Le père était parti depuis une heure et demie. Il avait
atteint la ville maintenant. Elle croyait le voir. Il racontait
la chose à M. Lavigne, qui pâlissait d'émotion et
sonnait sa bonne pour avoir on uniforme et ses armes;
[5]Elle entendait, lui semblait-il, le tambour courant par les
rues. Les têtes effarées apparaissaient aux fenêtres. Les
soldats citoyens sortaient de leurs maisons, à peine vêtus,
essoufflés, bouclant leurs ceinturons, et partaient, au pas
gymnastique, vers la maison du commandant.
[10]Puis la troupe, l'Échasse en tête, se mettait en marche,
dans la nuit, dans la neige, vers la forêt.
Elle regardait l'horloge. «Ils peuvent être ici dans une
heure.»
Une impatience nerveuse l'envahissait. Les minutes
[15]lui paraissaient interminables. Comme c'était long!
Enfin, le temps qu'elle avait fixé pour leur arrivée fut
marqué par l'aiguille.
Et elle ouvrit de nouveau la porte, pour les écouter
venir. Elle aperçut une ombre marchant avec
[20]précaution. Elle eut peur, poussa un cri. C'était son
père.
Il dit:
--Ils m'envoient pour voir s'il n'y a rien de changé.
--Non, rien.
[25]Alors, il lança à son tour, dans la nuit, un coup de sifflet
strident et prolongé. Et, bientôt, on vit une chose brune
qui s'en venait, sous les arbres, lentement: l'avant-garde
composée de dix hommes.
L'Échasse répétait à tout instant:
[30]--Passez pas devant le soupirail.
Et les premiers arrivés montraient aux nouveaux venus
le soupirail redouté.