A Guillemet

Devant la porte de la ferme, les hommes endimanchés

attendaient. Le soleil de mai versait sa claire lumière sur

les pommiers épanouis, ronds comme d'immenses bouquets

blancs, roses et parfumés, et qui mettaient sur la cour

[5]entière un toit de fleurs. Ils semaient sans cesse autour

d'eux une neige de pétales menus, qui voltigeaient et

tournoyaient en tombant dans l'herbe haute, où les pissenlits

brillaient comme des flammes, où les coquelicots

semblaient des gouttes de sang.

[10]Une truie somnolait sur le bord du fumier, le ventre

énorme, les mamelles gonflées, tandis qu'une troupe de

petits porcs tournait autour, avec leur queue roulée comme

une corde.

Tout à coup, là-bas, derrière les arbres des fermes,

[15]la cloche de l'église tinta. Sa voix de fer jetait dans le

ciel joyeux son appel faible et lointain. Des hirondelles

filaient comme des flèches à travers l'espace bleu qu'enfermaient

les grands hêtres immobiles. Une odeur d'étable

passait parfois, mêlée au souffle doux et sucré des

[20]pommiers.

Un des hommes debout devant la porte se tourna vera

la maison et cria:

--Allons, allons, Mélina, v'là que ça sonne!

Il avait peut-être trente ans. C'était un grand paysan,

[25]que les longs travaux des champs n'avaient point encore

courbé ni déformé. Un vieux, son père, noueux comme un

Contes Français · 第 114 / 396 题