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pour quel motif, il s'était établi dans un pauvre village

où il vivait très mal tout en faisant grande dépense. Il

sortait toujours à pied avec une vieille redingote noire, et

cependant tenait table ouverte pour tous les officiers de

[5]notre régiment. A la vérité, son dîner ne se composait

que de deux ou trois plats apprêtés par un soldat réformé,

mais le champagne y coulait par torrents. Personne ne

savait sa fortune, sa condition, et personne n'osait le

questionner à cet égard. On trouvait chez lui des livres,

[10]--des livres militaires surtout,--et aussi des romans.

Il les donnait volontiers à lire et ne les redemandait jamais

par contre, il ne rendait jamais ceux qu'on lui avait

prêtés. Sa grande occupation était de tirer le pistolet; les

murs de sa chambre, criblés de balles, ressemblaient à des

[15]rayons de miel. Une riche collection de pistolets, voilà le

seul luxe de la misérable baraque qu'il habitait. L'adresse

qu'il avait acquise était incroyable, et, s'il avait parié

d'abattre le pompon d'une casquette, personne dans notre

régiment n'eût fait difficulté de mettre la casquette sur

[20]sa tête. Quelquefois, la conversation roulait parmi nous

sur les duels. Silvio (c'est ainsi que je l'appellerai) n'y

prenait jamais part. Lui demandait-on s'il s'était battu,

il répondait sèchement que oui, mais pas le moindre

détail, et il était évident que de semblables questions ne

[25]lui plaisaient point. Nous supposions que quelque victime

de sa terrible adresse avait laissé un poids sur sa

conscience. D'ailleurs, personne d'entre nous ne se fût

jamais avisé de soupçonner en lui quelque chose de semblable

à de la faiblesse. Il y a des gens dont l'extérieur

[30]seul éloigne de pareilles idées. Une occasion imprévue

nous surprit tous étrangement.

Contes Français · 第 20 / 396 题