l'avoue, l'annonce de l'arrivée prochaine d'une voisine
jeune et jolie m'agita considérablement. Je mourais
d'impatience de la voir, et, le premier dimanche qui suivit
son établissement, je me rendis après dîner au château
[5]de * * * pour présenter mes hommages à madame la
comtesse en qualité de son plus proche voisin et son plus
humble serviteur.
Un laquais me conduisit dans le cabinet du comte et
sortit pour m'annoncer. Ce cabinet était vaste et meublé
[10]avec tout le luxe possible. Le long des murailles, on
voyait des armoires remplies de livres, et sur chacune un
buste en bronze; au-dessus d'une cheminée de marbre,
une large glace. Le plancher était couvert de drap vert,
par-dessus lequel étaient étendus des tapis de Perse.
[15]Déshabitué du luxe dans mon taudis, il y avait si longtemps
que je n'avais vu le spectacle de la richesse, que je me
sentis pris par la timidité, et j'attendis le comte avec un
certain tremblement, comme un solliciteur de province
qui va se présenter à l'audience d'un ministre. La porte
[20]s'ouvrit, et je vis entrer un jeune homme de trente-deux
ans, d'une charmante figure. Le comte m'accueillit de la
manière la plus ouverte et la plus aimable. Je fis un effort
pour me remettre, et j'allais commencer mon compliment
de voisinage, lorsqu'il me prévint en m'offrant sa maison
[25]de la meilleure grâce. Nous nous assîmes. La conversation,
pleine de naturel et d'affabilité, dissipa bientôt
ma timide sauvagerie, et je commençais à me trouver
dans mon assiette ordinaire, lorsque tout à coup parut la
comtesse, qui me rejeta dans un trouble pire que le
[30]premier. C'était vraiment une beauté. Le comte me présenta.
Je voulus prendre un air dégagé, mais plus je
m'efforçais de paraitre à mon aise, plus je me sentais