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le mouchoir et le portefeuille que j'avais sur la poitrine.

La fatigue m'accablait, je m'assoupissais à chaque instant,

et à chaque instant quelque pensée sinistre se reproduisait

avec plus de force et me réveillait en sursaut.

[5]Cependant la fatigue l'avait emporté, et, quand on

battit la diane, j'étais tout à fait endormi. Nous nous

mimes en bataille, on fit l'appel, puis on remit les armes

en faisceaux, et tout annonçait que nous allions passer

une journée tranquille.

[10]Vers trois heures, un aide de camp arriva, apportant un

ordre. On nous fit reprendre les armes; nos tirailleurs se

répandirent dans la plaine; nous les suivîmes lentement,

et, au bout de vingt minutes, nous vîmes tous les avant-postes

des Russes se replier et rentrer dans la redoute.

[15]Une batterie d'artillerie vint s'établir à notre droite,

une autre à notre gauche, mais toutes les deux bien en

avant de nous. Elles commencèrent un feu très vif sur

l'ennemi, qui riposta énergiquement, et bientôt la redoute

de Cheverino disparut sous des nuages épais de fumée.

[20]Notre régiment était presque à couvert du feu des

Russes par un pli de terrain. Leurs boulets, rares d'ailleurs

pour nous (car ils tiraient de préférence sur nos canonniers),

passaient au-dessus de nos têtes, ou tout au plus nous

envoyaient de la terre et de petites pierres.

[25]Aussitôt que l'ordre de marcher en avant nous eut été

donné, mon capitaine me regarda avec une attention qui

m'obligea à passer deux ou trois fois la main sur ma jeune

moustache d'un air aussi dégagé qu'il me fut possible.

Au reste, je n'avais pas peur, et la seule crainte que

[30]j'éprouvasse, c'était que l'on ne s'imaginât que j'avais

peur. Ces boulets inoffensifs contribuèrent encore à me

maintenir dans mon calme héroïque. Mon amour-propre

Contes Français · 第 12 / 396 题