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diner, je parvenais tant bien que mal à tuer le temps,

causant avec le staroste, visitant mes ouvriers, examinant

mes constructions nouvelles. Mais, aussitôt qu'il commençait

à faire sombre, je ne savais plus que devenir. Je

[5]connaissais par coeur le petit nombre de livres que j'avais

trouvés dans les armoires et dans le grenier. Toutes les

histoires que se rappelait ma ménagère, la Kirilovna, je

me les étais fait conter et reconter. Les chansons des

paysannes m'attristaient. Je me mis à boire des liqueurs

[10]fraîches et autres, et cela me faisait mal à la tête. Oui,

je l'avouerai, j'eus peur un instant de devenir ivrogne par

dépit, autrement dit un des pires ivrognes, tel que notre

district m'en offrait quantité de modèles.

De proches voisins, il n'y avait près de moi que deux

[15]ou trois de ces ivrognes émérites dont la conversation ne

consistait guère qu'en soupirs et en hoquets. Mieux

valait la solitude. Enfin, je pris le parti de me coucher

d'aussi bonne heure que possible, de dîner le plus tard

possible, en sorte que je résolus le problème d'accourcir

[20]les soirées et d'allonger les jours, _et je vis que cela était bon_.

A quatre verstes de chez moi se trouvait une belle

propriété appartenant à la comtesse B * * *, mais il n'y

avait là que son homme d'affaires; la comtesse n'avait

habité son château qu'une fois, la première année de son

[25]mariage, et n'y était demeurée guère qu'un mois. Un

jour, le second printemps de ma vie d'ermite, j'appris que

la comtesse viendrait passer l'été avec son mari dans son

château. En effet, ils s'y installèrent au commencement

du mois de juin.

[30]L'arrivée d'un voisin riche fait époque dans la vie des

campagnards. Les propriétaires et leurs gens en parlent

deux mois à l'avance et trois ans après. Pour moi, je

Contes Français · 第 32 / 396 题