Page 80

Enfin le gros de la troupe se montra, en tout deux cents

hommes, portant chacun deux cents cartouches.

M. Lavigne, agité, frémissant, les disposa de façon à cerner

de partout la maison en laissant un large espace libre

[5]devant le petit trou noir, au ras du sol, par où la cave

prenait de l'air.

Puis il entra dans l'habitation et s'informa de la force

et de l'attitude de l'ennemi, devenu tellement muet qu'on

aurait pu le croire disparu, évanoui, envolé par le soupirail.

[10]M. Lavigne frappa du pied la trappe et appela:

--Monsieur l'officier prussien?

L'Allemand ne répondit pas.

Le commandant reprit:

--Monsieur l'officier prussien?

[15]Ce fut en vain. Pendant vingt minutes il somma cet

officier silencieux de se rendre avec armes et bagages, en

lui promettant la vie sauve et les honneurs militaires pour

lui et ses soldats. Mais il n'obtint aucun signe de consentement

ou d'hostilité. La situation devenait difficile.

[20]Les soldats-citoyens battaient la semelle dans la neige,

se frappaient les épaules à grands coups de bras, comme

font les cochers pour s'échauffer, et ils regardaient le

soupirail avec une envie grandissante et puérile de passer

devant.

[25]Un d'eux, enfin, se hasarda, un nommé Potdevin qui

était très souple. Il prit son élan et passa en courant

comme un cerf. La tentative réussit. Les prisonniers

semblaient morts.

Contes Français · 第 107 / 396 题