mouillant son doigt de salive pour que le feuillet glisse
mieux...
«--Cucugnan, dit-il poussant un long soupir... Monsieur
Martin, nous n'avons en purgatoire personne de
[5]Cucugnan.
«--Jésus! Marie! Joseph! personne de Cucugnan en
purgatoire! O grand Dieu! où sont-ils donc?
«--Eh! saint homme, ils sont en paradis. Où diantre
voulez-vous qu'ils soient?
[10]«--Mais j'en viens, du paradis...
«--Vous en venez!!... Eh bien?
«--Eh bien! ils n'y sont pas!... Ah! bonne mère des
anges!...
«--Que voulez-vous, monsieur le curé? s'ils ne sont ni
[15]en paradis ni en purgatoire, il n'y a pas de milieu, ils
sont....
«--Sainte croix! Jésus, fils de David! Aï! aï! aï! est-il
possible?... Serait-ce un mensonge du grand saint Pierre?
...Pourtant je n'ai pas entendu chanter le coq!... Aï
[20]pauvres nous! comment irai-je en paradis si mes
Cucugnanais n'y sont pas?
«--Écoutez, mon pauvre monsieur Martin, puisque
vous voulez, coûte que coûte, être sûr de tout ceci, et voir
de vos yeux de quoi il retourne, prenez ce sentier, filez
[25]en courant, si vous savez courir... Vous trouverez, à
gauche, un grand portail. Là, vous vous renseignerez sur
tout. Dieu vous le donne!
«Et l'ange ferma la porte.
«C'était un long sentier tout pavé de braise rouge. Je
[30]chancelais comme si j'avais bu; à chaque pas, je