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course folle, bondissant et culbutant, secouant le triste

blessé.

La nuit vint. Le temps fut gros jusqu'à l'aurore. Au

soleil levant on apercevait de nouveau l'Angleterre, mais,

[5]comme la mer était moins dure, on repartit pour la France

en louvoyant.

Vers le soir, Javel cadet appela ses camarades et leur

montra des traces noires, toute une vilaine apparence de

pourriture sur la partie du membre qui ne tenait plus à

[10]lui.

Les matelots regardaient, disant leur avis.

--Ça pourrait bien être le Noir, pensait l'un.

--Faudrait de l'eau salée là-dessus, déclarait un autre.

On apporta donc de l'eau salée et on en versa sur le

[15]mal. Le blessé devint livide, grinça des dents, se tordit

un peu; mais il ne cria pas.

Puis, quand la brûlure se fut calmée: «Donne-moi ton

couteau», dit-il à son frère. Le frère tendit son couteau.

--«Tiens-moi le bras en l'air, tout drait, tire dessus.»

[20]On fit ce qu'il demandait.

Alors il se mit à couper lui-même. Il coupait doucement,

avec réflexion, tranchant les derniers tendons avec cette

lame aiguë, comme un fil de rasoir; et bientôt il n'eut plus

qu'un moignon. Il poussa un profond soupir et déclara:

[25]«Fallait ça. J'étais foutu.»

Il semblait soulagé et respirait avec force. Il recommença

à verser de l'eau sur le tronçon de membre qui lui

restait.

La nuit fut mauvaise encore et on ne put atterrir.

[30]Quand le jour parut, Javel cadet prit son bras détaché

et l'examina longuement. La putréfaction se déclarait.

Les camarades vinrent aussi l'examiner, et ils se le

Contes Français · 第 90 / 396 题