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de tous les survivants. Je n'ai presque plus de souvenir

net de ce qui suivit. Nous entrâmes dans la redoute, je ne

sais comment. On se battit corps à corps au milieu d'une

fumée si épaisse, que l'on ne pouvait se voir. Je crois que

[5]je frappai, car mon sabre se trouva tout sanglant. Enfin

j'entendis crier: «Victoire!» et la fumée diminuant, j'aperçus

du sang et des morts sous lesquels disparaissait la

terre de la redoute. Les canons surtout étaient enterrés

sous des tas de cadavres. Environ deux cents hommes

[10]debout, en uniforme français, étaient groupés sans ordre,

les uns chargeant leurs fusils, les autres essuyant leurs

baïonnettes. Onze prisonniers russes étaient avec eux.

Le colonel était renversé tout sanglant sur un caisson

brisé, près de la gorge. Quelques soldats s'empressaient

[15]autour de lui: je m'approchai.

--Où est le plus ancien capitaine? demandait-il à un

sergent.

Le sergent haussa les épaules d'une manière très

expressive.

[20]--Et le plus ancien lieutenant?

--Voici monsieur qui est arrivé d'hier, dit le sergent

d'un ton tout à fait calme.

Le colonel sourit amèrement.

--Allons; monsieur, me dit-il, vous commandez en chef;

[25]faites promptement fortifier la gorge de la redoute avec

ces chariots, car l'ennemi est en force; mais le général

C ...va vous faire soutenir.

--Colonel, lui dis-je, vous êtes grièvement blessé?

--F..., mon cher, mais la redoute est prise!

Contes Français · 第 16 / 396 题