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La jeune répondit:

--Oh! je tuerais ben un loup ou un Prussien tout de

même.

Et elle montrait de l'oeil un gros revolver suspendu

[5]au-dessus de l'âtre.

Son homme avait été incorporé dans l'armée au commencement

de l'invasion prussienne; et les deux femmes

étaient demeurées seules avec le père, le vieux garde

Nicolas Pichon, dit l'Échasse, qui avait refusé obstinément

[10]de quitter sa demeure pour rentrer à la ville.

La ville prochaine, c'était Rethel, ancienne place forte

perchée sur un rocher. On y était patriote, et les bourgeois

avaient décidé de résister aux envahisseurs, de s'enfermer

chez eux et de soutenir un siège selon la tradition de la

[15]cité. Deux fois déjà, sous Henri IV et Louis XIV, les

habitants de Rethel s'étaient illustrés par des défenses

héroïques. Ils en feraient autant cette fois, ventrebleu!

ou bien on les brûlerait dans leurs murs.

Donc, ils avaient acheté des canons et des fusils, équipé

[20]une milice, formé des bataillons et des compagnies, et ils

s'exerçaient tout le jour sur la place d'Armes. Tous,

boulangers, épiciers, bouchers, notaires, avoués, menuisiers,

libraires, pharmaciens eux-mêmes manoeuvraient à

tour de rôle, à des heures régulières, sous les ordres de M.

[25]Lavigne, ancien sous-officier de dragons, aujourd'hui

mercier, ayant épousé la fille et hérité de la boutique de M.

Ravaudan, l'aîné.

Il avait pris le grade de commandant-major de la place,

et tous les jeunes hommes étant partis à l'armée, il avait

[30]enrégimenté tous les autres qui s'entraînaient pour la

résistance. Les gros n'allaient plus par les rues qu'au pas

gymnastique pour fondre leur graisse et prolonger leur

Contes Français · 第 96 / 396 题