Enfin le gros de la troupe se montra, en tout deux cents
hommes, portant chacun deux cents cartouches.
M. Lavigne, agité, frémissant, les disposa de façon à cerner
de partout la maison en laissant un large espace libre
[5]devant le petit trou noir, au ras du sol, par où la cave
prenait de l'air.
Puis il entra dans l'habitation et s'informa de la force
et de l'attitude de l'ennemi, devenu tellement muet qu'on
aurait pu le croire disparu, évanoui, envolé par le soupirail.
[10]M. Lavigne frappa du pied la trappe et appela:
--Monsieur l'officier prussien?
L'Allemand ne répondit pas.
Le commandant reprit:
--Monsieur l'officier prussien?
[15]Ce fut en vain. Pendant vingt minutes il somma cet
officier silencieux de se rendre avec armes et bagages, en
lui promettant la vie sauve et les honneurs militaires pour
lui et ses soldats. Mais il n'obtint aucun signe de consentement
ou d'hostilité. La situation devenait difficile.
[20]Les soldats-citoyens battaient la semelle dans la neige,
se frappaient les épaules à grands coups de bras, comme
font les cochers pour s'échauffer, et ils regardaient le
soupirail avec une envie grandissante et puérile de passer
devant.
[25]Un d'eux, enfin, se hasarda, un nommé Potdevin qui
était très souple. Il prit son élan et passa en courant
comme un cerf. La tentative réussit. Les prisonniers
semblaient morts.