homme se lançant, passait d'une troupe dans l'autre
comme font les enfants en jouant aux barres, et il lançait
derrière lui des éclaboussures de neige tant il agitait vivement
les pieds. On avait allumé, pour se chauffer, de
[5]grands feux de bois mort, et ce profil courant du garde
national apparaissait illuminé dans un rapide voyage du
camp de droite au camp de gauche.
Quelqu'un cria:
--A toi, Maloison.
[10]Maloison était un gros boulanger dont le ventre donnait
à rire aux camarades.
Il hésitait. On le blagua. Alors, prenant son parti il
se mit en route, d'un petit pas gymnastique régulier et
essoufflé, qui secouait sa forte bedaine.
[15]Tout le détachement riait aux larmes. On criait pour
l'encourager:
--Bravo, bravo, Maloison!
Il arrivait environ aux deux tiers de son trajet quand
une flamme longue, rapide et rouge, jaillit du soupirail.
[20]Une détonation retentit, et le vaste boulanger s'abattit
sur le nez avec un cri épouvantable.
Personne ne s'élança pour le secourir. Alors on le vit se
trainer à quatre pattes dans la neige en gémissant, et,
quand il fut sorti du terrible passage, il s'évanouit.
[25]Il avait une balle dans le gras de la cuisse, tout en haut.
Après la première surprise et la première épouvante, un
nouveau rire s'éleva.
Mais le commandant Lavigne apparut sur le seuil de
la maison forestière. Il venait d'arrêter son plan d'attaque.
[30]Il commanda d'une voix vibrante:
--Le zingueur Planchut et ses ouvriers.