Page 71

haleine, les faibles portaient des fardeaux pour fortifier

leurs muscles.

Et on attendait les Prussiens. Mais les Prussiens ne

paraissaient pas. Ils n'étaient pas loin, cependant; car

[5]deux fois déjà leurs éclaireurs avaient poussé à travers

bois jusqu'à la maison forestière de Nicolas Pichon,

dit l'Échasse.

Le vieux garde, qui courait comme un renard, était venu

prévenir la ville. On avait pointé les canons, mais

[10]l'ennemi ne s'était point montré.

Le logis de l'Échasse servait de poste avancé dans la

forêt d'Aveline. L'homme, deux fois par semaine, allait

aux provisions et apportait aux bourgeois citadins des

nouvelles de la campagne.

[15]Il était parti ce jour-là pour annoncer qu'un petit

détachement d'infanterie allemande s'était arrêté chez lui

l'avant-veille, vers deux heures de l'après-midi, puis était

reparti presque aussitôt. Le sous-officier qui commandait

parlait français.

[20]Quand il s'en allait ainsi, le vieux, il emmenait ses deux

chiens, deux molosses à gueule de lion, par crainte des

loups qui commençaient à devenir féroces, et il laissait

ses deux femmes en leur recommandant de se barricader

dans la maison dès que la nuit approcherait.

[25]La jeune n'avait peur de rien, mais la vieille tremblait

toujours et répétait:

--Ça finira mal, tout ça, vous verrez que ça finira mal.

Ce soir-là, elle était encore plus inquiète que de coutume:

--Sais-tu à quelle heure rentrera le père? dit-elle.

[30]--Oh! pas avant onze heures, pour sûr. Quand il dîne

chez le commandant, il rentre toujours tard.

Contes Français · 第 97 / 396 题