TRADUIT DE POUCHKINE

I

«Nous fîmes feu l'un sur l'autre.»

Bariatynski

«J'ai juré de le tuer selon le code du duel, et j'ai encore mon coup

tirer.»

(Un soir au bivac.)

[5]Nous étions en cantonnement dans le village de * * *.

On sait ce qu'est la vie d'un officier dans la ligne: le matin,

l'exercice, le manège; puis le dîner chez le commandant

du régiment ou bien au restaurant juif; le soir, le punch

et les cartes. A * * *, il n'y avait pas une maison qui reçût,

[10]pas une demoiselle à marier. Nous passions notre temps

les uns chez les autres, et, dans nos réunions, on ne voyait

que nos uniformes.

Il y avait pourtant dans notre petite société un homme

qui n'était pas militaire. On pouvait lui donner environ

[15]trente-cinq ans; aussi nous le regardions comme un vieillard.

Parmi nous, son expérience lui donnait une importance

considérable; en outre, sa taciturnité, son caractère

altier et difficile, son ton sarcastique faisaient une grande

impression sur nous autres jeunes gens. Je ne sais quel

[20]mystère semblait entourer sa destinée. Il paraissait être

Russe, mais il avait un nom étranger. Autrefois, il avait

servi dans un régiment de hussards et même y avait fait

figure; tout à coup, donnant sa démission, on ne savait

Contes Français · 第 19 / 396 题