Page 29

poli. Il n'avait rien de la raideur dite britannique et il

me remercia vivement de ma délicatesse en un français

accentué d' outre-Manche. Au bout d'un mois, nous

avions causé ensemble cinq ou six fois.

[5]Un soir enfin, comme je passais devant sa porte, je

l'aperçus qui fumait sa pipe, à cheval sur une chaise dans

son jardin. Je le saluai, et il m'invita à entrer pour boire

un verre de bière. Je ne me le fis pas répéter.

Il me reçut avec toute la méticuleuse courtoisie anglaise,

[10]parla avec éloge de la France, de la Corse, déclara qu'il

aimait beaucoup cette pays, et cette rivage.

Alors je lui posai, avec de grandes précautions et sous la

forme d'un intérêt très vif, quelques questions sur sa vie,

sur ses projets. Il répondit sans embarras, me raconta

[15]qu'il avait beaucoup voyagé, en Afrique, dans les Indes,

en Amérique. Il ajouta en riant:

--J'avé eu bôcoup d'aventures, oh! yes.

Puis je me remis à parler chasse, et il me donna des

détails les plus curieux sur la chasse à l'hippopotame, au

[20]tigre, à l'éléphant et même la chasse au gorille.

Je dis:

--Tous ces animaux sont redoutables.

Il sourit:

--Oh! nô, le plus mauvais c'été l'homme.

[25]Il se mit à rire tout à fait, d'un bon rire de gros Anglais

content:

--J'avé beaucoup chassé l'homme aussi.

Puis il parla d'armes, et il m'offrit d'entrer chez lui

pour me montrer des fusils de divers systèmes.

[30]Son salon était tendu de noir, de soie noire brodée d'or.

De grandes fleurs jaunes couraient sur l'étoffe sombre,

brillaient comme du feu.

Contes Français · 第 45 / 396 题