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--Che suis berdu, tout à fait berdu, ché regonnu la

maison. Che n'ai rien manché tepuis ce matin, mon

tétachement non blus.

Berthine déclara:

[5]--C'est que je suis toute seule avec maman, ce soir.

Le soldat, qui paraissait un brave homme, répondit:

--Ça ne fait rien. Che ne ferai bas de mal, mais fous

nous ferez à mancher. Nous dombons te faim et te

fatigue.

[10]La forestière se recula:

--Entrez, dit-elle.

Ils entrèrent, poudrés de neige, portant sur leurs casques

une sorte de crème mousseuse qui les faisait ressembler à

des meringues, et ils paraissaient las, exténués.

[15]La jeune femme montra les bancs de bois des deux côtés

de la grande table.

--Asseyez-vous, dit-elle, je vais vous faire de la soupe.

C'est vrai que vous avez l'air rendus.

Puis elle referma les verrous de la porte.

[20]Elle remit de l'eau dans la marmite, y jeta de nouveau

du beurre et des pommes de terre, puis décrochant un

morceau de lard pendu dans la cheminée, elle en coupa

la moitié qu'elle plongea dans le bouillon.

Les six hommes suivaient de l'oeil tous ses mouvements

[25]avec une faim éveillée dans leurs yeux. Ils avaient posé

leurs fusils et leurs casques dans un coin, et ils attendaient,

sages comme des enfants sur les bancs d'une école.

La mère s'était remise à filer en jetant à tout moment

des regards éperdus sur les soldats envahisseurs. On n'entendait

[30]rien autre chose que le ronflement léger du rouet

et le crépitement du feu et le murmure de l'eau qui

S'échauffait.

Contes Français · 第 99 / 396 题