sur mes jambes... Je viens... je viens de
loin... humblement vous demander... si... si, par
coup de hasard... vous n'auriez pas ici... quelqu'un
[30]...quelqu'un de Cucugnan...
«--Ah! feu de Dieu! tu fais la bête, toi, comme si tu
ne savais pas que tout Cucugnan est ici. Tiens, laid